Regards

Marie-Agnès Gillot fait ses adieux à la scène

Retour en images sur la carrière d’une Étoile — Par Aliénor de Foucaud

Danseuse Étoile de l’Opéra de Paris depuis sa nomination en 2004 sur le ballet Signes de Carolyn Carlson, Marie-Agnès Gillot est une artiste aux multiples facettes. Une pédagogue qui a choisi très jeune la voie de l’enseignement en parallèle à sa carrière de danseuse au Ballet de l’Opéra. Une égérie, une inspiratrice mais aussi une femme engagée qui défend de nombreuses causes. Une personnalité de la culture enfin, qui esquisse déjà de beaux projets après la scène du Palais Garnier et de l’Opéra Bastille. Alors qu’elle s’apprête à faire ses adieux dans le rôle d’Eurydice du ballet de Pina Bausch, elle est revenue pour Octave sur des instants de vie emblématiques et s’est racontée en quelques phrases.


Pina Bausch – Eurydice
Pina Bausch – Eurydice 3 images

J’ai croisé Pina Bausch beaucoup de fois à la cafétéria de Garnier avant de la rencontrer en studio. Puis, elle m’a fait auditionner pour le rôle d’Eurydice….

La particularité du travail de Pina lorsqu’on entre dans l’une de ses œuvres réside dans la singularité du mouvement. Au premier abord, il est agréable à faire. Puis il devient beaucoup plus difficile à exécuter parfaitement. Le moindre détail fait la différence. On pense maîtriser le mouvement alors qu’on est encore loin de l’habiter. Sa fluidité nous fait croire qu’on peut y arriver. Or la danse de Pina, c’est un tout et c’est ça qui est dur. J’ai été la première à être choisie à Paris pour interpréter ce rôle.


Signes - Carlson : En 2004, Marie-Agnès Gillot est nommée Étoile sur le ballet Signes de Carolyn Carlson. Elle est la première danseuse de la compagnie à être nommée sur un ballet contemporain

© Michel Lidvac / OnP

J’ai créé ce ballet avec Carolyn Carlson dès 1997. Il est évidemment très emblématique dans ma carrière tout comme cette chorégraphe, artiste et femme. Je continue de travailler avec elle sur le solo My Dialogue with Rothko, j’ai un grand plaisir à retrouver ces passerelles, très présentes dans son œuvre, avec les arts plastiques (le ballet Signes avait été conçu dans les décors d’Olivier Debré). Elle me transmet le dernier solo qu’elle a créé pour elle, c’est très symbolique.

Je dirais qu’il y a une lignée de sang entre ces femmes et moi. Pina et Carolyn. Leur transmission, leur présence, leur bienveillance aussi m’ont beaucoup portée tout au long de ma carrière.


« Je réalise que mes pères sont devenus des maîtres puis des fantômes. »

Balanchine – Robbins – Petit - Forsythe- Ek – Mc Gregor…

Balanchine – Robbins – Petit - Forsythe- Ek – Mc Gregor…
Balanchine – Robbins – Petit - Forsythe- Ek – Mc Gregor… 9 images

Forsythe, Ek, McGregor… ces chorégraphes sont les hommes de ma vie. Je dois aussi citer Roland Petit, Robbins, Balanchine et tant d’autres. J’ai eu la chance de tous les avoir connus vivants (excepté Balanchine bien sûr) et de travailler avec eux. Aujourd’hui, ce sont des grands classiques, des noms devenus légendes, pour moi ce sont avant tout des hommes inspirants, des rencontres, des échanges. Finalement, je réalise que certains de mes pères sont devenus des maîtres puis des fantômes. Le temps passe si vite !


La transmission, la pédagogie
La transmission, la pédagogie 3 images

J’ai passé mon DE de professeur de danse dès l’âge de 18 ans. Pour moi, l’enseignement n’est pas quelque chose d’acquis parce que je suis Danseuse Etoile (un Danseur Etoile reçoit le diplôme sans passer l’examen). C’est quelque chose que j’ai souhaité très jeune : transmettre, enseigner. J’ai eu la chance d’être aux côtés de grands maîtres, je suis heureuse aujourd’hui à mon tour de pouvoir transmettre et aider des plus jeunes. Enseigner n’est pas un passe-droit que j’ai, j’ai toujours aimé cela, donner les secrets que j’avais compris, le bon chemin. Je souhaiterais continuer à guider et à accompagner les gens. Les orienter vers la bonne route à prendre. J’ai ainsi créé une Ecole, Orsolina 28, avec un mécène en Italie, près de Turin, j’espère pouvoir ouvrir une annexe à Paris.


Artiste aux multiples facettes : ses collaborations, ses campagnes publicitaires

Avec l'acteur Roschdy Zem  dans le clip, La Boxeuse amoureuse, d'Arthur H
Avec l'acteur Roschdy Zem dans le clip, La Boxeuse amoureuse, d'Arthur H © DR
La dernière campagne de publicité que j’ai réalisée pour Estée Lauder a été une belle collaboration. L’idée était simple : « une journée avec Marie-Agnès ». Peu de choses ont été mises en scène, je souhaitais que le tournage ait lieu dans mes lieux à moi. Ils me ressemblent. J’ai également dessiné et signé ma première collection de vêtements l’année dernière pour Petit Bateau avec mon fils. C’était un beau projet. Récemment, j’ai fait la rencontre du chanteur Arthur H. Il m’a tout de suite plu. Il m’a appelé une semaine avant le début du tournage de son clip de La Boxeuse amoureuse. J’ai écouté sa composition, j’ai dit oui. Finalement, dans ma vie, ce qui me fait avancer ce sont les génies et la musique.


Une femme engagée

Une femme engagée
Une femme engagée 3 images

Je me suis très tôt engagée pour les enfants, puis pour le Sida, le Cancer, les femmes… J’ai la chance d’être approchée en tant que personnalité publique pour défendre des causes qui me tiennent à cœur. Je le fais aussi pour des proches touchés par ces maladies. La première cause pour laquelle je me suis engagée compte toujours beaucoup pour moi, il s’agit de « La chaîne de l’espoir ». Des gestes simples finalement, des chirurgiens qui opèrent des enfants…


« Dans la vie, ce qui me fait avancer ce sont les génies et la musique. »

Une personnalité du monde de la culture

Marie-Agnès Gillot est nommée Chevalier de la Légion d'honneur par Audrey Azoulay,  mars 2017
Marie-Agnès Gillot est nommée Chevalier de la Légion d'honneur par Audrey Azoulay, mars 2017 © DR

Nous avons une offre culturelle très importante en France et particulièrement à Paris. Mais je ne la trouve toujours pas assez « tressée » entre genres et ethnies. Paris est une ville de melting-pot mais la culture n’est pas encore assez révélatrice de cette mixité. Lorsque nous avons, Dimitri Chamblas et moi, présenté une carte blanche au Saló (club éphémère dédié aux cultures alternatives), j’ai eu la chance de rencontrer et de travailler avec des danseurs peu connus, des monstres de talent pourtant. Il y a encore beaucoup de choses à faire pour être tous ensemble. Aujourd’hui on se divise. Je souhaiterais donner plus de cohésion et de sens à tout cela.

© Julien Benhamou

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