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Coulisses

Trop humain

Samson et Dalila par Damiano Michieletto — Par Damiano Michieletto

Si Samson et Dalila trouve son inspiration dans la Bible, Saint-Saëns prend une certaine distance, une certaine liberté vis-à-vis de l’épisode biblique : il l’aborde sous un angle profondément humain. C’est cette humanité que Damiano Michieletto s’attache à souligner dans sa mise ne scène. La photographe Éléna Bauer a capté l'atmosphère du spectacle en train de se faire. Commentaires du metteur en scène.
© Vincent Pontet / OnP
Dans l’opéra de Saint-Saëns, le spectateur n’est jamais témoin de la prodigieuse force physique de Samson, pas plus qu’il ne voit la fameuse scène lors de laquelle on lui coupe les cheveux. Le compositeur occulte les motifs les plus connus du mythe pour se concentrer sur ses interstices : sur le conflit intérieur de Samson, déchiré entre l’amour d’une femme et son rôle de leader spirituel d’un peuple.
© Vincent Pontet / OnP
Dalila est-elle coupable de trahir Samson ? Je m’efforce de ne pas émettre de jugement moral qui risquerait d’appauvrir mon interprétation de l’ouvrage. Dalila est un personnage complexe. Elle n’est pas animée par la cupidité : elle refuse l’or que lui propose le Grand Prêtre en échange de sa complicité. Elle évoque le passé : Samson est le seul homme à l’avoir éconduite – à trois reprises – et il continue de lui résister en ne voulant pas lui révéler la source de sa force...
© Vincent Pontet / OnP

Le duo d’amour entre Samson et Dalila est bouleversant. Samson va jusqu’à se renier, jusqu’à oublier qui il est. Dans ma mise en scène, au lieu de révéler son secret, il finit par se couper lui-même une mèche de cheveux, renonçant délibérément à sa puissance et à son statut de leader. Au moment où Dalila le comprend, quelque chose change en elle. Elle devient plus ambiguë encore.

© Vincent Pontet / OnP

Le dernier protagoniste du drame – et sans doute le plus important – c’est bien sûr la communauté. J’ai préféré ne pas mettre d’étiquette sur les Hébreux, se bornant à les définir par leur condition : esclaves. Il s’agit d’un peuple oppressé. J'ai choisi de traiter les Hébreux et les Philistins dans une esthétique résolument contemporaine, afin que le mythe soit davantage connecté à notre réalité et à nos émotions. Toutefois, au moment de la Bacchanale, les Philistins se déguisent et revêtent des habits de péplum : comme un saut dans le temps. Cette foule incarne alors une société corrompue, qui célèbre la puissance et la sagesse mais n’en est pas moins fondée sur la violence et l’humiliation, comme dans les arènes antiques où les gladiateurs étaient tués et leur sang versé pour distraire le public.

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