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III. Représenter la danse

Au-delà de l’univers du ballet, Picasso a représenté un grand nombre de scènes de danses. Dès la fin des années 1890, des danseuses de cabaret apparaissent dans ses œuvres. L’artiste fréquente alors beaucoup music-halls et cafés-concerts : les danseuses de french cancan mais aussi les bals populaires qu’il dépeint, sont autant de témoins de sa vie de bohème, en prise avec le monde de la nuit et de la fête. Ces premières thématiques laissent ensuite la place à d’autres sujets, prétextes à l’introduction de nouvelles danses : danses orientales, danses mythologiques, danses traditionnelles espagnoles comme le flamenco, la jota ou encore la sardane, liée à la
« ronde de la paix »…
Réalisé entre 1904 et 1972, l’œuvre gravé de Picasso accompagne l’évolution de son rapport au mouvement dansé et permet de proposer un aperçu de la présence continue de la danse dans sa production, à travers quatre thématiques majeures.

Au cirque – Forains et saltimbanques

Picasso a toujours été fasciné par le monde circassien. À Paris, dès 1904, il est un habitué du cirque Medrano. Cette fréquentation assidue se ressent dans sa création : en 1905, les saltimbanques deviennent omniprésents dans ses œuvres. Suivant les traces de Toulouse-Lautrec, Picasso dessine ses premières « danseuses à cheval » ou « écuyères à panneau », du nom de la selle plate sur laquelle ces baladines se produisent. Au fil des années, il convoquera souvent cette figure, que l’on retrouve notamment sur le rideau de Parade.


Les danses mythologiques

Les danses mythologiques
Les danses mythologiques 4 images

La mythologie gréco-latine a profondément nourri l’œuvre de Picasso. Si le minotaure, alter ego de l’artiste, domine les années 1930, ce sont les bacchantes et l’ensemble du cortège dionysiaque qui s’imposent à partir des années 1940. Les bacchantes sont ces femmes enivrées qui pratiquent une danse rituelle en l’honneur de Dionysos-Bacchus, dieu du vin et du théâtre. Picasso s’inspire des bacchanales du classicisme français pour représenter ce nouveau type féminin. En août 1944, dans l’euphorie de la Libération de Paris, il reproduit Le Triomphe de Pan de Nicolas Poussin (1594-1665), qu’il réinterprète d’une manière cubiste : célébrant la joie de vivre retrouvée, cette peinture initie un nouveau départ dans son œuvre. À la faveur du retour à la paix et de séjours réguliers à Antibes, satyres, centaures, faunes et bacchantes s’affirment alors dans des compositions mêlant musique, danse et fête, dans lesquelles on voit parfois poindre l’influence du néo-classicisme de Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867).


Danser la corrida

Dans la culture populaire espagnole, les affinités entre danse et tauromachie sont nombreuses : les paroles et les figures du flamenco font souvent référence à la corrida ; le paso doble évoque le tercio de muleta, combat final du matador contre le taureau. Réciproquement, un certain nombre de musiques de danse sont jouées tout au long de la corrida. Lorsque le matador choisit de poser lui-même les banderilles, il le fait au son d’une valse ou d’une jota issue du folklore espagnol, dansant et virevoltant devant le taureau pour provoquer sa charge. Puis, alors que l’orchestre interprète un paso doble, le matador exécute, avec une cape rouge, une série de passes parfois comparées à des mouvements de flamenco, avant l’estocade finale. Picasso a pleinement intégré le potentiel dansant de la corrida. Si les danseurs des Ballets russes incarnaient matador et picador dans Le Tricorne, ce sont ici les toréros qui se font danseurs. Les banderilleros sont suspendus dans des postures qui semblent chorégraphiées, tandis que chevaux et taureaux se figent au milieu de pas de deux brutaux.


Le pouvoir érotique de la danse

Au cours des années 1960, la présence de l’érotisme dans les œuvres de Picasso s’intensifie considérablement. L’artiste revisite les sujets qui lui sont chers pour en proposer une nouvelle interprétation, fortement sexualisée. En particulier, il explicite beaucoup plus que par le passé le caractère sensuel voire luxurieux de la danse : bacchantes, circassiennes et danseuses orientales apparaissent nues, leurs attributs sexuels exacerbés. Plus encore, ses représentations mettent en scène avec insistance le pouvoir érotique de la danse. Les danseuses adoptent des poses lascives, attirant de façon magnétique le regard de spectateurs concupiscents, auxquels Picasso paraît une nouvelle fois s’identifier. Ces jeux de séduction fascinent diverses figures incarnant l’autorité ou le pouvoir, captives de ces visions érotiques, tel Hérode face à Salomé. Le public lui-même est renvoyé à sa posture de voyeur, à l’image de ce cavalier, échappé de l’univers de Rembrandt (1606-1669), qui surprend une bacchanale nocturne dans une composition de 1971.

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