FR

Regards

Telle est la vie céleste

Notes sur le concert Mahler / Schönberg — Par Octave

Le concert symphonique du 16 septembre marque les débuts de l'Orchestre de l'Opéra, dirigé par Philippe Jordan, à la Philharmonie de Paris. Il inaugure également, autour de Moses und Aron, un cycle Schönberg qui se poursuivra toute la saison.

Composée entre 1899 et 1900, alors que la capitale autrichienne, bousculée par la sécession artistique, vit son « apocalypse joyeuse », la Quatrième Symphonie est peut-être la plus viennoise des compositions de Mahler. La référence aux maîtres viennois laisse entendre une douce nostalgie pour l’âge d’or de la ville. Refusant, néanmoins, de se complaire dans la tristesse, l’œuvre s’achemine, au fil de son évolution, vers une félicité que Mahler entendait ainsi : « Lorsque l'homme, émerveillé mais dérouté, demande ce que tout cela signifie, l'enfant répond dans le quatrième mouvement : "Telle est la vie céleste !" »

Avec la Symphonie n° 4, Mahler renonce à son habitude de donner des textes explicatifs à ses symphonies, comme il l’avait fait avec les trois premières. Le programme est ici contenu dans la musique. Or pour que le sujet soit compréhensible par la seule écoute, il choisit d’alléger son effectif orchestral en évinçant, notamment, trombone et tuba. Une économie de moyens qui lui permet de gagner en lisibilité et d’atteindre la clarté propre au poème de son dernier mouvement. Un mouvement qui reprend le cinquième lied du recueil Des Knaben Wunderhorn, composé par Mahler lui-même en 1892. Interprété par une soprano, il le souhaitait chanté avec « une expression joyeuse et enfantine, tout à fait dépourvue de parodie ».

Les Variations pour orchestre, op.31 de Schönberg, composées entre 1926 et 1928, comptent parmi les pièces majeures de la modernité musicale. « Clavecin bien tempéré de la musique dodécaphonique », elles sont la première œuvre orchestrale développant toutes les possibilités sérielles élaborées jusqu’alors par le compositeur et illustrant de nouveaux principes.

Composée d’une introduction et d’un final, d’un thème et de neuf variations, l’œuvre énonce les principes du dodécaphonisme en exposant des motifs – ou séries – composés de douze notes disposées dans un ordre fixé, qui couvrent la gamme chromatique dans son entier. Chacune de ces notes proviennent du motif, qui se divise en groupes de notes, et qui offre des solutions multiples. La série est ainsi tantôt jouée dans sa forme originale ou en sens inverse – forme dite rétrograde – mais est aussi abordée inversée. L’inversement est lui aussi entendu en rétrograde. Quatre formes sérielles que Schönberg utilise aussi bien dans la mélodie que dans l’harmonie, créant ainsi « une fonctionnalisation sérielle totale », dont la technique est désormais systématique. Un systématisme qu’il appliquait, quelques années auparavant, à sa peinture marquée par une série d’autoportraits. Un catalogue, à la fois, de ses états d’âmes et de sa nécessité créatrice, métamorphosée en jusqu’auboutisme plastique.

Votre lecture: Telle est la vie céleste