Giselle - Jean Coralli / Jules Perrot - Opéra national de Paris

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    Giselle

    Jean Coralli / Jules Perrot

    Palais Garnier - du 28 mai au 14 juin 2016

    Yonathan Kellerman / OnP

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Giselle

Palais Garnier - du 28 mai au 14 juin 2016

Ballet

Giselle

Jean Coralli / Jules Perrot

Palais Garnier - du 28 mai au 14 juin 2016

2h05 avec 1 entracte

À propos

En quelques mots :

"Les ballets sont des rêves de poète pris au sérieux."
- Théophile Gautier

Le générique de ce ballet emblématique pourrait à lui seul expliquer son inépuisable succès : Théophile Gautier – coauteur du livret –, Jean Coralli et Jules Perrot – qui signent la chorégraphie –, Alexandre Benois – dont les dessins ont inspiré les décors et les costumes –, Patrice Bart et Eugène Polyakov à qui l'on doit l'adaptation du ballet pour l'Opéra de Paris. Rarement autant de talents auront été réunis pour une œuvre majeure, au sommet du panthéon de la danse.

À l'origine, un poème de Victor Hugo, la prose de Heinrich Heine et toute une époque emportée par un courant artistique qui allait bouleverser les sensibilités : le Romantisme. L'histoire est celle d'une jeune paysanne, Giselle, amoureuse d'Albrecht pour qui elle danse éperdument. Mais en apprenant la trahison d'Albrecht, fiancé à la princesse Bathilde, Giselle perd la raison et se meurt. Condamné par Myrtha, la reine des Wilis – fantômes des jeunes filles mortes avant leurs noces – à danser jusqu'à en perdre la vie, Albrecht ne sera sauvé que par l'intervention de Giselle et du jour naissant entraînant la fuite des Wilis.

Créé en 1841 à Paris, le ballet traverse les frontières et n'a depuis jamais quitté l'affiche. Considéré comme l'un des plus beaux joyaux du répertoire, ses qualités narratives et chorégraphiques l'ont définitivement consacré comme le ballet romantique par excellence.

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Mathieu Ganio répond à vos questions !

20’

Par Octave

Le live-chat a commencé, n'hésitez pas à réagir et à poser vos questions !


Elisabeth : Vous interprétez le Prince Albrecht dans le ballet Giselle. En quoi votre Albrecht de 2016 sera-t-il différent de l’Albrecht de vos débuts ? Quelle est la Giselle qui vous a le plus inspiré ?

Mathieu Ganio : Difficile ! Je crois que j’ai dansé Albrecht pour la première fois il y a une dizaine d’années. Quand bien même je ne voudrais rien changer, j’ai évolué physiquement, psychologiquement, j’ai un peu gagné en maturité. On ajoute, on va plus loin. A chaque fois qu’on retravaille le rôle, on découvre des choses nouvelles, on modifie certains pas. Oui, forcément, c’est un peu différent.


Shaleen : Quel est le meilleur Albrecht/la meilleure Giselle que vous avez vu(e) danser?

Mathieu Ganio : Bonne question ! Un Albrecht mythique, c’est Barychnikov. Je l’évoque parce que j’ai eu l’occasion de revoir récemment ce qu’il avait fait : nous nous sommes remémoré certaines images, avec ma coach. Alors oui, je dirais Barychnikov. C’est lui qui m’a le plus marqué. C’est toujours difficile de répondre lorsqu’on me demande si j’ai un modèle, parce que j’aime piocher chez les uns et les autres.

Et Giselle ? Très difficile. J’ai de très beaux souvenirs d’Elisabeth Maurin, la première Giselle que j’ai vue. Laëtitia Pujol n’a malheureusement pas pu danser parce qu’elle est blessée, mais on a fait pas mal de répétitions et son interprétation de la folie reste dans ma tête. Interpréter la scène de la folie doit être marquant dans la carrière d’une danseuse. Il y a beaucoup à raconter, beaucoup à donner, on peut y mettre beaucoup de soi… Je pense que c’est un moment majeur dans le ballet et la vie d’une danseuse. C’est long de se l’approprier. C’est vraiment l’une des difficultés du ballet.


Sacha Blisetski : Quelle serait l'histoire que vous raconteriez de Giselle à une personne qui n'a encore jamais vu de ballet ?

Mathieu Ganio : C'est l'histoire d'un prince, Albrecht, qui flirte avec une jeune paysanne, Giselle. Il tombe plus ou moins amoureux d'elle. Elle, c'est évident. Hilarion, un paysan du village, est amoureux de Giselle, et découvre qu'Albrecht est un prince. Il dénonce la supercherie devant les paysans et la cour du prince. Dans cette cour, il y a Bathilde, sa fiancée. Giselle étant souffrante du coeur (sa mère lui dit de ne pas danser), ça la rend folle et elle meurt de chagrin. Point ! (rires)

Deuxième acte ! Albrecht vient se repentir, pleurer sur la tombe de Giselle, de même qu'Hilarion. Sauf que dans le bois, la nuit, sortent les Wilis, qui sont des jeunes filles mortes d'amour et qui attaquent les hommes pour se venger. Hilarion va être attaqué et tué. Quant à Albrecht, Giselle va le protéger. La Reine des Wilis, Myrtha, va l'obliger à danser toute la nuit. Grâce à Giselle, il va tenir jusqu'au petit matin. Aux premiers rayons du soleil, il doit dire au revoir à Giselle et retourner à la vie. On peut y projeter de nombreuses interprétations...

© Svetlana Loboff / OnP

Sacha Blisetski : Et si (je dis bien "si"), il y avait une chose à changer ou améliorer dans le ballet Giselle (rôle des personnages, chorégraphie, scénographie,...) quelles seraient vos envies, vos propositions ?

Mathieu Ganio : Je ne changerais rien. Si ce ballet a traversé les âges, c'est qu'il n'y a rien à changer, ou alors, faire comme Mats Ek, quelque chose de totalement différent. Notre challenge, c'est de le rendre moderne, mais dans la façon de faire, la façon d'aller toucher le public, d'exprimer les sentiments. Sinon, c'est une autre Giselle, et je ne suis pas chorégraphe.


Masumi : A la fin de l'acte 2, Albrecht reste seul sur la scène. En ce moment, est-ce qu'il sent le vide causé par la disparition d'un être cher, de Giselle ? Lucie : J'ose une question moins formelle et plus subjective ! Il a trahi Giselle et elle le sauve de la mort à la fin du ballet. A sa place, l'auriez-vous fait ? Merci pour vos réponses et à très vite sur la scène de Garnier.

Mathieu Ganio : En fait, toute la question est là. C'est vrai qu'il y a un parti-pris, à savoir : “Est-ce qu'Albrecht, dès le début, est fou de Giselle ? Pense-t-il vraiment ce qu'il lui dit, alors que sa condition sociale l’oblige à se marier avec une fiancée de son rang ? Ou est-ce que c'est une petite amourette comme il a pu en avoir d'autres et, petit à petit , l'amour grandit et il se rend compte de la perte ?” J'aurais plusieurs réponses... Je pense que les femmes ont plus de mansuétude que les hommes. Personnellement, je pense que je ne pardonnerais pas. Le pardon, c'est beau : ça permet à deux êtres de se séparer sereins, de se dire un dernier adieu. Sans amertume ni rancœur. Je ne pardonnerais pas mais j’y réfléchirais… (rires)

J'essaie de faire en sorte que le personnage et l'histoire soient moteurs de la chorégraphie.

Sandrine Auffray : Quelles émotions ressent un danseur lors de la première de Giselle ?

Mathieu Ganio : Il y a toujours du trac, comme dans tous les ballets. Pour l'homme, le soliste, le premier acte est plus dans le jeu dramatique que dans la danse pure. Cela permet de rentrer en douceur dans le ballet. Il y a quelque chose qui s'installe, une rencontre. C'est très agréable de commencer le ballet de cette façon. Même s'il y a beaucoup de stress, on est excité de raconter une histoire.


Caroline : Vous jouez avec beaucoup d'intensité sur scène, dans Giselle on vous voit les larmes aux yeux durant la scène finale... Comment vivez-vous cette part de théâtre dans vos rôles ?

Mathieu Ganio : Ce que j'essaie de faire, et qui n'est pas toujours évident, c'est que le personnage et l'histoire soient le moteur de tout : que la chorégraphie découle de ce que je raconte et non pas l'inverse, faire la chorégraphie en ajoutant des fioritures d'histoire ! Qu'est ce que je veux dire et comment vais-je le traduire corporellement pour que ce soit lisible par tout le monde ? Je ne veux surtout pas passer d'un tour en l'air à un “Mon Dieu ! Je vais mourir !”... (rires)


Christophe : Quelle attention prêtez-vous aux costumes pour entrer dans vos rôles ?

Mathieu Ganio : Oui, avec le temps, je me suis rendu compte, notamment lors des galas, qu'on a vraiment la chance à l'Opéra de Paris de porter de très beaux costumes, une qualité de costumes exceptionnelle. Souvent, ça apporte un vrai plus. C'est très important de se sentir bien, mis en valeur : ça habille un personnage. C'est évident.

© Svetlana Loboff / OnP

Chloé Poinas : Quelles ont été les difficultés que vous avez pu rencontrer lors des répétitions ? Comment avez-vous réussi à vous approprier le rôle qui vous a été attribué ?

Mathieu Ganio : Je vais commencer par un point positif. C'est un ballet que j'ai beaucoup dansé : ça permet de savoir quels sont les points qu'il va falloir travailler et ceux sur lesquels on peut se permettre d'être plus cool. Au deuxième acte, il y a beaucoup de sauts, et une vraie endurance à acquérir. Il n'y a pas beaucoup de pauses. Il faut s'habituer à tout enchaîner. Le plus difficile, ce sont les choix artistiques, surtout au premier acte : quelle option prendre ? Laquelle me convient le mieux, laquelle va correspondre à ma partenaire ? Ce sont des décisions assez subtiles.

Avec le temps, on apprend à mieux se connaître, on acquiert un certain vécu. On a aussi eu l'occasion d'observer les autres danseurs : souvent, on tâtonne, on hésite entre deux options et, quand on voit les autres danser, cela nous aide à trancher. Parfois, on a l’idée qu'un certain geste raconte quelque chose et dans la salle, le public le perçoit différemment. On a besoin du regard de l'autre, de passer de l'autre côté.


Pauline : Comment avez-vous géré le fait de changer de partenaire peu avant la première de Giselle ? Avez-vous eu plusieurs répétitions avec Myriam Ould Braham ?

Mathieu Ganio : C’était compliqué parce qu’au final, j'ai dansé avec Dorothée. Myriam était souffrante la veille de la Première. Ce sont les aléas du métier. Ce qui est difficile, c’est que l'on a construit quelque chose avec sa partenaire. Quand on en change, il faut tout se réapproprier, et souvent dans l’urgence. C'est faisable parce que ça reste classique, c'est un ballet traditionnel qu'on a tous dansé. Mais c'est vrai qu'il ne faut pas que cela perde en qualité artistique. C'était un vrai défi. Et comme c'était pour un ballet que j'avais beaucoup dansé, le défi s'est révélé passionnant. Je n'aurais pas pu le faire dans le cadre d'une prise de rôle...


Niwa Akiko : Juste avant le spectacle, qu'est-ce que vous faites ? Vous avez des routines, par exemple ? Moi, je mange une boulette de riz ! (on dit « onigiri » en japonais)

Mathieu Ganio : Je fais la sieste, si je peux. J'ai un échauffement qui me prépare au spectacle, aussi bien psychologiquement que physiquement. Ce sont des exercices quotidiens que je fais et refais pour m'échauffer, qui me demandent du temps. Ce n'est pas difficile mais ce temps qui me sert à me concentrer sur le personnage est essentiel. Sinon, est-ce que j'ai des TOC ? Je pense que oui, mais ce sont de petits TOC. Je ne tape pas trois fois sur la table (rires). Je me demande plutôt si j'ai bien fait le déroulement des exercices qui me servent à me sentir prêt. J'aime bien réviser les moments importants auxquels je dois penser pendant le spectacle.


Kie : Quelle alimentation préférez-vous ?

Mathieu Ganio : L'alimentation, c'est hyper important. Je n'ai pas d'alimentation préférée. J'essaie de manger sainement, surtout la veille ou le jour du spectacle. Des choses comme les sucres lents, des choses bonnes pour moi. J'ai toujours des barres de céréales, des fruits secs, des choses énergétiques au cas où j’aurais une baisse de régime sur un spectacle qui durerait longtemps.

© Julien Benhamou / OnP

Aymeric : Comment avez-vous vécu d'être nommé Etoile si jeune ? Le passage de Sujet à Etoile a t-il été marquant pour vous et choquant pour les autres ? Vous sentez-vous actuellement en pleine possession de votre corps de vos capacités de danseur ?

Mathieu Ganio : Surpris ? Oui, moi le premier (rires). C'est un peu paradoxal ! Aujourd'hui, je me rends compte que c'était une chance inouïe. J'ai eu accès à des rôles du répertoire très vite, à un coaching personnalisé. Sur Giselle, par exemple. J'en suis très reconnaissant parce que cela me permet d'aller plus loin. Le titre d'Etoile ouvre un grand nombre de portes, pas qu'en danse d'ailleurs, mais dans la vie en général. C'est incroyable ! Ceci dit, à 20 ans, c'était assez dur de se retrouver propulsé Etoile du jour au lendemain sans avoir réellement dansé de rôles de solistes : on passe de quelques rôles de demi-solistes à un rang d'Etoile qu’il faut tenir. D'autant plus qu'à l'époque, il y avait beaucoup moins d'Etoiles qu'aujourd'hui. Il y avait beaucoup de Premiers Danseurs qui espéraient. Et l'on s'attend à ce que, d'un seul coup, vous ayez la stature, la carrure d'une Etoile. J'en ai souffert dans les critiques. Je dois beaucoup à mes partenaires qui m'ont aidé. On avait presque dix ans d'écart. Je n'étais plus avec ma génération, avec mes amis, je me suis retrouvé tout seul dans un studio avec une Etoile qui avait dix ans de plus que moi, une carrière et un professionnalisme qu'il me fallait alors acquérir. Cela m'a pris du temps mais, si c'était à refaire, je ne changerais rien. Pour rien au monde. Je suis heureux. Il est possible d'être prêt à condition d'être coaché. En Russie, on prépare les danseurs plus tôt. A l'Opéra de Paris, on apprend le métier, les fondamentaux, en dansant dans le Corps de Ballet. Mais lorsque l'on sort du Corps de Ballet, cela exige quelques ajustements.

Quand on est en forme, il faut arriver à le rester sans être surentraîné, au bord de la blessure et de la fatigue. Il y a vraiment une histoire de gestion à connaître. Il faut doser. Il y a aussi que, quand on est jeune, on a toutes ses capacités physiques, mais on n'a pas tout dans la tête. A un moment, les deux se rejoignent. A l'âge que j'ai, c'est l'équilibre mais ça va bientôt basculer. J'essaie de maintenir cette osmose le plus longtemps possible. Je sais qu'il faut que j'en profite un maximum maintenant. Il faut saisir les opportunités et profiter. Après, ça sera différent...


Antonin : Vous êtes danseur Etoile depuis votre entrée dans le Ballet, ou presque. Qu'est-ce que cela fait d'avoir quasiment toujours dansé des rôles d'Etoile et de soliste, d'avoir dansé presque tous les rôles ? Est-ce que la carrière ne semble pas longue ?

Mathieu Ganio : Non, ce n'est pas long. Au contraire, une fois qu'on a dansé les rôles qu'on voulait absolument aborder, les rôles qu'il faut faire pour prouver qu'on mérite d'être Etoile, les grands classiques, il y a quelque chose qui se passe : on est détaché par rapport à ça, on est moins dans une espèce de volonté : je dois y arriver, je dois prouver. On prend ce qui vient. Ce n'est pas du détachement, j'ai toujours autant de passion pour mon métier, mais j'ai plus de recul. J'apprends à vivre et à apprécier les choses. C'est une phase vraiment agréable, je suis heureux de pouvoir vivre ça, de laisser venir. C'est une façon de vivre son métier plus sereinement.


Silvia Brioschi : S'il vous plaît, pourriez-vous dire quelque chose à propos de la version de Giselle signé Polyakov ? Danser cette version vous apporte-t-il quelque chose de spécial ? Merci beaucoup !

Mathieu Ganio : Ça reste une version traditionnelle de Giselle. J'ai été invité à la danser ailleurs et c'était sensiblement la même chose : la variation est au même endroit, le pas de deux aussi, c'est la même trame. Dans ce ballet, ce qui est dingue, c'est qu’il n'y a pas tellement de changements dans les versions classiques, contrairement à celle de Mats Ek. D'une compagnie à l'autre ça reste similaire. La différence, c'est ce que l'interprète va mettre et ses choix. Le découpage est pareil, on danse sur la même musique, c'est tellement codifié, il y a peu de libertés dans la chorégraphie. La liberté est dans le jeu. On fait un porté à la place d'un autre, mais ça reste un porté : la planche, une arabesque. On choisit, mais au final, c'est un porté. Dans la variation, on peut faire plein de tours en l'air différents, mais c'est toujours un tour en l'air. Je n'ai rien à raconter spécialement de cette version. Ce qui est génial dans d'autres versions, c'est d'avoir une relecture complète d'un ballet codifié et traditionnel. C’est le cas chez Mats Ek...

« Giselle » - Jean Coralli / Jules Perrot

Aminata G. : Vous avez déjà eu l'occasion de danser Giselle avec des danseuses ne faisant pas partie de la compagnie de l'Opéra de Paris comme Evgenia Obraztsova ou Olesya Novikova... Souhaiteriez-vous retenter l'expérience et si oui avec une danseuse en particulier ?

Mathieu Ganio : Oui, je souhaiterais renouveler l'expérience. Avec une danseuse russe. Elles ont une façon différente de raconter les histoires. Elles ont un sens de la dramaturgie très fort.

Il faut arriver à rester en forme sans être surentraîné, au bord de la blessure.

Sierra Santi : Avez-vous dansé un autre ballet mis en musique par Adolphe Adam ? Vous ne pensez pas que ce serait formidable à créer un nouveau ballet avec de la musique par Adolphe Adam? Que pensez-vous de la création de nouveaux ballets avec de la musique du XIXe siècle? (La jolie fille de Gand & La filleule des fées) Il serait bien de vous voir danser dans un nouveau ballet d'Adolphe Adam.

Mathieu Ganio : Oui, c’est super de pouvoir faire de grands ballets narratifs qui utilisent le vocabulaire classique, voire néoclassique. Que ces grands ballets ne soit pas seulement du XIXe, mais qu'on apporte au XXIe siècle ce genre de ballet. Sur n'importe quelle musique. Je trouve que le contexte économique, social, etc... fait que c'est vraiment difficile de faire un ballet de deux, voire trois actes avec une vraie trame, un vrai livret. C'est de plus en plus rare. Et c'est précieux pour un artiste, d'autant plus d'être l'instigateur de ces ballets. Si on me le propose, je dis oui tout de suite. Un grand ballet narratif, c'est formidable. Les Enfants du Paradis, c'était un grand ballet, mais c'est assez rare pour un artiste. C’est une expérience si forte d'être le créateur d'un personnage, de livrer sa personnalité à travers une histoire.


Junko : Qu'est-ce que la musique pour vous pendant que vous dansez ? Nadia : Dans le court film que vous a consacré Benjamin Millepied, vous expliquez que, sur scène, vous allez puiser la confiance dans la musique. Quelle importance a la musique pour vous depuis le début de votre carrière ?

Mathieu Ganio : Capitale, la musique a une importance capitale. Justement, on parlait de chorégraphie. Je trouve que si on s'appuie sur une belle musique, on a déjà fait une bonne partie du travail. Plus je vieillis, plus je me rends compte de l’importance de la musique, comme elle peut représenter un puissant soutien, comme elle peut nous valoriser. On peut danser dans le silence, mais sur les ballets musicaux, on est véritablement en osmose. C'est tout particulièrement jouissif dans les ballets de Balanchine : il y a un réel plaisir. J'y suis très sensible. Même pour les cours. C'est important dans la pratique quotidienne.

« Mathieu Ganio » by Benjamin Millepied - 3e Scène

Opéra national de Paris : Vous êtes passionné de musique ?

Mathieu Ganio : Oui j'aime écouter de la musique, elle fait partie de ma vie. Ma mère voulait qu'on soit musiciens, avec ma sœur. Pas de chance, on est danseurs tous les deux. (rires)


Opéra national de Paris : Quel genre de musique ?

Mathieu Ganio : J'écoute de tout. J'écoute du classique assez facilement. J'aime bien la folk music, toutes les voix. J'écoute de la pop, du rock. Je n’aime pas trop le métal. Je suis sensible aux belles voix. C'est plutôt la voix qui m'attire.


Thomas : Merci à Mathieu d'avoir la gentillesse de répondre à nos questions ! Hanane : En dehors de la danse et, donc, de la musique, quels sont vos arts de prédilection ?

Mathieu Ganio : J'aime beaucoup la peinture. J'aime l'art en général. Je ne m'y connais pas forcément, je ne suis calé en rien. Mais j'avoue que je suis assez curieux. Ce que j'aime dans l'art, c’est le processus de création. Il y a une fleur, par exemple : comment chacun va traduire cette fleur ? Quelle va être la vision de chaque personne ? Je suis curieux de ça et j'aime passer du temps dans les expos...


Samir : En ce moment, avec quels chorégraphes rêveriez-vous de travailler ?

Mathieu Ganio : J'aurais adoré travailler avec Jiri Kylian. Je sais qu'il travaille beaucoup avec les danseurs avec qui il a déjà travaillé, et il a par ailleurs un peu levé le pied. Je n'ai jamais travaillé avec Pina Bausch, ni avec Mats Ek qui a arrêté, mais il peut encore changer d'avis. Alexander Ekman, j'aimerais assez. Ohad Naharin aussi... Tous les gens qui ont envie de travailler avec moi... (rires) Dans une carrière d'artiste, c'est merveilleux d'échanger, de rencontrer des gens. Il y a des maîtres auxquels on a envie de se frotter, mais le plus important, ça reste la rencontre...


Opéra national de Paris : Vous êtes reconnu pour les grands rôles de Princes du répertoire. Avez-vous envie de briser cette image ?

Mathieu Ganio : De toute façon, cela va devenir de plus en plus dur physiquement d'assumer ces rôles. Les générations se renouvellent très vite. Maintenant, ce qui m'intéresse, c'est de développer la partie acteur. Les Princes, c'est sympa, et ça fait plaisir de s'entendre dire qu'on est fait pour les rôles de Princes. Mais j'espère que j'ai autre chose en moi que ces Princes. La magie, c'est que quelqu'un le voie en vous et le révèle au public. J'aimerais bien. J'adorerais.


Anne : Merci ! C'était super de suivre cette discussion. (même sans intervenir) Zoja : Thank you for this, it was most interesting. Thomas : Merci infiniment !!


Ce live-chat est maintenant terminé. Merci à Mathieu Ganio d'y avoir participé ! Merci à vous de l'avoir suivi !

© Christian Leiber

Giselle et l’Opéra de Paris

Article

Giselle et l’Opéra de Paris

Compagnons de voyage

06’

Par Octave

Le 18 octobre 2015, 24 hommes et femmes salariés de l’Opéra de Paris ont ranimé la tradition centenaire du transport à pied des toiles peintes : la toile de fond de l’Acte I du ballet Giselle a été amenée depuis les Ateliers Berthier jusqu’au Palais Garnier. José Sciuto est Chef de service adjoint, Responsable artistique des Ateliers. Il nous livre son témoignage sur cet événement exceptionnel.    

« Nous sommes à la fois un théâtre de création et de répertoire, c’est-à-dire que certaines œuvres reviennent régulièrement à l’affiche et appartiennent au patrimoine de la maison. Une œuvre aussi emblématique que Giselle en fait évidemment partie. Ce ballet romantique dont la création date du 28 juin 1841 à l’Opéra de Paris a été repris de nombreuses fois dans différentes productions. En 1991, à l’occasion de son 150e anniversaire, Patrice Bart l’a réadapté selon la chorégraphie signée Jean Coralli et Jules Perrot et ses décors ont été retravaillés à partir des dessins originaux d’Alexandre Benois par le scénographe italien Silvano Mattei, un grand peintre de toile de théâtre. C’est un ballet que l’Opéra de Paris a largement contribué à perpétuer et à remettre au goût du jour.

Beaucoup de choses ont évolué à travers le temps, tout d’abord le type de décor utilisé pour les opéras et les ballets. Au début du siècle dernier et au XIXe siècle, il s’agit principalement de décors sur toile : des toiles peintes basées sur l’effet de trompe-l’œil. Les théâtres étaient équipés pour accueillir ces toiles et les stocker à l’abri. Au Palais Garnier par exemple il y a ce qu’on appelle les « cuves à toiles » qui sont au lointain de la scène. Sous une trappe qui fait la largeur de la scène, on accède à une sorte de grand trou qui descend sur toute la profondeur des dessous du plateau, avec des berceaux sur lesquels on peut poser les toiles roulées. Cela permet de les sortir et de les installer très rapidement sur le plateau : quelques machinistes chargent les toiles sur des guindes et d’autres les extraient en surface. Comme aujourd’hui, l’Opéra était alors un théâtre d’alternance : il fallait pouvoir changer de décor chaque jour. Dans les années 1960 se sont développés des décors plus construits, plus architecturés. En somme, moins de toiles peintes et plus d’objets en volume. Naturellement, nous stockons ces décors différemment : soit dans des cases à décor soit dans des conteneurs (nous en comptons plus de 1000).

Si les décors et leur stockage ont évolué, leur transport aussi. Je suppose qu’à l’époque les toiles étaient transportées roulées à cause de la peinture utilisée pour les réaliser. Le liant dans la peinture de toiles de théâtre était de la colle peau, une gélatine animale qui, si la toile était pliée, risquait de marquer ou de craqueler. C’est pourquoi il était préférable de rouler les toiles pour ne pas les abîmer. D’autre part, le transport à pied des toiles était privilégié car peu de charrettes avaient la capacité d’acheminer des toiles longues de plus de vingt mètres. Mais depuis la seconde moitié du XXe siècle, les peintres utilisent des résines vinyliques ou acryliques qui ont une forte adhérence, même diluées, et qui sont bien plus souples. Cela nous permet de plier les toiles et de les stocker en conteneur ou sur des palettes dans les cases à décor. Une fois bien tendues sur scène, les plis disparaissent. Technique artistique, stockage et enfin transport : l’évolution des décors de ballet est le fruit de plusieurs mutations techniques entremêlées. Mais depuis plus d’un siècle, nous avons continué à utiliser la technique ancienne de stockage pour des décors comme ceux de Giselle.    
Transport de la toile de Giselle aux ateliers Berthier en 1905
Transport de la toile de Giselle aux ateliers Berthier en 1905

Avec le temps, les décors de Giselle, maintes fois utilisés, se sont détériorés. C’est pourquoi nous avons repeint les toiles de fond des deux actes en préparation de la reprise du ballet en mai 2016. Ce sont les peintres des Ateliers qui ont eu la noble tâche de réaliser ces toiles : Gisèle Rateau, Thierry Desserprit et Jean-Philippe Morillon. Une reproduction d’une photographie de 1905 montrant la toile roulée et transportée à dos d’homme est depuis longtemps collée sur le mur de l’Atelier à Berthier et fait partie de notre décor quotidien. Edouard Gouhier, Directeur technique-adjoint en charge de Garnier et de Berthier, voyant nos trois peintres décorateurs au travail, a eu l’idée de faire transporter cette toile comme elle l’avait été il y a un siècle. 24 hommes et femmes volontaires, principalement des machinistes et du personnel des Ateliers, ont relevé le défi le 18 octobre dernier et transporté la toile de 27m de long et 17m de large des Ateliers Berthier au Palais Garnier. C’était l’occasion de créer un événement qui surprenne les habitants des quartiers de la porte de Clichy jusqu’au 9e arrondissement et qui rende tangible l’investissement humain et matériel que comporte nos métiers. 

Transport de la toile de Giselle aux ateliers Berthier en 2015
Transport de la toile de Giselle aux ateliers Berthier en 2015

Cette initiative véhicule également à mes yeux un ensemble de valeurs qui m’ont poussé à faire partie de cette aventure. D’abord la transmission du savoir-faire qui est au cœur de notre métier. Le travail des peintres qui ont réalisé cette toile est un métier qui se perpétue. Beaucoup de décors nécessitent de la peinture, des matières, des textures, des patines, mais la toile peinte devient assez rare. C’est seulement dans de grandes maisons comme la nôtre que des peintres ont l’occasion de réaliser ce genre de toiles et que ce métier s’entretient grâce à un riche répertoire. Un bel hommage donc à ce métier, mais aussi aux machinistes qui font vivre le travail des décorateurs sur scène. Ensuite, cette tradition permet de faire travailler ensemble, dans la bonne humeur, différents acteurs qui d’ordinaire se croisent seulement : ceux qui travaillent en amont et en aval de la conception de décors. Dans l’élan de ce travail collectif était visible la solidarité entre les différents savoir-faire de la maison.

Nous avons fait pénétrer la toile par la porte principale du théâtre, pour l’amener sur la scène en traversant la salle. Les machinistes ont attaché la toile à une perche, ensuite élevée (ou « appuyée » dans le jargon du théâtre) vers les cintres. Assister tous ensemble au déroulement progressif de la toile au milieu de ce grand espace noir était poignant. En tant que participant à cette aventure et en tant qu’ancien peintre décorateur, j’étais très ému.»

Propos recueillis par Milena Mc Closkey


Une entrée « par la grande porte » du décor de Giselle, à la mesure de l’attachement que lui portent les artisans de la maison et le public. Le photographe et réalisateur David Luraschi a immortalisé cette singulière traversée de Paris. Retrouvez dès maintenant son film Giselle: The Walking Landscape sur la 3e scène.

© Sébastien Mathé/OnP

Podcast Giselle

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"Dansez ! Chantez ! 7 minutes à l’Opéra de Paris" - en partenariat avec France Musique

07’

Par France Musique

  • En partenariat avec France Musique

 Avec « Dansez ! Chantez ! 7 minutes à l’Opéra de Paris », nous vous proposons des incursions originales dans la programmation de la saison à la faveur d’émissions produites par France Musique et l’Opéra national de Paris. Pour chacune des productions d’opéra et de ballet, Judith Chaine pour le lyrique et Stéphane Grant pour la danse, vous introduisent, avant votre passage dans nos théâtres, aux œuvres et aux artistes que vous allez découvrir.      

Mécènes et partenaires

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