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Luxe et volupté

Quand Balanchine inspire Karl Lagerfeld — Par Inès Piovesan

Pour l’entrée au répertoire de Brahms-Schönberg Quartet de George Balanchine, Benjamin Millepied a confié la conception des nouveaux décors et costumes de la production à Karl Lagerfeld. Le grand couturier a dessiné pour les danseurs de la Compagnie de somptueux costumes, « ultra-couture », à la fois graphiques, chics et élégants. Quelques semaines avant la Première, les ateliers flou et tailleur du Palais Garnier sont en pleine effervescence et portent les dernières retouches et finitions. Reportage en images.

Porté par la musique de Brahms, Karl Lagerfeld s’est inspiré du courant artistique de la Sécession viennoise pour dessiner les cent costumes - toutes distributions confondues – et concevoir les décors de cette nouvelle production. Les détails d’un tableau de Koloman Moser et Josef Hoffmann, notamment, ont inspiré les gilets en damier noir et blanc des hommes et les chapeaux et coiffes confectionnés par l’atelier modiste. Pour les danseuses, le couturier a dessiné des corsets noir et blanc en satin et velours, des tutus romantiques et vaporeux, dont les tulles se déclinent en blanc, rose ou orange en fonction des différents tableaux.

Maquettes de costume Soliste femme (3e mouvement) et Corps de ballet homme (4e mouvement)
Maquettes de costume Soliste femme (3e mouvement) et Corps de ballet homme (4e mouvement) © Karl Lagerfeld
Maquettes de costume Soliste femme (4e mouvement) et soliste homme (3e mouvement)
Maquettes de costume Soliste femme (4e mouvement) et soliste homme (3e mouvement) © Karl Lagerfeld

Ateliers de couture : confection des costumes conçus par Karl Lagerfeld pour « Brahms-Schönberg Quartet » de George Balanchine
Ateliers de couture : confection des costumes conçus par Karl Lagerfeld pour « Brahms-Schönberg Quartet » de George Balanchine 9 images

Les rencontres entre le couturier et les ateliers couture, brèves mais efficaces, ont à chaque fois permis d’identifier grâce à la justesse de son œil les potentielles difficultés, les nécessaires ajustements. Libre ensuite aux ateliers d’adapter les costumes aux courbes de chacune des danseuses en tenant compte des attentes et des intentions du créateur ainsi que des exigences propres à la danse.

Pour illustrer la dimension tragique de la partition, Karl Lagerfeld a imaginé comme décor un vieux palais que l’on devine dans la brume, comme une illusion, et de grands drapés gris qui tombent jusqu’au sol. Un décor qui fait écho à l’intention du chorégraphe d’évoquer la grandeur déclinante de l’Empire austro-hongrois.

Après Yves Saint Laurent pour Notre-Dame de Paris de Roland Petit, Christian Lacroix pour Joyaux et Le Palais de cristal de Balanchine ou Shéhérazade de Blanca Li, Karl Lagerfeld est donc invité à collaborer avec le Ballet de l’Opéra. Cette saison, un air de « fashion week » a semblé souffler sur les ateliers couture qui ont travaillé avec Iris Van Herpen (Clear, Loud, Bright, Forward de Benjamin Millepied), Gareth Pugh (Alea Sands de Wayne McGregor), Alessandro Sartori (La Nuit s’achève de Benjamin Millepied), Mary Katrantzou (pour la dernière création de Justin Peck), pour ne citer qu’eux... Chacune de ces collaborations est une invitation à pénétrer l’univers singulier de créateurs bien différents, pour comprendre, appréhender, « digérer » et restituer les idées et les intentions, grâce à une technique et à un savoir-faire unanimement reconnus et appréciés.

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