Rencontres

Briser la règle

Entretien avec le metteur en scène de Parsifal — Par Marion Mirande et Simon Hatab

Ouvrage sacré, teinté d’ésotérisme, Parsifal confronte tout metteur en scène à des questions qui l’obligent à prendre parti : quelle est cette mystérieuse communauté du Graal ? Quel but poursuit le sorcier Klingsor ? De quoi Kundry est-il le nom ? Nous avons rencontré Richard Jones qui, à l’occasion de cette nouvelle production, nous parle de sa vision de l’opéra de Wagner.    

À travers les chevaliers du Graal, Parsifal questionne l’idée de communauté. Comment imaginez-vous cette communauté ?

Richard Jones : C’est une communauté masculine, composée d’apôtres de la non-violence, respectant - comme Wagner - la vie animale jusque dans ses habitudes alimentaires (végétarisme), croyant en l’unité de tous les êtres vivants. Mais ils sont aussi capables de briser leurs propres règles et de faire preuve de violence. Je pense qu’ils croient également en une possible réincarnation, car Gurnemanz émet cette hypothèse à propos de Kundry : elle expierait ses péchés. Bien sûr, les symboles chrétiens ne sont pas absents. Il y a un Erlöser, un rédempteur. L’idée de sacrifice est centrale. Je n’ai pas cherché à esquiver ces motifs. Il y a aussi un livre, celui de Titurel, primordial pour la confrérie. Je pense que ce livre contient ses dogmes et ses règles – la question des dogmes dans la pensée wagnérienne étant particulièrement sensible.    
Parsifal en répétition
Parsifal en répétition © Eléna Bauer / OnP

L’opéra est construit sur l’opposition forte de deux univers : celui des chevaliers du Graal et celui du magicien Klingsor…

R. J. : Il y a deux niveaux d’illusion : un monde pornographique délirant et un monde dogmatique qui l’est tout autant. Les deux sont amenés à prendre fin, à trouver leur résolution dans la bonté, l’élévation, la compassion. Je pense que ces illusions sont là pour combler un vide, pour compenser la peur de la sexualité et de l’intimité. Il y a également une évolution tout au long de l’œuvre dans le rapport qu’ont au dogme les membres de cette communauté : à l’acte I, ils sont attachés à leur foi. À l’acte III, leur foi diminue. Désormais, elle ne subsiste plus qu’à travers des rituels qu’ils accomplissent comme des gestes vides de sens. Il existe cet écrit de Wagner à propos de la religion où il dit que ses symboles doivent être sauvegardés, mais pas le dogme ni son institution.

   

Votre lecture de Parsifal questionne également la place de l’imaginaire scientifique dans nos mythologies contemporaines…

R. J. :: Nous avons imaginé que Klingsor était un généticien. La génétique est envisagée comme une forme de magie. Klingsor crée des femmes hypersexualisées. Il a également recours à l’hypnose : il a hypnotisé Kundry en lui faisant croire qu’elle avait plusieurs personnalités, qu’elle était, en autres, Gundriga, Herodias, Kundry… Il hypnotise également les chevaliers qui traversent la montagne. Ils ne reviennent jamais, comme dans ce mythe des Lotophages.    

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