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Naissance d’un Opéra

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L’indispensable

Tout ici est musique

— Par Gaëlle Obiégly

À l’occasion des 30 ans de l’Opéra Bastille, l’écrivain(e) Gaëlle Obiégly a résidé deux jours dans l’enceinte du bâtiment, arpentant ses couloirs et ses coulisses, des ateliers à la billetterie, des bureaux au plateau. Elle a assisté au spectacle qui entraîne tous les jours plusieurs centaines d’hommes et de femmes vers un unique lieu : celui où le rideau se lève et la lumière de la scène irradie. Au rythme de sa pérégrination, l’auteur a imaginé une fiction. On y découvre l’éveil musical de la jeune Nour dont l’ascension suit le révolu du jour, de l’aurore à la brune. 

© Tadzio / OnP

Karima nettoie le bureau du président. Avec son chiffon, elle frappe les fauteuils en cuir pour en ôter la poussière. Il faut faire vite avant l’arrivée du maître des lieux. Dans l’évier, s’entrechoquent les tasses et les cuillères à laver rapidement pour qu’il pénètre dans un espace impeccable et vide. Tout sera propre et rangé, sauf le désordre de papier qui ne concerne que son auteur. La vaisselle, brassée dans l’évier, rincée à grande eau, produit des sons que Karima n’entend pas mais sa petite-fille, oui. Nour, qui l’accompagne à l’Opéra le mercredi matin. Elles s’y rendent en bus, le noctilien de 4h50, qui relie Aulnay-sous-Bois à Paris. Depuis son entrée en primaire, Nour vit avec sa grand-mère qui ne la laisse jamais seule pour préserver l’enfant des dérives de la solitude. Grâce à son ancienneté, la femme de ménage, dont l’âge de la retraite approche, pourra bientôt adapter ses horaires à ceux de l’école. Quand elle part à 4h40, la voisine de palier prend place sur le canapé replié qui est le lit de Karima. L’enfant a une chambre. Sortis du haut du placard, ses habits propres sont prêts à être enfilés. Il faudra lui chauffer un bol de lait, l’aider pour ses lacets, la conduire à l’école. C’est une aide indispensable. Mais le mercredi matin, elles sortent toutes les deux, Nour et Karima. Il fait nuit, elles vont à l’Opéra, celui de la Bastille. Pour l’enfant attentive, ces pièces que nettoie Karima sont des sortes de studio, hermétiques aux bruits extérieurs. L’Opéra Bastille tout entier est ainsi. On y entend, en dehors du spectacle, de fortuits arrangements sonores, très rythmés, sans mélodie, de percussions principalement. Au petit matin, ce sont des cuillères frappant le bord d’une tasse ; et portes de placard, froissements légers, frottements du papier absorbant, les gants en caoutchouc enfilés juste avant une plongée dans un seau dont le liquide euphorique ruisselle et goutte sur le lino des sanitaires. L’abattant de toilettes est reposé en un geste sec sur la cuvette. À partir de là, les bruits s’enchaînent sur un rythme effréné. Ce tempo, c’est d’une certaine manière le chef qui l’impose puisque Karima doit agir avant son entrée. La cadence du nettoyage est dictée par le compte à rebours. À partir de ce moment, qui vient toujours après l’étirement du caoutchouc, c’est-à-dire une fois qu’elle a ses gants de ménage, elle se met à racler le sol, à taper les plinthes avec la brosse et l’eau ruisselle ardemment. Les clés tintent selon son pas à présent nerveux. La porte, en se refermant, grince longtemps, manœuvrée par le groom. Après quoi, l’on n’entend plus rien que des voix.

© Friederike von Rauch / OnP

Nour s’exprime peu. Elle est attentive, cependant. Le commentaire de l’instituteur a pour but de rassurer Karima qui craint qu’elle soit rêveuse. Qu’elle soit maladroite. Peut-être même handicapée. À quoi consacrerait-elle alors son existence ? À de petites taches, certes utiles, mais sans éclat, sans valeur aux yeux de la plupart. Karima, par amour, exige de Nour qu’elle obtienne les meilleures notes et qu’elle excelle dans sa passion. Le chant. Nour y parvient, stimulée par l’affection et par la gratitude. Elle ne parle pas beaucoup, ni chez elle ni à l’école. Mais au conservatoire, sa voix retentit plus que toutes les autres quand elle chante. Indirectement, c’est grâce à Karima que Nour a découvert la musique, grâce à son poste de femme de ménage à l’Opéra Bastille. Pendant plusieurs années, jusqu’à ce qu’elle devienne collégienne, Nour a déambulé dans ce grand bâtiment. Elle lui trouve du caractère, précisément celui de Karima, une souplesse. Le sol de vinyl donne de l’élan aux pas et une sonorité souriante. À certains endroits, on se croit soulevé, on se sent presque dans les airs, et vide agréablement. Les courbes de quelques couloirs polissent l’absence qui, nuit et jour, écorche l’esprit de Nour. Dans ces lieux, le silence n’est pas pesant. Au contraire, il favorise l’écoute de tous les sons qui, pour elle en tout cas, produisent une musique familière et cependant étrange. L’enfant, il lui arrive de parcourir les couloirs à l’affût de mélodies quand elle se lasse des modestes percussions du chariot d’entretien. En premier lieu, avant même d’avoir une passion pour la musique, Nour s’est aperçue de son ouïe très développée. Elle a porté son attention sur la qualité sonore très particulière de Bastille. Elle a continué d’y aller avec Karima, même à un âge où elle aurait préféré s’attarder au lit. Et pendant que l’une presse son éponge au-dessus du seau, l’autre plisse les paupières pour déployer ce ruissellement. Et la rêverie sensuelle devient créatrice ; l’adolescente envisage de quelle manière transposer cette sorte de cascade qui chute dans un seau. Quel instrument la rendrait le mieux ? À sept ans, elle en connaissait déjà beaucoup. À cette époque, Karima lui tenait les mains de peur que l’enfant ne touche les instruments de musique. Elles regardaient leur forme briller dans la pénombre. Personne, hormis les interprètes, ne les prend ni même ouvre les étuis. Karima aura eu le privilège de les caresser avec son chiffon à poussière. Nour, face à un peloton de contrebasses bien protégées, se sentait menacée de mort. Se sentait, à 12 ans, carrément mise en joue. Cette terreur, Karima la désamorçait en frottant les étuis avec légèreté, avec détachement.

© Friederike von Rauch / OnP

L’art lyrique, pour Nour, s’agrège à jamais à une gamme de sons qui évoquent la vie triviale. Le silence dans ces lieux est tel que tous les gestes y bruissent, que chaque corps y résonne. Ils ne s’opposent pas, le silence, les bruits ; ils s’articulent. Du moins, c’est ce mélange bien ordonné qui séduit Nour et qui aura suscité sa vocation. Elle deviendra chanteuse. Elle s’était promis d’être un jour sur cette scène, peu importe avec qui. Promis qu’elle chanterait ici. À dix ans, elle marquait sa place avec des bouts de craie sur le sol noir du plateau. Sa marque était effacée quotidiennement autant par le nettoyage que par les pas des machinistes et des artistes. Elle la renouvelait, avec l’opiniâtreté qui découle d’une prémonition. Un rêve l’a avertie de sa destinée, mais peut-on prophétiser pour soi-même. Chez Nour, l’espoir est doublé d’une volonté supérieure. L’agent de sécurité et Karima parlent en arabe. De quoi est-il question ? Nour n’en a aucune idée, bien que ses années d’études l’aient rendue polyglotte. Mais elle n’a jamais eu à chanter en arabe, ce qui fait qu’elle n’entend rien à la langue familiale. Comme ils la regardent en causant, elle suppose qu’elle est le sujet de leur échange qui, pour Nour, consiste en un duo de voix où la femme s’exprime davantage que l’homme. Qui se contente d’acquiescer. D’employée modèle, zélée, pressée, rapide, Karima est devenue une retraitée bavarde, chuchoteuse qui accompagne sa petite-fille dans ses nombreux déplacements. Ou bien, elle l’attend dans l’appartement confortable, spacieux, qu’avec ses cachets généreux Nour peut louer au Palais-Royal. Avec sa retraite, Karima s’offre parfois le billet d’avion qui lui permet d’être aux côtés de la diva dont elle est la seule proche. Pour beaucoup de gens, une vie pareille c’est affligeant. Nour le pense aussi de temps à autre. Et Karima éprouve de la gêne à vivre avec Nour parce qu’elle se sent à sa charge. Alors que c’est l’inverse. Nour ne sait quasiment rien faire et elle n’a pas d’amis ni d’amour. Elle n’en a pas le loisir. L’amitié, autant que l’amour, nécessite qu’on s’y engage. En témoigne le temps que l’on offre à celui, à celle qu’on aime. Du moins, les gens, pour la plupart, voient les choses ainsi. Et Nour ne reçoit plus d’invitations que de la part d’institutions, de mécènes. Les autres l’ont exclue de leurs amusements. C’est une punition. Elle le sait. Une punition qui vient après quelques abandons. Plusieurs fois, elle n’a finalement pas pu venir à des dîners chez ses amis et n’a même pas prévenu. Parce qu’elle devait répéter, parce qu’elle était appelée au dernier moment pour reprendre un rôle au débotté mais aussi parfois pour rester auprès de Karima après une longue absence. Les sentiments qu’elle lui porte sont les seuls qui laissent une trace.

© Friederike von Rauch / OnP

Ils laissent une trace jusque dans la voix de Nour qui, à ses débuts, ne plaît pas au plus grand nombre mais à une communauté fervente. Avec les années, ses interprétations stupéfiantes ont eu raison des réticences. Il y a une vibration au cœur du chant qu’elle manifeste. Un reflet jaune qui luit jusqu’à l’or. La lumière des pleins soleils sur du cristal, les yeux y réagissent, d’instinct, par un mouvement des paupières. Une voix qui génère au fil de la partition un effet unique, un peu comme la chaleur fait miroiter des oasis en plein désert. C’est un mystère qui déplace nombre d’esthètes, de poètes sans production, et de personnes moins radicales. À cause d’un léger défaut dentaire, les mots s’en vont de Nour en sifflant. On a vainement tenté de la corriger. Un homme s’est attaché à cette bizarrerie de sa bouche, à ce jour qui s’y tient. Simon, qui de professeur est devenu l’assistant de Nour, lui a fait travailler différentes partitions sans chercher autre chose qu’à pousser l’intensité de son élève. Par le génie d’un homme sans talent, l’anomalie physique de Nour fait maintenant sa rareté. C’est lui aussi qui l’a débarrassée de son nom de famille, puisque de toute façon il n’y a pas vraiment de famille à laquelle se rattacher. Elle a pour nom d’artiste Nour, simplement. Une syllabe qui lui va parfaitement car elle est dense. Il lui manque une dent, à Nour, c’est la raison de son malaise en société. Mais la rareté de son chant, il paraît, provient justement de cette tare. Certaines syllabes semblent se faufiler tandis que d’autres agitent l’abîme insondable de la parole. C’est, du fait de cette dent en moins, un chant aux accents métaphysiques. En même temps que charnel. Et qui produit des images. Un homme avec lequel elle aurait pu être heureuse si elle avait accepté de vivre une vie confortable au bord du lac Léman avait eu l’intense sensation de marcher dans les ruines romaines en plein été rien qu’à entendre Nour dans La Passion. C’était trop court. L’homme a voulu la rencontrer. Ils se sont plu. Mais il aurait fallu qu’elle chante pour lui seul. Ou pour lui et leurs enfants. À plusieurs reprises, elle s’est trouvée dans ce genre de situations. Elle a dû renoncer aux rendez-vous ou bien on a fini par la quitter. Elle joue désormais sur les scènes les plus importantes. Elle voyage beaucoup. Elle fait de nombreux déplacements, plutôt. Elle a fait connaissance avec des gens par ci, par là. Elle interprètera prochainement, c’est écrit sur des affiches, et sur les programmes, une femme grave amoureuse à cause d’une potion magique. Une histoire ancienne dont il existe de nombreuses versions et un opéra, peut-être même plusieurs, mais Nour ne connaît que celui qu’elle répète à l’Opéra Bastille. Elle a rêvé plusieurs fois qu’elle n’arrivait pas à chanter à cause de son jupon. Le metteur en scène lui demandait de se coucher sur le côté mais son jupon structuré par des baleines l’en empêchait. Et cette raideur lui faisait perdre ses moyens vocaux. D’où vient cette peur ? La jupe lui apparaît comme une cage. Dans la cage, elle ne peut pas chanter. En mettant à plat les images du rêve, elle en comprend le contenu. Il la rassure puisque, avertie de ce qui la guette si elle s’offre au bonheur conjugal, elle aime davantage sa solitude. Et celle qui la rend supportable - sa grand-mère.

© Friederike von Rauch / OnP

Nour entre dans l’atelier du flou pour les essayages de son costume. C’est un homme joyeux aux lunettes rondes qui l’a conduite là. En attendant de passer l’ébauche d’un habit, elle prend place sur un tabouret à vis qui lui rappelle le photomaton. Ses jambes courtes touchent à peine le sol. Elle observe les couturières qui piquent à la machine. Une étoffe bleue attire son attention. C’est un corsage ajusté non pas sur un mannequin de bois mais sur une femme aux gestes chirurgicaux. La femme est penchée au-dessus d’un jupon blanc qu’elle incise avec un scalpel. Croisant le regard curieux de Nour, la femme dit : « Je reprends mon jupon. » À qui est-il, en réalité ? À celle qui le fait ; à celle qui le porte ? Ce sera le costume de Nour. Il agit dans ses rêves des dernières nuits. La couturière l’avait mal conçu. Il était trop mou. Elle l’a charpenté. Il était alors trop rigide. Elle a eu l’idée d’ajouter à la matière du jupon du crin de chapeau. Elle agence les bandes de crin en les fixant avec des épingles à tête. Une fois qu’il est cousu, Nour peut l’essayer. Elle dit : « C’est mieux, dans ce vaste jupon à la fois raide et souple, je me sens capable de tout. » Et quand elle devra s’étendre, le jupon volumineux ne la dissimulera pas car, malgré son volume, il s’alanguit comme elle. Nour a essayé le costume tout entier, bougé avec, joué le dépérissement de son personnage et son ardeur. C’est bon, les vêtements l’épousent. Pour le haut, on lui a confectionné un cache-cœur identique à celui des nouvelles robes de choristes dont la coupe est appréciée car elle s’adapte à toutes les morphologies. Et le cache-cœur est idéal pour Nour car, en changeant de tenue au deuxième acte, elle ne se décoiffera pas. Ses cheveux noirs sont aplatis sous un filet pour disparaître sous une perruque. De longues mèches blondes effleurent ses bras nus. Dans l’atelier, tandis qu’on parfait cette coiffure excessive, une jeune fille coud une bordure florale sur un très long voile attaché à un mannequin de bois. Nour sera cette mariée spectaculaire, mais une épouse jamais. À l’occasion des répétitions, elle retrouve, vingt-cinq ans après, une amie du conservatoire d’Aulnay-sous-Bois devenue choriste. Cette amie passe dorénavant beaucoup de temps ici, plus que Nour qui pourtant s’y sent chez elle. Son amie occupe une des loges du chœur. Ce sont de petites pièces, comme des piaules avec quelques effets personnels, des dessins d’enfant. Il y a une photo de Nour fixée sur le miroir de son amie ; elles étaient alors adolescentes et condisciples. Ces loges de chœur sont bien connues de la soliste qui aimait s’y poser quand Karima passait la serpillière dans le couloir. Nour examinait ces minuscules logis sans rien toucher. À présent, elle s’autorise à feuilleter un livre posé sur le petit bureau. Les représentations approchent. Les deux femmes déambulent le long des baies vitrées sans parler plus qu’autrefois. Nour, c’est le bruit du bâtiment qui retient toute son attention et le tableau silencieux du dehors qui s’étend par-delà les baies vitrées. Restée seule dans la cafétéria, elle s’intéresse à la dialectique des travailleurs manuels. Leurs réalisations seront bientôt son écrin. Elle ouvre une pochette à sangle, en sort la partition et mentalement sculpte le chant. Elle le contient, s’imprègne des portées qu’elle entend comme elle les parcourt. Quand elle sera sur scène, elle n’aura qu’à manifester cette matière sonore qui l’emplit. Son naturel, cette grâce qui déplace les foules, cela vient de sa possession. Elle se rend absolument disponible à tout ce qui touche à l’œuvre. Elle est habitée. Elle est silencieuse. Elle garde tout pour la représentation. Elle irradie, explosante et fixe. Soumise à son art. Vouée au public. Tous les billets ont été vendus. Elle sait, depuis le succès de la Première, qu’elle est portée aux nues. Hormis Simon, on ignore que son art tient à sa difformité buccale. Ce qui l’humilie dans la vie mondaine fait son apothéose sur scène. Son parler a pu susciter la moquerie mais elle excelle à faire entendre le divin. La glose et les hommages méconnaissent le secret de Nour. Une autopsie seule pourrait le dévoiler. Rien ne transparaît. Que l’éclat. Il n’est pas d’autre Opéra où elle se sente plus à son aise qu’à Bastille. Il l’a vue grandir. Elle en connaît les recoins et la population caractérisée autant par la passion que par une discipline collective et personnelle. Chaque poste comporte une difficulté. Tous les efforts aboutissent à la beauté qui se manifeste à la fin du jour. Un naturel qui provient de l’artifice. Chacun, chacune s’y voue. Tout est reversé au spectacle ; le savoir-faire et l’être. À la billetterie, les employés ont pour titre « techniciens de vente ». Ce n’est pas ridicule, si on y réfléchit. La technique vise à garantir l’excellence à chaque degré du spectacle. Vendre des billets participe de l’extraordinaire qui vient. Il y a des contraintes, comme pour les interprètes. À sa caisse, on oublie ses émotions propres, ses besoins naturels. Dès que le rideau de la billetterie se lève, les techniciens de vente sont en scène. Si une représentation est annulée, ils sont au front. Cela arrive. Il y a les grèves, les incidents techniques, les drames.

© Tadzio / OnP

La catastrophe, ce soir où l’on se masse à l’entrée de l’Opéra Bastille pour le triomphe de Nour, c’est Karima qui en est la cause. Karima est morte. Les pompiers l’ont transportée aux urgences. La réanimation cardiaque a été sans effet. Le décès a été constaté à l’hôpital d’Aulnay-sous-Bois à 17h12 quelques heures avant l’entrée en scène de Nour. On lui en fait l’annonce par téléphone. Elle s’isole. Elle ne pleure pas. Elle arrache les longues mèches de sa perruque. Elle ôte violemment son costume comme un pansement. Débraillée, littéralement sans voix, elle trébuche sur les débris de son personnage. Simon ne parvient pas à la convaincre de monter sur scène. Une brigade de costumières, perruquiers, et l’infirmière prêts à intervenir sont postés à l’entrée de sa loge. Nour en sort dévastée, à moitié nue sous un long coupe-vent. Elle s’éloigne et disparaît au bout du couloir. Elle traverse, méconnaissable, spectrale, la foule de ses admirateurs déçus par l’annulation. Certains sont déjà en file devant la billetterie pour être remboursés, peut-être même remboursés de l’avion, de l’hôtel car ils sont venus de loin. D’autres, plus fervents, au passage de Nour l’applaudissent. Elle est dispensée de salut. Dépouillée de son trésor, elle se mêle au public, vulnérable mais importante et royale.

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