Les pièces interprétées au long de ce concert émanent d’une Espagne aux mille senteurs, où s’illustrent des compositeurs très divers. Certains font entendre les couleurs du folklore et de la danse, les stylisant de façon plus ou moins marquée, et ancrent leur inspiration dans un passé hispanique rêvé. D’autres ne sont pas espagnols mais composent des vignettes « à l’espagnole », tentant de rivaliser avec les modèles originaux. En solo, en duo, en trio, les musiciens réunis ici parcourent donc des paysages lyriques variés, allant d’un madrigal espagnol de la Renaissance à des extraits de zarzuelas des xixe et xxe siècles. Rythmées par trois des Danses espagnoles op. 12 pour piano du compositeur allemand d’origine polonaise Moritz Moszkowski, les séquences vocales permettent d’explorer des univers esthétiques formant toute une palette sonore. La danse apparaît également en filigrane : jota, zapateado, habanera, pasa-calle…, les voix s’ancrent ici dans le mouvement des corps, pour le plus grand plaisir de l’auditeur.
Seules quelques-unes des pièces au programme de ce concert relèvent du répertoire chambriste : les Canciones castellanas de Jesús Guridi et les Tonadillas d’Enrique Granados. Car c’est ici la zarzuela qui brille de tous ses feux. Ce genre lyrique, né en Espagne à l’époque baroque, a connu un destin flamboyant à travers plus de trois siècles de compositions, dont beaucoup sont aujourd’hui devenues emblématiques. Ainsi de Luisa Fernanda (1932) de Federico Moreno Torroba, La Tempranica (1900) de Gerónimo Giménez ou La Revoltosa (1897) de Ruperto Chapí, dont plusieurs arias et duos font encore les grands soirs des récitals les plus prestigieux. Un compositeur moins connu tel que Manuel Penella a écrit, pour sa zarzuela Don Gil de Alcalá (1932), un duo qui deviendra lui aussi un véritable « tube » du monde lyrique, « Todas las mañanitas », chanson sentimentale d’une belle efficacité émotionnelle. Y répondent les deux extraits de la zarzuela de Manuel Fernández Caballero, Los Sobrinos del capitán Grant (1877), inspirée des Enfants du capitaine Grant de Jules Verne, avec une belle envolée rythmique finale.