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Expositions

Saint-Saëns en son temps

Après le décès de ses deux enfants en 1878, la séparation d’avec son épouse en 1881, la disparition de sa mère en 1888, Saint-Saëns rompt ses attaches matérielles, effectue une série de donations à la Ville de Dieppe, et reste sans domicile fixe durant de longues années.
L’ évolution de la tuberculose, dont il est atteint depuis l’enfance, lui impose de passer les hivers sous des climats chauds, aussi se déplace-t-il sans cesse afin de trouver des lieux à sa convenance, et ce n’est qu’à un âge avancé qu’il reprendra un appartement en location à Paris. Il organise son existence en conciliant les contraintes de la carrière de l’interprète avec les plages d’isolement nécessaires à la composition, tout en prenant pleinement part à la vie artistique de son temps. Il intervient beaucoup dans la presse pour défendre ses idées, sur des sujets débordant bien souvent du cadre strictement musical et artistique. C’est en effet un esprit encyclopédique attiré par tous les domaines de la connaissance : la musique sous toutes ses formes, la poésie, la philosophie, mais aussi la botanique, l’acoustique, la vulcanologie, l’astronomie, les inventions comme l’enregistrement sonore où il s’illustre dès 1904, et ce nouvel art qu’est le cinéma pour lequel il compose en 1908, la première musique de film.
Sa renommée ne fait que croître et, dans les premières années du xxe siècle, en étant le compositeur vivant le plus joué dans les concerts en France, il porte aussi la musique et la culture française au-delà des frontières.

Un réseau international

La carrière de Saint-Saëns prend une dimension internationale dès la fin des années 1860. Soutenu par Liszt, apprécié de Wagner, connu en Europe puis sur tous les continents, c’est un voyageur insatiable, un polyglotte à la conversation éblouissante et à l’humour irrésistible, un virtuose dont chaque apparition déplace les foules, et un compositeur dont les œuvres sont très populaires. Personnalité charismatique, Saint-Saëns se trouve au cœur d’un réseau artistique international et ses moindres faits et gestes sont rapportés et commentés dans la presse. De la Russie à l’Argentine, de la Suède à la Californie, les tournées de concerts, les manifestations officielles, les festivals pour jouer ou diriger ses œuvres, se succèdent sans interruption tout au long de sa très longue carrière. Ses centres d’intérêt étant multiples, Saint-Saëns entretient des échanges avec les plus grands musiciens de son époque, mais aussi avec des peintres, des écrivains et des poètes, des archéologues, des hommes politiques ou des scientifiques : la galerie de portraits est infinie et la correspondance est immense.

Voyages en musique

Saint-Saëns a une réputation de nomade, et ce goût des voyages, effectués par nécessité de santé, pour raisons professionnelles, ou par plaisir, se traduit dans ses œuvres sous des formes parfois inattendues. À l’étranger, le compositeur se nourrit de sensations nouvelles, de sonorités qu’il réutilise en les dissimulant subtilement dans le tissu mélodique et harmonique de ses compositions, en ne livrant que de rares indices. Si l’on distingue bien des timbres proches de ceux d’instruments traditionnels orientaux dans le Concerto pour piano n° 5, dit « l’Égyptien », écrit à Louxor et au Caire, il est plus difficile, en revanche, d’identifier des motifs de l’hymne national tunisien ou le cri du marchand d’oranges au Caire dans la Fantaisie pour piano et orchestre Africa. C’est à Las Palmas que Saint-Saëns compose la Valse canariote, mais la Suite algérienne est écrite à Boulogne-sur-Mer et l’opéra-comique La Princesse jaune est réalisé à Paris, sans que l’auteur ne connaisse le Japon, pays admiré, rêvé mais jamais visité.
Les partitions évoquent ces chassés-croisés entre inspiration et réalisation et illustrent ces voyages, réels ou imaginaires.

D’Orient en Occident

Sensible aux sonorités inusitées et, étant selon Claude Debussy « l’homme qui sait le mieux la musique du monde entier », Saint-Saëns est l’un des premiers à être allé chercher de nouveaux ferments d’inspiration dans d’autres sphères culturelles. Qualifié d’« orientaliste » par ses contemporains, il avait très tôt perçu l’apport fécond que pouvait constituer l’étude de la modalité, des timbres et des rythmes orientaux pour la régénération de son art. Trop connu, il voyage souvent sous le nom d’emprunt de Charles Sannois afin de ne pas être importuné, ce qui lui permet en outre d’aller entendre les chanteurs et les musiciens locaux dans les rues de Cadix, d’Alger, du Caire ou d’Ismaïlia.
Si l’Algérie, l’Égypte, et les Canaries sont les destinations privilégiées de ses « hivernages », les voyages du compositeur le mènent à travers tous les continents. Des pays traversés, il rapporte des centaines de souvenirs et de cadeaux de toute nature, dont il enrichit les collections du musée de Dieppe, et qui demeurent les témoins de la diversité de ses centres d’intérêt et de sa curiosité pour le monde qui l’entoure.  

Saint-Saëns en héritage

Saint-Saëns a fortement marqué la vie musicale et culturelle de son temps. « Maître », puis « doyen » de la musique française, son œuvre a été jugée, critiquée, honnie ou admirée, mais n’a jamais laissé indifférent. Nerveux, fantasque, parfois excessif, il aura suscité autant d’admiration que d’hostilité en devenant un monument incontournable, omniprésent, du paysage musical.
Il a aussi joué un rôle stimulant de « passeur » en favorisant les transferts culturels entre les générations de musiciens et en s’exprimant avec franchise et lucidité sur son art. Au début du xxe siècle, Saint-Saëns est l’un des derniers témoins à avoir vu Liszt jouer et Berlioz diriger. Il est également l’un des premiers à faire œuvre de musicologue, en étudiant dans le détail les manuscrits de ses prédécesseurs.
De la somme des écrits qu’il a laissés, on n’a souvent retenu que les propos polémiques : la guerre faite aux « anarchistes de la musique » ou aux wagnériens lorsque ceux-ci deviennent par trop intransigeants. Mais ces querelles ont malheureusement relégué au second plan ses propositions d’enrichissement du langage musical, et ont aussi relativisé ses visions de la notion de progrès, et des rapports entre science, art et religion. 


Saint-Saëns - Partie 2
Saint-Saëns - Partie 2 8 images
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