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Regards

À Pierre Boulez

Hommage de l'Opéra national de Paris — Par Octave

C’est avec une profonde tristesse que l’Opéra national de Paris, son directeur Stéphane Lissner et ses collaborateurs, ont appris la disparition de Pierre Boulez ce mardi 5 janvier 2016.

En décembre dernier, une soirée d’hommage organisée pour marquer l’année de ses quatre-vingt-dix ans avait été l’occasion de retraverser l’histoire qui liait le compositeur et chef d’orchestre avec l’Opéra de Paris. L’hommage qui lui était rendu s’adressait à l’homme de théâtre et à l’inspirateur des chorégraphes, au chef d’orchestre et au compositeur, mais aussi à l’organisateur de concerts, au concepteur de programmes, au fondateur d’institutions et avant tout cela à l’homme, à l’ami.

En 1963, Pierre Boulez dirigeait pour la première fois une production lyrique. C’était au Palais Garnier, où Georges Auric lui avait demandé de collaborer à la production de Wozzeck mise en scène par Jean-Louis Barrault. Quinze ans plus tard, dans cette même fosse, le chef d’orchestre s’attelait à la première mondiale de la version intégrale de Lulu. La mise en scène était signée Patrice Chéreau – un jeune metteur en scène qu’il avait rencontré quelques années auparavant dans l’objectif de monter le Ring du centenaire à Bayreuth.

Si imposants soient les deux opéras que Boulez fit entrer au répertoire de l’Opéra de Paris (Lulu dans sa version intégrale), sa présence ne s’y est pas limitée aux deux chefs-d’œuvre de Berg, ni au répertoire lyrique. Il y eut ensuite les concerts qu’il dirigea – consacrées à Mahler, Schoenberg, Messiaen, Debussy, Bartók… – et, par-delà son implication personnelle, les œuvres chorégraphiques conçues sur sa musique – Le Marteau sans maître, Dialogue de l’ombre double notammentIl y eut aussi un rapport auquel travailla Pierre Boulez avec Jean Vilar et Maurice Béjart à la fin des années 1960, pour la rénovation de l’Opéra, et qui allait jusqu’à dessiner très précisément une saison complète de l’Opéra de Paris. Celui qui déclarait vouloir « faire sauter les opéras » en 1966 était trop homme de théâtre pour accepter la moindre compromission avec le passéisme qu’il observait dans la plupart des institutions lyriques. Vint ensuite le projet de création de l’Opéra Bastille, pour lequel il se mobilisa encore.

Comme d’autres institutions, l’Opéra a été au cœur de déclarations dont la virulence trahissait avant tout l’attachement, l’engagement et l’affection profonde d’un homme dont la pensée musicale ne s’est jamais départie d’une réflexion sur son inscription dans la Cité. L’Opéra est également ce lieu de création où les musiciens, les chanteurs, les metteurs en scène, les régisseurs retrouvaient avec un plaisir partagé cet homme profondément affable, dont la rigueur et l’intransigeance étaient la marque du plus profond désir de création. La reconnaissance pour le chemin parcouru ensemble est immense.

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