Coulisses

Tête-à-tête impérial dans La Clémence de Titus

Un spectacle, un souvenir — Par Angelika Potier et Hébert Desormière

Dans sa production de La Clémence de Titus, Willy Decker concentre sa mise en scène autour de « l’homme Titus, (qui) plonge dans la solitude et meurt à mesure que s’élève sa statue sans âme de personnage public, de héros, d’empereur ». Dès le lever du rideau, un bloc de marbre occupe une place centrale sur scène. L’arc dramatique du héros correspondra à l’évolution de ce bloc, d’un seul morceau brut au départ jusqu’au buste achevé de Titus. L’occasion de découvrir l’atelier sculpture de l’Opéra national de Paris : intégré à la Direction Technique, il côtoie les autres ateliers de menuiserie, de peinture, de serrurerie, de tapisserie et des matériaux composites. Angelika Potier, Chef du service et Hébert Desormière, sculpteur, nous décrivent la genèse des quatre sculptures créées pour la production.

Angelika Potier : Nous sommes très fiers de voir nos réalisations retourner sur scène à l’occasion de cette sixième reprise, il faut dire que nous étions bien servis dans l'atelier sculpture ! Lors de la création en 1997, le plus grand défi pour nous a été les reproductions du portrait. Plus le portrait est grand et plus on a peur de le rater.

Hébert Desormière: Au sujet du portrait, celui de Titus n'a pas été notre visuel de départ. Le décorateur, considérant que Titus « n’avait pas la tête de l’emploi », il lui a préféré le portrait de Jules César au regard plus perçant.

A.P. : Notre équipe comprenait à l’époque six sculpteurs pour la réalisation de la maquette et des quatre blocs. Cela a représenté cinq semaines de travail environ. C'est à partir de la maquette initiale de John Macfarlane que notre ancien chef d’atelier a réalisé celle du visage sur laquelle nous avons travaillé. Elle était plus détaillée pour faciliter son agrandissement. Chacun a été responsable d’une étape. Le premier bloc vierge, aussi appelé « bloc capable », a été réalisé par un ancien collègue, Charlie, particulièrement doué pour le rendu des matières. Hebert a fait un des deux bustes inachevés avec la tête émergeant du bloc, tandis que je me suis occupée du buste final de Titus, auquel a été rajouté un socle avec l’inscription de son nom.

H.D. : Pour le deuxième buste inachevé, j’ai aménagé des escaliers, qui devaient être à la fois praticables et discrets, parce que le personnage, couché tout en haut de la sculpture, doit progressivement descendre en chantant. Pour les quatre blocs, nous avons utilisé du polystyrène, matériau indétrônable pour sa légèreté et sa facilité de travail. Avant que les sculptures ne rejoignent l’atelier peinture, l’atelier des composites les a recouverts d'une couche d’à peu près un millimètre de résine. Etant un matériau très vulnérable, le polystyrène doit être impérativement recouvert par cette résine qui le préserve des chocs.

A.P. : En tant que spectatrice, j’ai gardé un très bon souvenir de « La Clémence », qui est pour moi un opéra pur, cohérent visuellement et musicalement. J’ai vu le devenir d’un empereur à travers le dégagement d’un bloc : on retire progressivement l’excédent de matière jusqu’à l’apparition du portrait du héros.


Propos recueillis par Anna Schauder

Photos prises dans l’atelier sculpture pour la production de La Clémence de Titus, mise en scène par Willy Decker
Photos prises dans l’atelier sculpture pour la production de La Clémence de Titus, mise en scène par Willy Decker 7 images

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