Don Carlos - Opéra - Programmation Saison 17/18 - Opéra national de Paris

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    Opéra

    Don Carlos

    Giuseppe Verdi

    Opéra Bastille - du 10 octobre au 11 novembre 2017

    Elena Bauer / OnP

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Don Carlos

Opéra Bastille - du 10 octobre au 11 novembre 2017

Opéra

Don Carlos

Giuseppe Verdi

Opéra Bastille - du 10 octobre au 11 novembre 2017

4h40 avec 2 entractes

Langue : Français

Surtitrage : Français / Anglais

  • Première : 10 octobre 2017

Disponibilités limitées sur les représentations du 10 au 28 octobre

À propos

En quelques mots :

S’il est un opéra qui se joue des frontières à tous les niveaux, dramatiques et dramaturgiques, c’est bien le Don Carlos de Verdi, oeuvre d’un Italien créée en français, où le climat de guerre avec l’Espagne et la mélancolie des êtres conduisent à porter le regard vers les Flandres. Les thèmes politiques, religieux, historiques, psychanalytiques, s’imbriquent les uns aux autres, resserrant toujours plus étroitement peurs et tabous entre les protagonistes. Krzysztof Warlikowski dépouille cette tragédie hantée par les fantômes, et fait advenir l’intime au cœur d’une fresque imaginaire – dont la vérité s’avère plus vraie que celle des historiens. Avec Philippe Jordan, il fait découvrir au public la toute première version de ce grand opéra en cinq actes : celle que Verdi avait lui-même amendée pour la création de l’œuvre en 1867. En écho à cette version historique, l’Opéra de Paris programmera en 2019 Don Carlo, version italienne de l’oeuvre en cinq actes.

La presse en parle

  • Une production d'exception qui réunit sur son plateau la crème des chanteurs avec Jonas Kaufmann, Sonya Yoncheva, Ildar Abdrazakov et Ludovic Tezier pour ne citer qu'eux

    Fabienne Arvers et Patrick Sourd, Les Inrockuptibles
  • Nul doute que Philippe Jordan enflammera cette partition qui luit comme un diamant noir dans le ciel verdien

    Nicolas d’Estienne d’Orves, Le Figaroscope
  • Dès demain, le chef d’orchestre dirige, à la Bastille, une constellation de stars lyriques dans une production très attendue du Don Carlos de Verdi.

    La Croix, Emmanuelle Giuliani
  • Le Don Carlos de Verdi représenté à l'Opéra Bastille à partir du 10 octobre est un événement mondial, réunissant les plus grands interprètes de chaque tessiture, dans une version en français d'un chef-d’oeuvre du grand Verdi, avec la mise en scène d'un génie fou.

    Olyrix , Charles Aden
  • C'est l'événement lyrique de la rentrée

    AFP
  • Elina Garança? Une Eboli idéale par l'alliance d'un style aristocratique, d'une technique parfaite et d'une tessiture égale sur toute l'étendue. La direction de Philippe Jordan oublie toute référence italienne, pour ce véritable opéra français qu'est la version originale du Don Carlos en cinq actes, la plus belle, enfin revenue au répertoire de l'Opéra de Paris

    Le Figaro, Christian Merlin

Représentations

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Audios

Don Carlos - Giuseppe Verdi

Don Carlos - « Un Souffle Ardent » (Ludovic Tézier)

Don Carlos - « Dieu Tu Semas Dans Nos Âmes » (Jonas Kaufmann et Ludovic Tézier)

Don Carlos - « Adieu Reine » (Elīna Garanča)

Coulisses

  • Ora fatale

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    Dessine-moi Don Carlos

© Raphaël Gaillarde

Ora fatale

Article

Ora fatale

L’aube dernière d’un théâtre imaginaire

10’

Par Stéphane Héaume

Solitude royale et déchirante que celle de Philippe II dans l'œuvre de Verdi. C'est par une mise en abyme onirique du grand monologue de l'acte IV que le romancier Stéphane Héaume compose, dans ce portrait d'un homme blessé, une variation équatoriale sur les thèmes de l'abandon et de la désillusion.


Je suis un vieil homme, maintenant, qui a connu beaucoup de choses, beaucoup. Il est une chose, cependant, que je n’ai pas connue ; le temps est venu de la vivre. Et tout est prêt. C’est pour ce soir.

Il fait un peu moins chaud qu’hier mais l’humidité demeure dans cette nuit presque faite sur la forêt équatoriale. Depuis la terrasse de la villa — ce palais dont les colonnes rappellent un temple —, j’aperçois le lit mauve de la mer en contrebas, loin, là-bas, très loin après les derniers contreforts de la montagne, bien au-delà des frangipaniers serrés contre la côte. C’est quelque part entre la pointe d’Orabazza et le Capo Rosso que ça va se passer, que la barrette illuminée du paquebot (on disait « transatlantique » quand j’étais jeune) glissera sur les vagues, lourde et lente, et cela ne durera qu’un instant, une seconde d’éternité, mon éternité, ma joie de vieil homme, mon dernier projet.

Oui, tout est prêt. Entre la mer et moi se dressent l’amphithéâtre — cirque enchanteur —, ses ruines offertes au ciel, ses gradins à demi effondrés qui dessinent un hémicycle d’avant le monde. Je m’approche de la balustrade de la terrasse et je vois dans la pénombre les flambeaux plantés de part en part ; nous les allumerons tout à l’heure, avec mon boy, avant que la foule n’entre dans les lieux. Il me semble apercevoir tous ces visages, déjà, tous ces corps. Les voici qui prennent place sur les coussins blancs dont on a recouvert les pierres. Mille cinq cents spectateurs acheminés par cars entiers, livrés à la jungle préparée, noyés dans les lianes qui tissent un cocon en guise de toit, la voûte imaginaire d’un théâtre de plein air. Ici des palmes, là des fromagers séculaires dont les troncs s’alignent comme les lames d’un décor. On n’a jamais vu ça à Monte Inguana. Il m’a fallu tout imaginer. Je suis un vieil homme, maintenant. À la vérité, on se demande sûrement : « Va-t-il vraiment chanter ? À son âge ! » Je serai l’attraction, la curiosité. Ils ne viennent pas tant pour la représentation — j’ai pourtant rassemblé une distribution des plus vaillantes — que pour recueillir les dernières notes du phénomène épuisé.

Les musiciens de l’orchestre ne vont plus tarder. L’estrade les attend, demi-lune de planches au cœur des blocs de pierre. Pourvu qu’il n’y ait pas de vent. Les voici à mes pieds, les voûtes des caveaux de l’Escurial, décor de ma scène capitale. J’ai répété, oh, j’ai tant préparé ce miracle. Mais ne l’ai-je pas préparé depuis quarante ans, depuis mes heures de gloire ? — mes nuits sont pleines des applaudissements d’antan. Les rideaux de tous les théâtres défilent, un à un, devant mes yeux. Ils se superposent à la gaze végétale, à la mer, là-bas — et je distingue nettement, très nettement, même, la lumière des veilleurs de côte. À cette altitude, seules des lanternes peuvent éclairer. L’électricité ne monte que chez moi, Villa Iguana, palais de mes rêves que traversent la chaleur et les brises humides. Retraite douloureuse loin des projecteurs. Loin d’elle.

Les images reviennent — plus fortes, ce soir. Elle est là. Sa présence est palpable. Et pourtant, elle ne m’aime pas. Non, elle ne m’a jamais aimé. J’ai tout quitté à cause d’elle. La douleur a brisé une carrière déjà bien établie. Je suis parti loin du monde, loin de l’Europe, loin de Venise, surtout. Venise. C’est là qu’elle m’a poignardé. Non, elle ne m’a jamais aimé. Monte Iguana fut mon ultime refuge. Je ne sais pas combien de temps a passé, toutes ces journées à contempler la mer, le ciel, la nuit, ma nuit bientôt tombée lorsque les flambeaux seront consumés. Mais ce soir, l’heure viendra, l’heure du paquebot, l’heure de ma joie renouvelée. Oh, je sais bien que je suis confus. Je suis un vieil homme, maintenant.

Après m’avoir abandonné, elle m’a hanté. J’ai dû me reconstruire, moi le jeune chien fou, moi qui lui avait confectionné un beau mensonge pour croire à ma rédemption.

Je m’étais inventé une carrière de ténor quand je n’étais qu’un vagabond ? J’allais vraiment devenir chanteur. La boisson me tenait quand la raison m’eût sauvé ? J’allais m’atteler sans tarder à ma tempérance. Venise m’aspirait dans les rets de ses sortilèges ? C’est en Amérique du Sud que j’irais trouver d’autres émois, d’autres escarpements pour me lancer un véritable défi — le défi de mon rétablissement moral. Je jouerais mon Fitzcarraldo.

Comme le chemin fut long ! Et elle, elle, toujours là, entêtante ; je la revois encore, regardant en silence mes cheveux blonds, le jour que j’entrais dans sa danse. Le temps n’y faisait rien. Le dehors attisait ma souffrance.

Ces dernières années pourraient se résumer à deux journaux. Deux nouvelles qui m’ont terrassé. La première, celle de sa mort — sa photo magnifique plaquée sur une nécrologie imprécise —, sept ans après mon arrivée ici. Le visage fermé de mon boy ressurgit dans ma mémoire ; son petit air catastrophé, le journal à la main. Car il savait : je lui avais tout raconté (à qui d’autre pouvais-je me confier ?) : Venise, la Fenice, l’Excelsior, nos nuits, notre différence d’âge, sa silhouette de jeune femme malgré ses soixante-dix ans et ses jambes, mon Dieu, ses jambes ! La comtesse di Posa Alba. C’était la légende inscrite sous la cruelle photo. Photo cruelle, heure cruelle, souvenirs cruels.

Le vent s’est levé. C’est une brise, plutôt, qui va retomber. À présent, la villa est plongée dans une obscurité presque totale. Il va falloir allumer. Dans trois heures, l’invisible rideau va se lever, il sera l’heure, l’heure de mon grand air. L’air de Philippe. Philippe II, roi d’Espagne ! Je le chanterai pour moi, pour eux, bien sûr, mais surtout pour elle ! Elle que je ne peux oublier, elle dont le double en pleine jeunesse longera la côte, ce soir, quelque part entre la pointe d’Orabazza et le Capo Rosso. Là encore, il y a deux mois, c’est par le journal que j’ai appris. Elisabeth di Posa Alba, la petite-fille de la comtesse, entame sa tournée internationale. L’Amérique du Sud sera sa première destination. Elle se produira notamment lors d’une croisière reliant Montevideo à Valparaiso. La photo d’Elisabeth m’a fait l’effet d’une douce explosion. Ce n’était pas la jeune cantatrice qui m’apparaissait, c’était la comtesse elle-même. Sublime reflet. Oh, combien cette nouvelle m’a torturé, ce visage revenu d’entre les morts. Amer retour de l’Histoire, et l’ironie de son talent : cantatrice, sa petite-fille, était-ce bien possible ? Mon cœur s’était recroquevillé, une crise, une crise, j’allais m’effondrer. O don fatale ! Je suis un vieil homme, maintenant ; j’attends l’aube dernière.

J’ai guetté les dates. J’ai calculé l’heure de passage du paquebot. J’ai fait appeler la compagnie maritime pour m’assurer de sa présence à bord. Hier encore, je me suis assuré que le bateau avait quitté sa dernière escale. Et puis, je lui ai fait porter ce message mystérieux :

Rendez-vous sur le pont-promenade à vingt-deux heures dix-sept, du côté de la montagne.

On m’a affirmé qu’elle l’avait reçu. Vingt-deux heures dix-sept. Je répète mon grand air.

« Elle ne m’aime pas ! Non ! Son cœur m’est fermé. Elle ne m’a jamais aimé ! »

C’est sur le pont qu’elle entendra la vérité, la vérité vieille de Venise, elle entendra le fait de sa grand-mère, et je lui écrirai après, je lui raconterai ce qu’il s’est passé ; mais ce soir, je chanterai pour l’une, et pour l’autre. Je chanterai pour elles deux.

Ce que le public ne sait pas, c’est que j’ai fait installer des haut-parleurs partout dans la montagne, depuis l’amphithéâtre jusqu’à la plage. Membranes tournées vers la mer, vers la nuit du paquebot lourd et lent qui passera entre la pointe d’Orabazza et le Capo Rosso, tout à l’heure, à vingt-deux heures dix-sept. Elisabeth entendra chanter Monte Iguana. Elle entendra chanter ma tristesse et mon amour intacts.

Où suis-je ? Au loin, la lampe des veilleurs vacille. Il y a du vent, maintenant. Je suis inquiet. Dans la forêt, des flambeaux s’allument qui jettent contre la pierre des flaques rousses. Les spectateurs vont bientôt venir. Ils vont bientôt envahir cette forêt, écouter, admirer, applaudir, m’écouter, m’admirer, oui, m’applaudir dans l’humidité et la chaleur de la jungle. Tout est prêt. À cette heure, le paquebot doit longer les villages scintillants de la Costa Verde ; bientôt elle sera là, elle m’entendra depuis le pont-promenade. Sa petite-fille. Elisabeth !

Je vais m’habiller. Mon costume est suspendu dans l’armoire de cette grande chambre où j’ai tant dormi, tant attendu l’heure absolue. Oui, il me faut m’enfouir, à présent, dans mon manteau royal. Ils vont venir, je dois leur faire honneur.

Au mur, il y a ce grand miroir qui reflète mon visage. Je suis bien maquillé quand, pourtant, je vais offrir ma voix sans fard. Est-ce bien déjà maintenant ? Si vite ?

… Que se passe-t-il ? Quel est ce bruit ? Des oiseaux effrayés ? Des animaux cachés dans la plus obscure jungle ? Ça perce et fracasse quelque part, c’est liquide. Il pleut !... Est-ce possible ? Les grands voilages blancs se soulèvent et s’emmêlent. Il pleut ! Le vent ! C’est le vent ! Pitié, pitié ! Ah ! L’horizon se brouille, les palmes ploient, c’est une tempête, oui, c’est une tempête qui monte. Catastrophe… La mer a reculé, engloutie dans les trombes, le chaos tropical — et les veilleurs ont disparu : plus de lumière, plus de flammes, plus de flambeaux. Tout s’enroule et s’élève dans la nuit qui emporte les coussins blancs ; les stèles sont noyées d’eau, Elisabeth, Elisabeth — et le paquebot ? Venise rampe jusqu’à moi dans la forêt froissée. Venise et son dernier baiser. Non, elle ne m’aime pas, elle ne m’a jamais aimé !

La fête est gâchée. L’heure fatale a sonné. Me voici. J’avance seul sur la terrasse dans ma nuit ravagée.


Stéphane Héaume

© Elena Bauer / OnP

Malgorzata l’irremplaçable

Article

Malgorzata l’irremplaçable

Entretien avec la scénographe de Don Carlo

10’

Par Leyli Daryoush

Scénographe de Krzysztof Warlikowski depuis trois décennies, l’univers esthétique de Malgorzata Szczęśniak est indissociable de la vision scénique du metteur en scène. Diplômée des Beaux-Arts de Cravovie en 1972, elle a également étudié la philosophie et la psychologie clinique à l’Université Jagielloński entre 1972 et 1976. Elle obtient son diplôme de scénographe aux Beaux-Arts de Cracovie en 1984. La scénographe évoque son travail et plus particulièrement les décors de Don Carlos, cinquième production à l’Opéra de Paris du tandem Warlikowski- Szczęśniak.

La quête d’un espace pur…

Il existe une tradition de décoration à l’opéra. Bien souvent, le travail de l’espace consiste à faire de l’illustration scénique, à créer des tableaux qui exaltent la beauté musicale. Mes scénographies, au contraire, sont anti-décoratives. Par décoratif, j’entends toute chose ajoutée pour créer un « bel » espace : des fleurs, des tapis, des sculptures…
Je suis toujours en quête d’un espace pur.

Iphigénie en Tauride lors de la reprise à l’Opéra de Paris, 2016
Iphigénie en Tauride lors de la reprise à l’Opéra de Paris, 2016 © Guergana Damianova / OnP

Pour la mise en espace de mes idées, je pense toujours de manière architecturale. C’est pourquoi ma scénographie dans Iphigénie en Tauride1– notre première mise en scène à l’Opéra de Paris – a été détestée ! À défaut de la Grèce antique et ses colonnes doriques, le public s’est retrouvé face à un mur-miroir qui le reflétait !
La pureté de l’espace vient du matériau : le bois, le métal, le verre, la céramique, le béton… Tous structurent l’espace de façon organique, ils le clarifient et le purifient de par leur radicalité. Cette approche peut sembler simple, presque naïve. Mais chaque matériau est porteur de qualités intrinsèques d’une grande beauté esthétique. 

La dramaturgie des matériaux

Le choix du matériau est toujours justifié par la dramaturgie. Dans Le Château de Barbe-Bleue2, les murs tristes et humides du château sont incarnés par une structure composée de pavés de verre. Quelque chose de froid se dégage de ce matériau : épais, sans aucune transparence, il est presque cruel en fait.

Le Château de Barbe-Bleue, Opéra de Paris, 2015
Le Château de Barbe-Bleue, Opéra de Paris, 2015 © Bernd Uhlig / OnP

J’utilise beaucoup le bois, j’aime la noblesse de ce matériau. Dans Don Carlos, il est l’élément premier de la scénographie. Pour cela, je me suis inspirée des intérieurs boisés du palais de l’Escurial en Espagne. Mais le sens dramaturgique du matériau-bois diffère selon les productions et les espaces de représentation. Dans L’Affaire Makropoulos3, l’espace en bois de la salle de cinéma s’inspire du modèle berlinois des années 1930. Dans Pelléas et Mélisande4, le bois fait référence à la villa Hügel de la puissante famille « industrielle » Krupp. Bien que je m’inspire de cette luxueuse villa, le cadre des représentations à la Rurhtriennale – la Jahrhunderthalle de Bochum est, à l’origine, une halle d’exposition industrielle – n’a rien à voir avec la salle de l’Opéra Bastille. Dans ce cas, le bois se présentait comme un matériau contrasté, moins brutal et plus chaleureux que l’acier.

L’austérité du palais de l’Escurial

L’atmosphère lourde et sévère de ce palais espagnol du XVe siècle est saisissante. Que ce soit les murs, les parquets ou les plafonds, tout est très sombre, avec une large gamme de bruns, de dorure ombrée, et de boiseries foncées.
Cette intériorité obscure du palais de l’Escurial est d’autant plus fascinante qu’elle contraste violement avec l’éclat aveuglant du soleil méditerranéen et sa lumière si blanche. Bien sûr, la sensualité orientale, avec les palais arabo-andalous et ses moucharabiehs – le palais des Nasrides de l’Alhambra, à Grenade – jouait avec ces effets de lumière, mais la Reconquista, un siècle plus tard, imposera un catholicisme rigide jusque dans l’architecture des intérieurs.
L’austérité de ce palais est aussi en lien avec la vision d’une monarchie marquée par l’ascétisme de la Contre-Réforme. Il suffit d’observer les teintes ténébreuses des tableaux de Zurbarán ou la sévérité retenue des portraits de cour de Vélazquez pour s’en rendre compte. 

Une intimité claustrophobe

Le contexte historico-religieux et les multiples enjeux de pouvoir font de Don Carlos un opéra très compliqué. Pourtant, il n’y a que cinq personnages principaux dans ce grand opéra ! Don Carlo, Philippe II, Elisabeth de Valois, la Princesse Eboli, et le Marquis de Posa !

Don Carlos, Opéra de Paris, 2017
Don Carlos, Opéra de Paris, 2017 © Elena Bauer / OnP

L’espace dans Don Carlos est marqué par une nette opposition entre la vie officielle de la cour et l’intimité secrète des personnages. L’idée de la scénographie m’est venue du palais de l’Escurial – un vrai labyrinthe ! Et du musée Santa Cruz de Tolède. Là, j’ai découvert une nef immense, presque bizarre dans ses dimensions, et une multitude de portes attenant à des petites pièces que j’imaginais remplies de secrets…
J’ai conçu un espace ouvert, une vaste salle de réception, avec des hauts murs recouverts de panneaux de bois et un parquet. À cela, s’ajoutent des « boîtes » qui arrivent sur le plateau selon la situation dramatique – salles d’escrime, de cinéma privé, de cellule de prison. Ces espaces clos, presque claustrophobes, sont à l’image de l’intériorité psychique des personnages. 

Avancer le visage masqué...

Les secrets abondent dans Don Carlos. Don Carlos refoule sa colère à l’égard de son père marié à la femme qu’il aime ; Elisabeth cache son amour pour Don Carlos ; la princesse Eboli, est la maîtresse du roi bien qu’elle aime Don Carlos en secret. Tous ces amours tourmentés, ces liens étouffants, enferment ces êtres malheureux au nom d’une dignité royale.
Le masque joue un rôle essentiel dans notre dramaturgie. Au premier acte, dans un espace de verdure aux portes du couvent de Saint-Just, la princesse Eboli chante la Chanson du voile. Pour aborder cet air d’inspiration orientale, avec la question si brûlante du voile féminin, j’ai conçu un espace intérieur fermé – une salle d’escrime – dans lequel des femmes dissimulées par des masques pratiquent le fleuret artistique avec brio.
Les personnages se cachent aussi derrière le moucharabieh. Le Moine, une figure solitaire rôdant dans la crypte du tombeau de Charles Quint, est toujours masqué : sa présence énigmatique n’est perçue qu’à travers le grillage oriental.
À nos yeux, l’Inquisiteur, l’homme le plus puissant de l’opéra, n’est pas aveugle. Dissimulant son regard et ses émotions derrière des lunettes noires, revêtu d’un costume anonyme, il avance masqué, presque invisible, espionnant les uns et les autres. 

Le Roi Roger, Opéra de Paris, 2009
Le Roi Roger, Opéra de Paris, 2009 © Ruth Walz

Don Carlos, un Hamlet mélancolique

Dans notre dramaturgie, Don Carlo est un personnage shakespearien, une sorte de Hamlet mélancolique, et le monde est perçu de son point de vue. Pour cette subjectivité du regard, j’ai créé un espace d’intimité à l’avant-scène. Dans ma scénographie pour Le Roi Roger5, l’avant-scène était le théâtre des visions passées du roi, l’opéra entier étant placé sous le signe du flash-back. Nous ne sommes pas allés aussi loin dans Don Carlos, ce rapport au temps révolu n’était pas notre objectif.
Avec une bande étroite en bordure de la fosse d’orchestre, un tracé net et froid et un sol gris comme du béton, j’ai imaginé l’espace de Don Carlos tel le cachot emmuré de sa conscience. Don Carlo est prisonnier de son destin à tous les niveaux : par son amour pour Elisabeth, sa soumission au père et sa loyauté envers le Marquis.
Le tableau de la forêt de Fontainebleau au début de l’opéra est une scène qui n’est pas jouée dans la version italienne de Don Carlo. En France, l’Infant arrive incognito pour rencontrer sa promise. Charmé par sa beauté, il lui révèle son identité. Mais l’amour sera de courte durée car son père a changé d’avis : c’est lui qui, finalement, épousera Elisabeth. Cette scène coupée que nous retrouvons dans la version française devait être reliée à l’acte suivant sur le plan dramaturgique : pourquoi, subitement, Don Carlos devenait-il un personnage tragique ? Il nous fallait complexifier le personnage.
Ce premier tableau devient alors la scène la plus intime de Don Carlos. Situé à l’avant-scène, il songe à son amour impossible pour Elisabeth. Désespéré, il s’est coupé les veines. Evanoui, il revit sa rencontre sous la forme d’un flash-back.
Dès le début de l’opéra, Don Carlos est un homme perdu. On ne sait pas ce qu’il adviendra de lui à la fin du drame. Nous abordons l’œuvre avec des questions mais nous n’avons aucune réponse. Nous ne connaissons pas la destinée des personnages.

Don Carlos, Opéra de Paris, 2017
Don Carlos, Opéra de Paris, 2017 © Elena Bauer / OnP

J’aime la contradiction dans l’art !

Malgré le faste religieux de la Contre-Réforme, il y a une rigueur presque « protestante » dans l’art espagnol. Cette contradiction, nous la retrouvons dans le choix des costumes et des mouvements.
Nous nous sommes refusés à toute dimension spectaculaire lors des processions de foule dans l’acte II. Le chœur, composé du peuple, des moines, des députés, est installé dans un amphithéâtre monumental fait de bois. Il fait figure d’observateur, comme dans le théâtre protestant. Dans ce cadre figé, les émotions sont alors plus exaltées. 
L’idée d’un grand espace en guise de salle de réception est intéressante parce que nous pouvons jouer avec la solitude des personnages : dans un espace si vaste et dénudé, la présence d’un être solitaire qui prie à genoux devient très forte !
Durant tout l’opéra, il y a six figurants, des serviteurs vêtus de costumes d’époque, qui prennent en charge toute l’organisation des rituels et des cérémonies. L’origine asiatique de ces figurants est un clin d’œil aux travailleurs précaires du Moyen-Orient.

La mode des années 1950

Au minimalisme des mouvements s’ajoute la sobriété des costumes. À l’exception de quelques broderies pour la traîne royale, je me suis inspirée de la mode des années 1950, notamment l’esthétique rigoriste de la maison Dior. De ce fait, mes costumes sont très structurés et pas très confortables, je pense !
La mode d’après-guerre me rappelle les costumes dans l’art espagnol, notamment les robes rigides dans les portraits de cour de Vélazquez. Il y a aussi un tableau de Goya qui m’a inspirée, un portrait de la Duchesse d’Albe en robe noire. D’ailleurs, cette robe a aussi inspiré le créateur Balenciaga ! À ma façon, j’ai transposé cette particularité des robes ibériques dans une esthétique plus contemporaine.


Écoutez playlist Don Carlos

1 Iphigénie en Tauride de W. Christobald Gluck. Mise en scène de Krzysztof Warlikowski ; scénographie de Malgorzata Szczęśniak ; lumières de Felice Ross ; conception vidéo de Denis Guéguin ; Opéra National de Paris, juin 2006.

Le Château de Barbe-Bleue de Béla Bartók. Mise en scène de Krzysztof Warlikowski ; scénographie de Malgorzata Szczęśniak ; lumières de Felice Ross : conception vidéo de Denis Guéguin ; chorégraphie de Claude Bardouil ; Opéra National de Paris, novembre 2016.

3 L’Affaire Makropoulos de Leoš Janáček. Mise en scène de Krzysztof Warlikowski ; scénographie de Malgorzata Szczęśniak ; lumières de Felice Ross ; conception vidéo de Denis Guéguin. Paris, Opéra National de Paris, avril 2007.

Pelléas et Mélisande de Claude Debussy. Mise en scène de Krzysztof Warlikowski ; scénographie de Malgorzata Szczęśniak ; lumières de Felice Ross ; conception vidéo de Denis Guéguin ; chorégraphie de Claude Bardouil. Ruhrtriennale, Bochum, Jahrhunderthalle,
Le Roi Roger de Karol Szymanowski. Mise en scène de Krzysztof Warlikowski ; scénographie de Malgorzata Szczęśniak ; lumières de Felice Ross ; conception vidéo de Denis Guéguin ; Paris, Opéra National de Paris, juin 2009

© Ben Zank

Podcast Don Carlos

Podcast

Podcast Don Carlos

"Dansez ! Chantez ! 7 minutes à l’Opéra de Paris" - en partenariat avec France Musique

07’

Par Judith Chaine, France Musique

Avec « Dansez ! Chantez ! 7 minutes à l’Opéra de Paris », nous vous proposons des incursions originales dans la programmation de la saison à la faveur d’émissions produites par France Musique et l’Opéra national de Paris. Pour chacune des productions d’opéra et de ballet, Judith Chaine pour le lyrique et Stéphane Grant pour la danse, vous introduisent, avant votre passage dans nos théâtres, aux œuvres et aux artistes que vous allez découvrir.          


Écoutez la playlist Don Carlos

© Eléna Bauer / OnP

Making of / Construire Don Carlos

01:38’

Vidéo

Making of / Construire Don Carlos

En coulisse avec Krzysztof Warlikowski

Par Octave

Réunissant, sous la direction musicale de Philippe Jordan, Ildar Abdrazakov, Jonas Kaufmann, Ludovic Tézier, Sonya Yoncheva et Elīna Garanča, Don Carlos marque également le retour à l’Opéra de Paris de Krzysztof Warlikowski, qui avait signé il y a deux ans un flamboyant spectacle (Le Château de Barbe-Bleue / La Voix humaine), repris cette saison. Retour sur les répétitions, ou comment le metteur en scène a élaboré son Grand œuvre.

© Eléna Bauer / OnP

Verdien de cœur

07:24’

Vidéo

Verdien de cœur

Entretien avec Ludovic Tézier

Par Marion Mirande

Actuellement à l’affiche de Don Carlos, le grand baryton français nous parle amoureusement de son rôle de marquis de Posa et du génie positif qu’était Giuseppe Verdi. 

© Pauline Andrieu

Dessine-moi Don Carlos

000:50’

Vidéo

Dessine-moi Don Carlos

avec Hop'éra !

Par Pauline Andrieu

Acte 1

Dans la forêt de Fontainebleau, les bûcherons se lamentent sur l’hiver et l’interminable guerre contre l’Espagne. La paix devrait être scellée par le mariage entre Elisabeth, fille du roi de France Henri II, et Don Carlos, infant d’Espagne. Celui-ci est venu en France sans révéler son identité pour observer sa promise. Quand ils se rencontrent dans la forêt, ils tombent immédiatement amoureux. Mais le père de Don Carlos, Philippe II, a entretemps décidé de prendre Elisabeth pour femme. Alors que le peuple se réjouit de la fin de la guerre, la princesse doit se résigner et Don Carlos est meurtri par la décision de son père.

Acte 2

En recueillement au monastère de Saint-Just, où repose son grand-père, l’empereur Charles Quint, Carlos croit reconnaître sa voix dans celle d’un moine. Rodrigue, marquis de Posa et ami d’enfance de Carlos, revient de la Flandre et convainc Elisabeth de revoir Carlos. Il espère qu’elle persuadera le roi de pacifier les Pays-Bas, sous occupation espagnole. Leur rencontre réveille à nouveau l’ardeur de leur amour, mais Elisabeth rappelle à l’infant qu’elle est désormais sa mère. Carlos s’enfuit avant l’arrivée du roi. L’acte se clôt sur les confidences de Philippe à Rodrigue : il a des doutes quant à la relation qui unit son fils et la reine et le met en garde contre l’Inquisition.

Acte 3

Une fête est organisée la veille du couronnement de Philippe. La reine échange ses vêtements avec la princesse Eboli pour pouvoir s’éclipser et rejoindre Carlos dans les jardins. Croyant reconnaître la reine, Carlos adresse des mots passionnés à Eboli. Comprenant sa méprise, Eboli, folle de jalousie, menace de les dénoncer. Témoin de la scène, Rodrigue intervient et intimide Eboli. Il demande à Carlos de lui confier tout papier compromettant. Le roi est acclamé par le peuple, tandis que les moines et l’Inquisition en appellent à la damnation des infidèles pendant la préparation d’un autodafé. Défendant la cause de la Flandre auprès de son père, Carlos est accusé d’infidèle par Philippe. Carlos tire son épée et est désarmé par Rodrigue. Son action lui vaut d’être élevé par le roi au rang de duc. La mise à mort d’un hérétique achève la cérémonie.   

Acte 4

IV.Jaloux, le roi est désespéré par le rejet d’Elisabeth et par l’attitude de son fils. Le Grand Inquisiteur s’oppose à peine à la condamnation à mort de Carlos et exige que Rodrigue lui soit remis. Le roi refuse de renoncer à son nouvel ami. A la recherche de sa boîte à bijoux, la reine le découvre en possession de Philippe, qui y a trouvé le portrait que lui avait offert Carlos dans la forêt de Fontainebleau. Face à l’accusation d’adultère, la reine s’évanouit. Amoureuse de Carlos, Eboli avoue à la reine qu’elle a volé son coffret pour la faire accuser. Egalement ancienne maîtresse du roi, Eboli est répudiée par la reine, qui lui laisse le choix entre l’exil ou le couvent. Rodrigue visite Carlos en prison et lui dit avoir ajouté des documents aux siens pour qu’il passe pour coupable à sa place. Après qu’un coup de feu l’ait touché à mort, il lui reste le temps de transmettre le message d’Elisabeth, qui attendra Carlos au monastère de Saint-Just le lendemain. Venu libérer son fils, le roi est bouleversé par la mort de Rodrigue. Carlos le rejette, alors que le peuple, ameuté par Eboli, envahit la prison pour délivrer l’infant. Le Grand Inquisiteur les ramène à l’ordre.      

Acte 5

Elisabeth, pétrie de douleur, prie devant le tombeau de Charles Quint et demande à trouver la paix dans la mort. Carlos vient lui faire ses adieux avant son départ pour la Flandre. Arrivent le roi et le Grand Inquisiteur, qui accuse Carlos de trahison et ordonne son arrestation. Un moine cache l’infant dans un cloître. Le roi et le Grand Inquisiteur restent frappés de stupeur quand ils croient reconnaître à leur tour la voix de Charles Quint.

Mécènes et partenaires

  • Montre de l'Opéra de Paris

  • Avec le soutien de l'AROP

  • Avec le soutien du Cercle Berlioz

  • Mécène des retransmissions audiovisuelles de l'Opéra

  • Avec le soutien exceptionnel de Monsieur Étienne Binant Maître Bernard Duc CBE et Madame Domitille Duc Monsieur Sébastien Grandin

Don Carlos fait l’objet d’une captation réalisée par Stéphane Metge, coproduite par l’Opéra national de Paris, Telmondis et Arte, avec le soutien du CNC et de la Fondation Orange, mécène des retransmissions audiovisuelles de l’Opéra national de Paris. Ce spectacle sera retransmis sur Arte et Arte Concert le 19 octobre 2017 à 20h55. Il sera également retransmis le même jour en direct avec le concours de Fra Cinéma, dans les cinémas UGC, dans le cadre de leur saison Viva l’Opéra ! et dans des cinémas indépendants en France et dans le monde entier.

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