Coulisses

Les bijoux de La Veuve joyeuse

Un spectacle, un souvenir — Par Pascale Dufay

« Heure exquise, qui nous grise »... La Veuve joyeuse de Franz Lehár fait son retour cette saison sur la scène de l’Opéra Bastille. Cette œuvre du début du XXe siècle nous transporte dans l’ambiance fastueuse des bals 1920, et la mise en scène de Jorge Lavelli, créée à l’Opéra de Paris en 1997, donne à voir toute la luxuriance des costumes et accessoires. Pascale Dufay, responsable de l’atelier Décoration sur costumes de l’Opéra Bastille, nous dévoile les secrets de fabrication des magnifiques bijoux que porteront solistes et artistes des Chœurs de cette opérette mythique.    

L’atelier Décoration sur costumes est intégré au Service Costumes de l’Opéra. Les décorateurs réalisent tous les accessoires qui font partie d’une tenue : bijoux, masques, armures, diadèmes... Ils s’occupent de la teinture des tissus qui sont ensuite fabriqués dans les ateliers, mais aussi de la « patine » des costumes finis, permettant de donner une « vie » aux vêtements tout neufs pour qu’ils aient l’air chargés de l’histoire des personnages qu’ils habillent. Ils fabriquent également tout ce qui peut se superposer à un tissu, comme des éléments cousus, et impriment en sérigraphie toutes sortes de motifs sur tissus ou habits, par exemple des imprimés des siècles passés que l’on ne trouve plus dans le commerce.

Pascale Dufay :

« Je suis une vraie passionnée de bijoux : initialement décoratrice-scénographe, j’ai effectué une formation en bijouterie-joaillerie, il y a maintenant dix-neuf ans – alors que je travaillais déjà pour l’Opéra – et c’est toujours un plaisir pour moi de réaliser des parures qui vont sublimer les chanteurs sur scène. J’ai adoré travailler sur cette production de La Veuve joyeuse, pour laquelle nous avons dû fabriquer des dizaines de colliers, boucles d’oreilles et bracelets pour les solistes et artistes des Chœurs. Nous avions des sources d’inspiration bien précises : l’idée était de créer des bijoux très voyants dans le style hollywoodien des années 40-50, comme ceux de la maison Cartier. Nous avons eu cependant une certaine autonomie notamment dans la recherche des camaïeux de couleurs et des jeux de nuances. C’était passionnant de chercher la façon de concevoir ces bijoux, de faire en sorte qu’ils se placent bien sur les corps, puis de trouver les bonnes pierres, les formes et tailles les mieux adaptées et en harmonie avec les tenues. Ce fut un travail long, délicat et passionnant, notamment pour les colliers à plusieurs rangs dont le brasage de dizaines d’anneaux demande une grande minutie.

Il était essentiel que ces parures soient les plus visibles possible et reflètent l’opulence de l’aristocratie. Pour les matériaux, nous avons principalement utilisé du laiton et des strass Swarovski, qui sont en cristal : certes, ce ne sont pas des pierres précieuses, mais leur qualité et leur éclat vus de la salle sont remarquables. L’un des cauchemars de tout décorateur, c’est évidemment qu’un collier se casse pendant un spectacle. Cela ne m’est arrivé qu’une seule fois lors de mon premier stage à l’Opéra Garnier, lorsque j’étais encore étudiante à l’école de la rue Blanche, durant une représentation du ballet Raymonda. Je ne sais pas s’il s’agissait d’un collier que j’avais fabriqué, mais un fil s’est rompu et toutes les perles sont tombées sur scène. J’ai vu cela depuis la salle, et je peux vous dire que dans ces moments, on a vraiment envie de rentrer dans un trou de souris ! Nous veillons toujours à ce que les bijoux soient bien solides et ajustés pour éviter aux artistes ce genre de problème… Mais nul n’est infaillible !

L’intérêt de nos métiers, ce sont les nouveaux projets et défis qui arrivent à chaque spectacle : je me souviens de cette main à six doigts tout en cuir que j’ai dû fabriquer pour Bob Wilson, et aussi d’une tête de girafe dont le cou devait être articulé et posé sur les épaules d’une danseuse, pour une mise en scène de La Flûte enchantée de Benno Besson. Cela me passionne de chercher la façon dont je peux créer des objets qui répondent aux demandes des costumiers décorateurs tout en étant esthétiques, légers et confortables.

Dans cet atelier, nous réalisons la fabrication des accessoires-costumes du début jusqu’à la fin. Notre travail change également selon les tendances du moment : parfois, les costumes sont achetés en friperie, auquel cas nous avons un gros travail de teinture et de patines, et, selon l’œuvre et la vision du metteur en scène, l’austérité et le gris règnent sur scène... et puis le vent de la mode tourne et la couleur, l’éclat reviennent. Les spectateurs aiment être émerveillés : que l’opéra soit le reflet de la société, mais offre également du rêve et de l’enchantement. C’est le cas de cette production et je suis heureuse que nos bijoux y contribuent ! »
Bijoux réalisés par l’atelier Décoration sur costumes pour la production de La Veuve joyeuse, mise en scène par Jorge Lavelli
Bijoux réalisés par l’atelier Décoration sur costumes pour la production de La Veuve joyeuse, mise en scène par Jorge Lavelli 8 images

Propos recueillis par Juliette Puaux

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