« Le Promontoire du songe »
Stéphane Lissner

« Pas de vivant qui n’ait son compartiment dans le casier de l’imaginaire », écrivait Victor Hugo. En d’autres termes, personne ne devrait être hors du rêve et de l’immensité du songe, exclu de la création. Et pourtant… Nous sommes mieux placés que quiconque pour savoir que l’Opéra reste encore hors d’atteinte pour beaucoup, qui estiment, à tort ou à raison, que nos théâtres leur sont fermés, qu’ils n’y ont pas leur place, pire, qu’ils n’y sont pas les bienvenus.

Je veux lutter inlassablement contre ce sentiment, compréhensible mais en réalité infondé ; les contraintes qui pèsent sur nos entreprises sont bien là, mais je veux ouvrir nos portes, rendre l’Opéra abordable, y compris économiquement, et formuler des propositions susceptibles d’intéresser le plus grand nombre, avec du grand répertoire, lyrique et chorégraphique, et des moments plus surprenants. C’est ainsi que nous pourrons avancer ensemble sur des chemins moins habituels, élargir et aiguiser dans le même temps notre regard sur le monde.

Cette ouverture présente un caractère d’urgence d’autant plus fort que règne partout une étroitesse de vue préoccupante. Il est de la responsabilité de l’Opéra de Paris d’œuvrer sans relâche pour que le public, quels que soient son âge, ses origines, son histoire, puisse participer de cette fête renouvelée chaque soir, à l’Opéra Bastille et au Palais Garnier, qui donne un plaisir intense et rend collectivement plus intelligent.

Nous pourrons avancer ensemble sur des chemins moins habituels, élargir et aiguiser dans le même temps notre regard sur le monde.

Une telle ambition ne se construit pas en quelques mois et exige de l’opiniâtreté, de la continuité, de la fidélité. C’est la raison pour laquelle cette saison 2017/ 2018 repose sur les principes qui ont fondé les deux précédentes : nouvelles rencontres avec les artistes les plus appréciés au monde, collaboration avec des personnalités dont le talent ne s’est pas encore exprimé sur nos scènes, découverte d’oeuvres inconnues ou trop peu jouées, enrichissement du répertoire de musique française, poursuite des cycles Berlioz et Wagner et de la création contemporaine, engagement toujours plus marqué pour la fusion de la danse et du lyrique. 

Nous avons conçu cette nouvelle saison avec notre directeur musical et notre nouvelle directrice de la Danse. Avec Philippe Jordan, nous cheminons depuis plusieurs années et je suis heureux de voir se renforcer chaque jour ses liens d’une rare fidélité avec les musiciens et avec notre public. Aurélie Dupont, notre Étoile, offre cette année sa toute première saison ; elle porte la marque de son attachement à notre institution, de sa connaissance intime de la Compagnie et aussi de sa formidable énergie.

La 3e scène, espace numérique de création lyrique, musicale et chorégraphique, entre dans la deuxième étape de sa jeune existence après avoir déjà trouvé son public dans le monde entier : à partir du début de l’année 2017, elle proposera des formats et des contributions franchement différents, en se jouant des frontières sociales, géographiques, de format ou de genre, tout en s’inscrivant dans la continuité du projet initial.

Lecteur des contes de Voltaire, Hugo disait de lui : « Il sort du réel et entre dans le vrai ». C’est cette expérience fondamentale que nous vous proposons de vivre avec nous, en franchissant les portes de nos théâtres et en venant à la rencontre des œuvres, de leurs créateurs et de leurs interprètes.

« Les couleurs d’une grande Europe »

Philippe Jordan

« Goûter au plus vaste répertoire possible »

Aurélie Dupont