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Rencontres

Deux étoiles au firmament

Rencontre avec Léonore Baulac et Germain Louvet — Par Aliénor de Foucaud

Les 28 et 31 décembre derniers, à l’issue de deux représentations du Lac des cygnes, Germain Louvet et Léonore Baulac sont nommés danseurs Étoiles. Consécration ou continuité, ils reviennent sur leurs parcours et nous livrent leurs impressions…    

Comment êtes-vous venus à la danse ?

Germain Louvet J’ai commencé la danse à l’âge de 4 ans, c’était déjà très naturel et instinctif pour moi. J’ai intégré le Conservatoire national de région de Chalon-sur-Saône à 7 ans où j’ai appris la danse classique, puis, à 12 ans, je suis entré à l’École de danse de l’Opéra de Paris sous la direction d’Élisabeth Platel. J’ai intégré le Corps de Ballet à 18 ans.

Léonore Baulac : J’ai étudié la danse deux ans au Conservatoire national supérieur de Paris (CNSMDP) avant d’être admise à l’École de danse à 15 ans. Puis j’ai intégré le Corps de Ballet à 18 ans.     

Comment percevez-vous le rôle d’un danseur Étoile ?

G.L. et L.B. : Tout dépend où nous en sommes dans notre carrière de danseur. Quand on est enfant, les Étoiles nous semblent être des demi-dieux, puis on apprend à les connaître, on les suit dans leur carrière. Au fur et à mesure que nous montons les échelons, ce fantasme qui plane autour des Étoiles devient de plus en plus réel et accessible. Quand cela arrive, on s’aperçoit qu’être Étoile c’est être un danseur comme un autre avec de nouvelles responsabilités, c’est une continuité. Finalement, la vie de compagnie reste la même.     

Avec le Prince Siegfried et Odette/Odile, vous faisiez deux prises de rôle, comment les avez-vous appréhendées ?

L.B. : Nous avons tous les deux travaillé ces rôles avec Clotilde Vayer (Maître de ballet à l’Opéra). J’étais remplaçante avant d’être officiellement distribuée, mais je tenais à travailler ce rôle comme si j’allais le danser. J’appréhendais mes premières répétitions. Contrairement au rôle de Juliette (Léonore Baulac interprète Juliette dans Roméo et Juliette de Noureev pour la première fois en 2016) qui était assez instinctif, je ne sentais pas le rôle d’Odette/Odile de façon aussi évidente. Il y avait un important travail technique, ce coaching m’a beaucoup aidée et fait progresser. Aujourd’hui, je suis fière du travail accompli, n’étant pas partie avec toutes les clés en main. Alors que je regardais le rôle de Juliette depuis très jeune et que je connaissais parfaitement le personnage, j’ai mis plus de temps à rentrer dans le personnage du Cygne. On a vu tellement de danseuses l’interpréter qu’il faut entrer en scène avec plus d’assurance. La transmission et l’apprentissage de ce rôle ont été des moments cruciaux. On y crée des liens avec nos partenaires et répétiteurs, on y accomplit un travail personnel fondamental.     
Léonore Baulac (Odile) et Germain Louvet  (le prince Siegfried) dans « Le Lac des cygnes », Opéra Bastille, 2016
Léonore Baulac (Odile) et Germain Louvet (le prince Siegfried) dans « Le Lac des cygnes », Opéra Bastille, 2016 © Svetlana Loboff / OnP
G.L. : Le Prince Siegfried est un rôle que j’appréhendais mais que j’avais toujours rêvé d’interpréter, il est assez mythique dans le répertoire du ballet classique, très difficile techniquement : un beau challenge également. C’était assez naturel pour moi, je me sentais bien dans le personnage dès le début des répétitions. Nous avions tous deux eu la possibilité de travailler quelques variations dans le passé, lors des concours par exemple.    

Être nommé par Aurélie Dupont, nouvelle Directrice de la Danse, un symbole fort ?

G.L. et L.B. : Un destin commun nous liait à Aurélie Dupont, puisqu’elle était déjà notre coach en répétition de Casse-Noisette, premier ballet dans lequel nous avons tous les deux partagé la scène dans des rôles de solistes. Nous étions Coryphées à l’époque. Aurélie Dupont nous suit depuis nos débuts dans le Corps de Ballet. Elle connaît notre travail, notre rapport à la scène. Il y a quelque chose de rassurant dans cette nomination car elle nous a depuis longtemps aidés à préparer des rôles et des concours (Aurélie Dupont a entraîné Léonore Baulac au concours de Coryphée, déjà dans une variation du Cygne noir…). C’est donc une belle transmission.     

Y-a-t-il des rôles qui vous font rêver, des chorégraphes avec qui vous auriez envie de travailler ?

G.L. : Tout à coup, le champ des possibles s‘ouvre. Les rôles de Lenski ou d’Onéguine dans Onéguine me plairaient beaucoup. Je nous souhaite des rencontres chorégraphiques avec de belles idées. Roméo et Juliette de Sasha Waltz est aussi un ballet contemporain que j’apprécie et, bien sûr, tout le répertoire de Pina Bausch…

L.B. : j’aime aussi beaucoup Onéguine - Tatiana et Olga sont des rôles intéressants – parce que j’aime les ballets narratifs et dramatiques dans lesquels l’histoire est valorisée. Dans Onéguine, il y a un cheminement, une magnifique quête. Mais la création de Crystal Pite en septembre dernier, The Seasons’ Canon, a été aussi une belle découverte. C’est une pièce bouleversante. J’aime l’énergie de cette chorégraphe.



Propos recueillis par Aliénor de Foucaud

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