Regards

« Un Wozzeck d’anthologie »

La mise en scène de Christoph Marthaler vue par la presse — Par Octave

Du 24 avril au 15 mai est repris à l’Opéra Bastille Wozzeck, l’opéra d’Alban Berg sous la direction musicale de Michael Schønwandt et dans la mise en scène de Christoph Marthaler. Lors de sa création en 2008, le spectacle avait été unanimement salué par la critique comme un chef-d’œuvre. Revue de presse.


Désespérément drôle… Pour décrire les mises en scène du Suisse Christoph Marthaler, on a envie de recourir à ce genre d’oxymores, tant il est passé maître dans l’art de manier l’ironie mordante et la subversion, le tout avec une sensibilité musicale et théâtrale exacerbées.

« Plébiscité par le théâtre et l’opéra, le metteur en scène suisse Christoph Marthaler construit des spectacles atypiques, véritables pépites d’humour et de justesse. »
Fabienne Arvers et Patrick Sourd, Les Inrockuptibles

Avant ce Wozzeck, on avait pu voir de lui, à l’Opéra de Paris, un bouleversant Katiá Kabanová où l’héroïne éponyme disparaissait lors du finale en se lovant au creux du bassin d’une cour d’immeubles ; Figaro fêter ses noces dans le hall de l’administration d’une mairie où l’on enregistre les mariages à la chaîne ; ou encore une Traviata version Edith Piaf, persécutée par une cour bourgeoise secouée de tic nerveux. Son Wozzeck scelle sa rencontre avec la musique intensément dramatique d’Alban Berg.

« Accord parfait entre l’art de Marthaler et l’âpre Wozzeck. L’Opéra de Paris a présenté samedi soir une nouvelle production de Wozzeck d’Alban Berg, drame de la jalousie et de la frustration sociale dans lequel la poésie désenchantée et décalée du metteur en scène suisse Christoph Marthaler fait merveille. »
AFP, 31-03-2008

C’est que le théâtre de Marthaler est avant tout un théâtre musical : il a commencé sa carrière comme musicien avant de se tourner vers la performance et le happening. La musique est toujours présente chez lui, même dans ses créations théâtrales. Dans Wozzeck, elle noue des rapports intimes avec la mise en scène.

« Tout ce qu'il fait, en matière de théâtre, semble puisé à la source la plus intime de la musique. Ce sont de menus détails, des finesses apparemment incongrues mais toujours justifiées par le dessein musical ou les détails du texte. »
Renaud Machart, Le Monde, 31-03-2008

Sans doute le livret adapté par Alban Berg à partir du drame de Georg Büchner est-il l’un des plus aboutis de tout le répertoire opératique. Le spectacle lui rend justice par une direction d’acteurs sur mesure, puisant l’inspiration dans la créativité même des interprètes. Ainsi Simon Keenlyside, qui chantait alors le rôle-titre, commentait en répétition :

« Son intelligence est fascinante. Il suit la ligne mais fait confiance au chanteur : il s’amuse de voir ce que l’interprète est capable d’inventer et sait instantanément ce qu’il va éliminer ou conserver dans les propositions que je fais. »
Cité dans Le Figaro, 03-04-2008

Si le propre d’une grande mise en scène est de faire évoluer notre regard sur une œuvre, alors, de l’avis unanime, celle-ci en est une.

« Une production lyrique est mémorable lorsqu’en plus de sa beauté, elle nous fait voir et entendre différemment un opéra. C’est le cas ici. »

Opéra Magazine, mai 2008


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