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Rencontres

Un dialogue entre les arts

Rencontre avec Nicolas Paul — Par Solène Souriau

Sébastien Bertaud, Bruno Bouché, Simon Valastro et Nicolas Paul, danseurs à l’Opéra, proposent leurs créations pour les interprètes de la Compagnie sur la scène du Palais Garnier. L'occasion de s'interroger sur le métier de chorégraphe mais surtout de révéler au public quatre personnalités, quatre danseurs d'aujourd'hui et chorégraphes de demain.


Comment ce projet – la création d’une pièce sur plusieurs morceaux de musique sacrée de Josquin des Prés – est-il né ?

Ce projet est né de plusieurs recherches : une recherche sur la période historique du Moyen-Âge et de la Renaissance qui me passionne depuis longtemps mais aussi autour du thème du Déluge et de ses représentations à cette époque qui m’ont paru d’une étonnante modernité par leur simplicité et leur dépouillement. En parallèle, nous avons développé avec Jean-Christophe Guerri, un travail de vidéaste sur le corps et l’eau.

 

Le titre évoque directement l’épisode du Déluge dans la Genèse ?

Oui, la description de l’eau qui, lors du Déluge, passe « à sept mètres et demi au-dessus des montagnes ». L’actualisation du passage de la Bible (les traductions ont tendance à plutôt utiliser la coudée qui est l’unité de base) m’a amusé et plus sérieusement pose la question de la mise à jour du récit.


Quelles références faites-vous à l’iconographie médiévale dans votre chorégraphie ?

Dans l’écriture du mouvement, on retrouve des positions de mains directement inspirées des représentations picturales du Moyen-Âge qui accordent une place cruciale à cette partie du corps. Un certain traitement des couleurs m’a paru également très spécifique de cette époque comme la question de la perspective.


Comment la vidéo que vous signez avec Jean-Christophe Guerri vient-elle s’articuler avec les danseurs sur scène?

La vidéo est traitée à la manière de tableaux et s’inscrit directement en contraste avec ce qui se passe sur scène. Alors que la chorégraphie, placée sous le signe de la profusion, est très dense et rapide, la vidéo, elle, propose une succession de plans fixes, assez lents avec des mouvements imperceptibles. Par leur contraste, j'espère que les deux arts pourront dialoguer.


Simon Valastro, Nicolas Paul, Bruno Bouché, Sébastien Bertaud, dans la salle du Palais Garnier
Simon Valastro, Nicolas Paul, Bruno Bouché, Sébastien Bertaud, dans la salle du Palais Garnier © Julien Benhamou / OnP

La vidéo permet-elle de faire le pont entre cette période de l’Histoire et aujourd’hui ?

L’image d’un corps noyé évoque immédiatement une certaine actualité et un ensemble de situations géopolitiques. C’est tout à fait nécessaire de prendre conscience de cet effet de miroir. Cependant, j’ai cherché à évoquer une sensation intime du déluge qui peut être psychique ou sociale, pas forcément politique.


Vous êtes entré en 1989 à l’École de Danse de l’Opéra de Paris et avez intégré le Corps de Ballet en 1996. Qu’est-ce que cela représente pour vous de participer à la programmation officielle de la Maison ?

Pour moi, cette soirée témoigne de la diversité qu’est capable de faire naître une institution comme le Ballet de l’Opéra de Paris, les différentes personnalités qu’elle a su faire grandir et prospérer. Plus personnellement, il me reste encore trois ans dans cette compagnie avant de prendre ma retraite. Cette pièce est donc probablement la dernière que je crée pour la Compagnie avant de mettre un terme à ma carrière de danseur.

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