Coulisses

Sur les cendres de l’innocence

Visite des décors de La Cenerentola vus par Guillaume Gallienne — Par Anne-Claire Cieutat et Jo Fishley

À l’invitation de Stéphane Lissner, le directeur général de l’Opéra de Paris, Guillaume Gallienne met en scène sa première production lyrique, sur la scène de Garnier. Une Cenerentola de Rossini exaltant la bonté, dont il ouvre les portes du décor. Visite en images et en sons. 

Une grande maison de feu se dresse. Elle est habillée d’un rouge de fresque pompéienne, un beau rosso pompeiano ombré par des bruns fondus et des ocres qui pourraient bien être les nuances du jaune de Naples issu des laves du Vésuve. Le décor d’Eric Ruf - l’administrateur de la Comédie Française s’est fait scénographe - dresse cette maison majestueuse, palais napolitain à la façade minérale flamboyante sur un lit accidenté de lave noire et de cendres.

La Cenerentola appartient à un monde consumé, cette Cendrillon volcanique de Guillaume Gallienne célèbre la fin de l’innocence, dans un univers qui s’est effondré. Cette innocence perdue est à la noce avec la bonté. Cendrillon est une jeune fille qui aime et pardonne, ces vertus qui manquent à notre temps et que le metteur en scène venu du Français exalte.

Cette Cendrillon d’Italie, cette Angelina chez Rossini, accroche à nos jours son idéale bienveillance. Légère comme la harpe aérienne qui joue sa musique, elle s’est échappée chez Guillaume Gallienne de la comédie italienne, avec ses monstres méprisables et touchants, ses fanfarons entre frivolité et gravité, ses créatures joyeuses et allègres.

Voici un bal à l’histoire joyeuse, une histoire d’amour soulevée de fantaisie, qui donne envie de croire aux contes et aux fées. Alors, tant pis s’il n’y a pas de bonne fée, pas de pantoufle, pas de citrouille, mais un philosophe et un bracelet, on retrouve quand même les sœurs mauvaises, la très jeune fille naïve qui passe de l’enfance maltraitée au bonheur triomphant, la famille décomposée avec ses névroses. Ce n’est plus un conte, mais sa morale essentielle vibre, la bonté l’emporte sur la cruauté.    







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