article suivant

Théma - Don Carlos

Rencontres

Don Carlos en version originale

Entretien avec Philippe Jordan — Par Marion Mirande et Simon Hatab

Assurément le spectacle-phare de la rentrée, Don Carlos réunit un plateau vocal de rêve dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski. Notre directeur musical Philippe Jordan évoque l’ouvrage et nous révèle quelques secrets de préparation.


Pouvez-vous présenter la version de Don Carlos qui sera donnée à l’Opéra ?

Philippe Jordan : Il s’agit de l’œuvre originale en cinq actes sur un livret en français telle que Verdi la livra en 1866 à l’Opéra de Paris. Au lendemain de la création, le 21 mars 1867, plusieurs versions existaient déjà, le compositeur ayant raccourci son opéra pour, notamment, permettre au public vivant à l’extérieur de Paris de rentrer chez lui à des horaires décents. Or il y a quelques années, les passages coupés ont été retrouvés et réintégrés à la partition, nous permettant de jouer la version initialement pensée par Verdi.


Comment Verdi s’est-il inspiré du grand opéra à la française ?

Ph.J. : Tout compositeur qui, à cette époque, venait créer un opéra à Paris, se devait de rendre hommage au grand opéra tel que Meyerbeer l’avait défini. Un style auquel se sont pliés Wagner avec Tannhäuser, Rossini avec Guillaume Tell et Verdi, dès 1855, avec Les Vêpres siciliennes. Traditionnellement en cinq actes, comparable aux blockbusters d’aujourd’hui de type Gladiator, le grand opéra combine un sujet historique propice à de grandes voix, des jeux de lumières, des chorals, au moins une grande scène de masse (l’autodafé dans Don Carlos) mêlée à des tableaux relevant de la sphère intime, et de la danse. Depuis Louis XIV, le traitement du ballet constituait un trait essentiel et des plus fascinants du théâtre lyrique. Chaque œuvre dans le style du grand opéra possédait sa partie chorégraphiée qui, selon l’étiquette, intervenait au milieu de la partition. Aussi important qu’il l’eut été, nous écartons de notre production ce ballet qui, d’un point de vue dramaturgique, n’aurait aucun sens.

    

Comment ce Don Carlos résonne-t-il dans la vie du compositeur ?

Ph.J. : Verdi était lui-même un homme investi d’une mission nationale, qui a longtemps œuvré pour l’unification de l’Italie. Parce qu’en résonance avec sa vie sociale et patriotique, Don Carlos est une œuvre essentielle pour le compositeur. Les questions soulevées par le révolutionnaire marquis de Posa qui ambitionne de renverser l’opinion publique, bridée par l’Église, écrivent une nouvelle page du drame verdien. En incorporant une intrigue politique au cœur de l’œuvre, il rompt avec la trilogie Rigoletto - Le Trouvère - La Traviata où la narration convergeait exclusivement vers une romance amoureuse.    

Écoutez la playlist Don Carlos

Votre lecture: Don Carlos en version originale

Autres articles de la théma