FR EN

Rencontres

Live-chat

Avec les artistes de Maguy Marin — Par Octave

Le live-chat a commencé, n'hésitez pas à réagir et à poser vos questions aux artistes !

Elena : Je souhaiterais savoir si le processus de travail avec Maguy Marin, dont les œuvres sont assez conceptuelles, déplace radicalement votre approche de la danse et votre présence sur le plateau ?

Vincent Chaillet : A l'Opéra, nous avons l’habitude de travailler avec des chorégraphes qui viennent de tous les horizons. De ce point de vue, ce n’est pas une nouveauté énorme... C’est agréable parce que ça permet d’être un peu soi-même sur scène, même si, dans la pièce, les rapports humains sont plutôt conflictuels. On rentre maintenant dans une période de répétition où on approfondit les rapports entre les êtres humains qui composent la pièce. C’est agréable d'aller plus loin, d’aller chercher de la subtilité dans l’écoute, dans le regard…

Myriam Kamionka : Dans Les Applaudissements ne se mangent pas, on n’a pas l’impression de faire de la danse. On ne travaille pas des pas comme dans la danse classique, on travaille le naturel, on travaille à ne rien faire. Juste à avoir une connexion avec l’autre. Il se trouve qu’il y a des mouvements et qu’on appelle ça de la danse, mais ce n'est pas comme ce qu'on apprend à l’école. C'est intéressant car je pense que nous en sommes à un stade de nos carrières où l'on a envie de penser à autre chose qu’à la forme. Ce qui est intéressant dans son travail, c’est de montrer l’émotion. Après, on travaille évidemment sur la forme pour qu’il y ait une logique entre les danseurs, on est obligé d’écrire quelque chose. L’instinct compte beaucoup également. On ne fait pas toujours la même chose parce qu’on fait avec ce qu’on reçoit de l’autre : ça ressort plus que la chorégraphie.  

Nicolas Paul : Cela tient aux spécificités de la pièce plus qu’au style de Maguy Marin, à ce qu’elle raconte avec ce dispositif. Le rapport entre les danseurs, très spécifique à cette pièce, nous ouvre à davantage d’aspects nouveaux que certains aspects techniques que l’on a déjà abordés avec d’autres chorégraphes. On pense bien sûr à Anne Teresa De Keersmaeker - avec qui nous avons travaillé récemment - à Angelin Preljocaj ou Sasha Waltz. La liste est longue. Il y a certaines spécificités du langage contemporain qu’elle assume et qu’elle utilise de façon spécifique dans cette pièce : ça parle de rapports humains, de tension, de répulsion. Cet aspect expressif est pour moi, dans mon parcours, plus spécifique.

Rémi : Parlez-nous de la chorégraphie de Maguy Marin. Elle est très chargée en rapports de force et en émotions, comment cela nourrit-il votre interprétation ?

Vincent Chaillet : Au niveau de l'interprétation, elle nous demande d’être le plus naturel possible, de ne pas forcer le trait. Le simple fait d’être sur scène, que les visages soient expressifs d’eux-mêmes, de par la fatigue de la pièce. Il ne faut surtout pas le surjouer, il faut essayer d'être le plus simple dans sa façon de se mouvoir sur scène. Les marches, surtout, sont très difficiles. On marche beaucoup sur scène, il ne faut pas en faire quelque chose de démonstratif.

Myriam Kamionka : Nous avons également des comptes très précis. On a cette tendance à vouloir appuyer sur les marches, à marcher à la croche…

Vincent Chaillet : Ces rapports humains que l'on évoquait sont régis par une structure rythmique ultra-complexe et très établie.

Nicolas Paul : C'est paradoxal car la pièce nécessite une entente du groupe, alors que le groupe est en train de parler de conflit. Je le vis vraiment comme un paradoxe quand on le met en oeuvre. C’est très étrange. C’est ce qui fait la tension de la pièce. Il faut être à l'écoute de celui qui nous agresse - ou de celui qu’on agresse - ce qui est très bizarre.

Vincent Chaillet : Maguy Marin cherche cette tension et cet état. Parfois, quand on est un peu perdu, qu’on ne sait plus où l'on va, qui regarder, cela nourrit également la pièce.

© Laurent Philippe / OnP

Marie : Est-ce naturel pour vous de sourire lorsque vous dansez ou bien faîtes vous un effort pour penser à sourire ?

Vincent Chaillet : Tout dépend du personnage qu’on interprète. Dans un ballet classique, avec un rôle qui a un caractère fort, le personnage nous dicte notre conduite. Et il n’y a pas d’effort à faire si le personnage nous demande de sourire. Quant à sourire dans de la danse abstraite, personnellement, j’ai toujours trouvé ça un peu ringard : ça ne me parle pas trop.

Nicolas Paul : En scène, le plaisir peut s’exprimer autrement que par le sourire.

Myriam Kamionka : Moi, je ne me force jamais à sourire. En général, on me dit que je souris trop (rires). C’est le plaisir d'entrer en scène qui me fait sourire, mais jamais je ne force un sourire. Oui, c’est plus le bonheur d'être en scène...

Léa : La musique est très forte dans les chorégraphies de Maguy Marin. Que vous apporte la musique de Denis Mariotte dans cette pièce ? Vous aide-t-elle à rentrer dans le rôle ?

Nicolas Paul : D’une manière générale, la question n’est pas tant de savoir ce que la musique nous apporte en tant que danseur mais ce qu’elle apporte à la pièce. Le projet est tellement cohérent qu’on ne se pose pas la question. J’ai tellement l’impression que ça ne fait qu’un avec la chorégraphie, la pièce, que je ne la dissocie pas. Mon rôle est d’arriver à entrer dans cet univers, dont la musique fait partie. Sur d’autres pièces, je peux être amené à dissocier, à me questionner sur l'intérêt de la chorégraphie. Alors que là, je le ressens comme un tout très fort et cohérent.

Vincent Chaillet : Elle participe à créer un climat inquiétant, de suspicion. C’est toujours en suspens.

Nicolas Paul : On est toujours en attente de l’événement d’après. C’est la même sensation qu’on a par rapport à l’écriture. Notre rôle, c’est toujours d’exprimer par la danse, on n’est pas musiciens. On a un rapport avec cette musique comme avec n’importe quelle musique. Cette musique me porte autant que n’importe quelle autre. Ce que j’ai à exprimer, c’est la chorégraphie, le rapport spécifique de la chorégraphie avec cette musique. C’est un soutien, quelque chose qui est là, qui est important pour nous. Mais ce qu’on a à interpréter, c’est la chorégraphie.

Vincent Chaillet : Elle participe vraiment d’un tout, d'une ambiance, d'un climat.

Pierre-Etienne : En quoi l’espace influence-t-il votre interprétation d’une chorégraphie ? Avez-vous des souvenirs de situations originales, comme une performance en plein-air, ou dans une scénographie singulière ?

Myriam Kamionka : Cela me fait penser aux expériences que j'ai pu avoir en plein-air. On vit autre chose en plein-air que dans une salle. Plusieurs fois, on est partis en tournée, on a dansé dans des arènes. On se sent beaucoup plus libres. J’abordais le ballet autrement, pas avec plus de plaisir, mais c’était nouveau, on a d’autres sens qui se développent en pleine nature.

Vincent Chaillet :  Je pense à Doux mensonges de Jiri Kylian. Il y a tout un système de jeux de trappes et de captation vidéo live qui font qu’on a tout un parcours, on danse sous le niveau de la scène, dans les dessous, il y a des systèmes d’ascenseurs, on est filmés en même temps et l'image est retransmise sur la scène : cela crée des espaces différents. Sasha Waltz dans Roméo et Juliette aussi. J'amais également beaucoup ta pièce Nicolas, Répliques, dans la scénographie de Paul Andreu : cette succession d'espaces qui fait qu’on est de plus en plus enfermé, qu’on a de moins en moins d’espace.  
Myriam Kamionka : J’ai le souvenir d'un Kylian avec des flammes sur scène, Belle figura. Être éclairé par le feu, c’est rare !

Vincent Chaillet : Dans cette pièce de Maguy Marin, la scénographie c’est un grand rideau de bandes en plastique qui crée un espace confiné, qui nous empêche de voir ce qui se passe sur le plateau. Et l'on peut entrer et sortir de n’importe où. Cela ajoute à la complexité des rapports et à notre travail technique. On n’a pas de repère visuel, quand on est en coulisse, de ce qui se passe sur le plateau. D'habitude, en coulisse, on s’assoit, on rigole, on fait ces petites choses de la vie en coulisse. Là, non, on est toujours dans la pièce, on pense toujours ce qui va se passer après.

Nicolas Paul : Là aussi, ça participe à l’ambiance. On n’est pas en coulisse, on n’est pas vu du public, mais on est toujours dans le spectacle.

Opéra national de Paris : Vous appréhendez ?

Nicolas Paul : On n'a pas encore découvert ces nouvelles difficultés. Cela va nous poser des problèmes spécifiques de synchronisation qu’on va découvrir et qu’on espère résoudre jeudi et vendredi. On essaie en ce moment de mener au mieux ce travail de préparation.
Je crois que c’est la première pièce où je suis plus en tension en coulisse qu’en scène. Il y a beaucoup d’entrées, mais la mémoire se structure aussi en voyant les autres danser. Pour l’instant, on est en studio, on voit les autres danser, donc je sais que ma prochaine intervention sera celle-là. Mais quand je ne les verrai plus, comment cela va-t-il se passer ? Je ne sais pas, mais je serai en tout cas plus tendu en coulisse qu’habituellement.

Myriam Kamionka : Oui. On a très peu de temps de répétition. C’est la première fois qu’on rentre sur scène à l’aveugle, sans repères musicaux.

Vincent Chaillet : Cela nous met vraiment en danger. L’enjeu est de faire de ce danger un atout pour la pièce.

Myriam Kamionka : J’ai beaucoup travaillé sur le corps, pour essayer de moins penser et de laisser vivre le corps. Là, régulièrement, je sors de scène, mon corps sait où il va, mais ma tête ne le sait pas encore. Je savais que le corps a une mémoire et là, je l’expérimente tous les jours. Ce sont des expériences nouvelles.

Martin : Je suis curieux de savoir comment se manifeste votre conscience du rythme : comptez-vous les temps dans votre tête ou vous laissez-vous guider par une pulsation de la mesure que vous ressentez intérieurement ? Notamment pendant les silences ou les gestes non dansés !

Nicolas Paul : On navigue avec trois techniques. On passe de l’une à l’autre constamment. Il y a à la fois la convention qui est la pulsation pour cette pièce, le rythme marqué par le métronome quand on répète. On l’a intériorisé, on a essayé de faire que cette pulsation, on puisse la reproduire sans métronome. Le deuxième référent, c’est l’écoute qu'on a entre nous. On est incapable de tenir cette pulsation sur toute la pièce, donc il faut se remettre ensemble à l’écoute des discordances.

Myriam Kamionka : On a également des repères musicaux précis pour se retrouver, si on est en avance ou en retard.

Vincent Chaillet : Mais dans la musique il y a aussi des silences, des suspensions où on est obligés de sortir de notre compte. On navigue, on jongle entre différentes techniques.

Nicolas Paul : Il y a le paradoxe de compter là où il n’y pas de pulsation.

Vincent Chaillet : Pour parler de technique de comptes, on compte tout en 5 en 10 ou en 15 alors qu’on a l’habitude de compter en 8. On est sur des mesures de 5 temps qu’on peut dédoubler à 10 ou 15.

Nicolas Paul : La façon de compter des danseurs est très spécifique et fait rire les musiciens (rires).

Myriam Kamionka : Je pense qu’on a rarement été aussi concentrés. On ne peut pas lâcher une seconde. On continue en coulisse pour pouvoir entrer en scène au bon moment. C’est très fatiguant nerveusement. On est sous tension, on ne lâche pas.

Vincent Chaillet : Une tension intellectuelle.

Myriam Kamionka : Les deux. On a entre 40 et 50 entrées chacun. Il y a la mémoire du corps. Parfois, on lâche les comptes quand on danse. Là, ce n’est pas possible. C’est hyper carré.

Vincent Chaillet : C’est une pièce très difficile.

© Laurent Philippe / OnP

Camille à Vincent Chaillet : Comment est venu ton intérêt pour la danse ?

Vincent Chaillet : Quand j’étais enfant, je bougeais tout le temps. Avant d’aimer la danse, j’avais envie de faire du spectacle, de la scène, être en représentation. C’est ce qui a été le point de départ. J’organisais des spectacles dans le salon, pour ma famille, sur le canapé, je faisais n'importe quoi. Un jour, j’ai demandé à mes parents de m’emmener à des cours de danse. Jusqu’à ce que je tombe sur un prof super : ça m’a vraiment plu et je me suis embarqué dans l’aventure. Ma famille n’est pas du tout dans le milieu de la danse et du spectacle. Ma mère était dans une chorale amateur, pas plus. Aujourd'hui, le bonheur est toujours là, il va et vient selon les moments.

Maëlle : Est-ce possible d’entrer dans le corps de Ballet sans être passé par une grande école de danse ?

Vincent Chaillet : Chacun gère sa formation comme il le peut. Si quelqu’un a la chance d’avoir un professeur régulier en dehors d’une institution, oui, il n’y a pas d'obligation de passer par une école. C’est une histoire de niveau et d’aptitude, de travail personnel. Dans une grande école, c’est la structure qui favorise la progression : la prise en charge et l’organisation du temps de travail aide à ce que ça se passe le mieux possible.

Myriam Kamionka : On a des horaires aménagées dans les grandes écoles qui nous permettent d’avoir autant d’heures de travail par jour que l'on a besoin.

Lucie à Myriam Kamionka : Bonjour Myriam, j’ai 10 ans, je fais de la danse classique depuis 6 ans ! Combien de temps dansez-vous par jour y compris les échauffements et les barres ?

Myriam Kamionka : Tout dépend des programmes. En général, entre 4 et 8 heures. Dans les périodes de création, on a beaucoup de travail, c’est 7 heures par jour minimum. Après quand on a des rôles qui durent moins longtemps sur un spectacle, ça peut faire 4 ou 5 heures

Vincent Chaillet : 4 heures, c’est une petite journée.

Myriam Kamionka : L’échauffement, c’est 1 h 30 le matin. On décide de s’échauffer tout seul ou de prendre le cours.

Rémi à Vincent Chaillet : J’ai lu une anecdote selon laquelle votre première apparition sur la scène de l’Opéra aurait été décidée dans l’heure avant le début de la représentation. C’était le Lac des Cygnes. Est-ce vrai ? Pouvez-vous nous raconter ?

Vincent Chaillet : Cela a dû être un peu déformé au fil des interviews. C’est vrai que ma première scène dans la compagnie, c’est un remplacement dans Le Lac des cygnes qui s’est décidé en fin d‘après-midi. Mais ça n’a rien d’extraordinaire dans la vie d’une compagnie. Cela arrive à tout le monde de faire des remplacements de dernière minute, c’est un peu la seule porte d’entrée qu’on a pour aller sur scène. Ce n’est pas très confortable, et en même temps très excitant. On a envie d’être à la hauteur et on a très envie de danser. Quand on voit les autres danseurs qui répètent tous les jours, on a envie de faire partie de cette troupe et de rentrer dans le groupe. Quand ça arrive, c’est un peu stressant, et après, c’est parti !

Éva à Vincent Chaillet : Vous avez déclaré dans une interview ‘’avoir en permanence le sentiment de ne pas mériter ce qui vous arrive’’. Est-ce un moyen pour vous de tenir une distance avec votre travail et donc d’être libre dans l’interprétation de vos rôles ?

Vincent Chaillet : Ce n’est pas un moyen, c’est un fait. Ce n’est pas un jeu. Ce n’est pas quelque chose que je m’impose, c’est comme ça. Je me dis qu’il y a énormément de talents dans cette compagnie, et je ne sais pas pourquoi ça a marché pour moi. J’ai des amis qui ont travaillé autant et plus que moi, et pour qui ça n’a pas été aussi facile que pour moi. J’ai eu un parcours assez facile, je n’ai pas eu trop d’obstacles, c’est allé assez vite. J’ai la chance de faire régulièrement des rencontres avec des chorégraphes avec qui je n’espérais même pas travailler. J’ai vraiment de la chance. J’en suis conscient. Plus que mériter ce qui m’arrive, j’ai conscience d’avoir de la chance. Savoir au bon moment sauter sur l’occasion, être prêt quand on avait besoin de moi, c’est peut être ça qui m’a permis de monter dans la hiérarchie. Au regard de mes aptitudes et d’un supposé talent, j’estime que je ne mérite pas forcément ce qui m’arrive. Mais je fais tout ce que je peux pour être à la hauteur.

Laura à Myriam Kamionka et Nicolas Paul : Comment passe-t-on de danseur à chorégraphe ? Commence-t-on par modeler les chorégraphies des autres avec ses propres influences ?

Myriam Kamionka : J’ai beaucoup travaillé l’interprétation et il me manquait quelque chose, je n’ai pas dit tout ce que j’avais à dire en tant qu’interprète. J’ai envie de combler ce manque en racontant des choses qui me sont très personnelles, de transmettre quelque chose. C’est venu comme ça, l’envie d’être chorégraphe, à partir d'un manque dans l’épanouissement en tant qu’artiste. A l’Opéra, on nous a imposé des styles, des écritures chorégraphiques, j’ai envie de liberté et ça passe par l’écriture. Mais transformer quelque chose, non, j’ai trop de respect pour la personne qui l’a écrit.

Nicolas Paul : La question, ce n’est pas tellement l’envie, c’est le besoin. Il y a eu un besoin, à côté de mon rôle d’interprète, de création. Sur la mise en oeuvre, c’est très compliqué de dire la genèse. Quel que soit l’acte chorégraphique qu’on fait, la genèse est spécifique à chaque acte. Le point de départ de chaque pièce est différent. Il n’y a pas de règle. J’imagine que des chorégraphes arrivent à des résultats très personnels par le procédé de la reprise d’un thématique, d’un livret, d’une musique. La genèse d’une pièce, c’est propre à chaque pièce. On ne peut pas vraiment le décrire.

© Laurent Philippe / OnP

Caroline à Nicolas Paul : Vous chorégraphiez au sein de l’Académie chorégraphique encadrée par William Forsythe, comment se passe le travail, la transmission ?

Nicolas Paul : C’est surtout par les rencontres avec Forsythe que ça a été le plus intéressant. Je me souviens qu’à notre première séance de travail, il m’a dit qu’il n’y avait pas de façon d’apprendre à être chorégraphe. Quand on est face à quelqu’un qui a son parcours, c’est un peu effrayant, et en même temps, c’est de sa part d’emblée respecter nos singularités. Finalement, quand on est dans l’acte de création, même si je n’aime pas le mot, ce qu’on essaie d’exprimer, c’est notre singularité, quelque chose qui nous plaît, qu’on a envie de communiquer. Cette entrevue m’a conforté dans quelque chose de très important. Après, ce que nous apporte l’académie, ce sont des opportunités de rencontres.

Myriam Kamionka : Forsythe nous a dit : "Soyez à l’écoute de votre temps, nourrissez-vous de tout ce qu’il y a autour de vous, ne restez pas tout seul à vous regarder le nombril, ouvrez-vous." C’est très important.

Nicolas Paul : Que ce soit en tant qu’interprète ou en tant que chorégraphe j’ai toujours eu l’impression d'être en quête. Je ne pense pas que ce soit spécifique au fait d’avoir envie d’apprendre des autres. L’académie s’inscrit dans cette démarche mais ce n’est pas une spécificité.

Carolina : Sommes-nous sûrs que les applaudissements de se mangent pas ?

Vincent Chaillet : C’est ultra politique comme sujet. Tout dépend pour qui. Si on parle d'une nourriture abstraite, oui. En tant qu’artiste, un applaudissement me nourrit. Il me fait vivre aussi, concrètement, parce que je suis artiste du spectacle. Dans la situation de la pièce, les applaudissement ne se mangent pas.

Myriam Kamionka : C’est le titre d’un livre.

Vincent Chaillet : La pièce a été créée dans un contexte des conflits en Amérique latine. Ce que cela signifie, c’est que faire des efforts économiques qui sont salués par les institutions ne suffit pas. On a beau dire bravo, que les pays sont en voie de développement et que ça va aller mieux, il y a des gens sur place qui vont très mal et qui n’ont pas de quoi manger. Ce n’est pas parce qu’on va saluer les efforts que cela apporte de la nourriture à ces gens.

Nicolas Paul : En tant que spectateur, quand on vient voir une pièce qui a ce titre, on peut s’attendre à quelque chose de très large. L’ambiance, la chorégraphie, la musique recadrent le titre. Il y a une façon de faire assez spécifique à cette pièce. Souvent, je trouve que les titres viennent préciser la pensée chorégraphique ou le choix musical. Là, c’est plutôt l’inverse. Quand on voit la pièce, on comprend tout de suite ce qu’on est censé comprendre.

Vincent Chaillet : Les applaudissement, c’est la récompense d’un travail accompli. Si on veut rester performant et efficace dans notre travail et notre recherche artistique, on ne peut pas se satisfaire des applaudissements. C’est une réponse à la suite d’une représentation, d’une performance qui a eu lieu à un instant T, mais ce n’est pas quelque chose qui vient saluer un acquis.

Myriam Kamionka : Cela me rend heureuse pour le public, mais pas pour moi. Le public va sortir content de sa soirée, mais pour nous, ça ne change pas notre travail. Le but du danseur c’est de donner du rêve et du plaisir à ceux qui viennent, et non l'inverse. Ce n’est pas pour se satisfaire. On se satisfait dans le travail et dans l’aboutissement d’un spectacle. Cela nous conforte dans le fait que le travail est bien fait, et qu’il a procuré du plaisir, la mission est remplie.

Myriam : Comment avez-vous été choisis pour danser cette chorégraphie ?

Vincent Chaillet : Une rencontre a été organisée avec Maguy Marin et une trentaine de danseurs. Ensuite, il y a eu une audition, on a fait quelques extraits de la pièce. On a fait un gros travail de rythmique assez basique au début, et quelques phrases chorégraphiques. On est entrés dans le vif du sujet, du travail humain, de la marche.

Myriam Kamionka : Elle a testé notre rythme intérieur.

Laura : Quel est le rôle qui vous a le plus marqué dans vos carrières ?

Myriam Kamionka : Un solo que j’avais travaillé pour moi en privé. La mort du cygne. J’ai pu le redanser dans la soirée de Boris Charmatz, dans les espaces publics. Et ça a été le même plaisir. Pour un solo, on a tellement de liberté en tant qu’interprète. J’ai pu me sentir interprète et presque chorégraphe parce qu’on a tellement de liberté de mouvement. Dans le cas de 20 danseurs pour le XXe siècle, le rapport avec le public était aussi une expérience forte, de voir la réaction du public. Je n’imaginais pas qu’il serait touché de me voir aussi proche et de ressentir des choses complètement différentes de ce qu'ils ressentent quand ils sont dans la salle. Ils sont venus spontanément me parler. Ils étaient très émus. Et nous aussi. On est plus proche des gens, on partage plus intimement ce qu’on vit.

Vincent Chaillet : Il y en a tellement que si je commence à en parler, je vais être frustré. Oui, il y a des rôles qui m’ont marqué mais… Aujourd’hui, j’ai plus envie d’aller vers des rencontres humaines et le partage, plus que des rôles.

Nicolas Paul : Au-delà des rôles, il y a aussi les rencontres avec les œuvres. Dans les pièces de Anne Teresa De Keersmaeker, il n’y a pas de rôle, mais on est très heureux de le faire. "Le Sacre" de Pina Bausch est une oeuvre extraordinaire, une expérience extraordinaire.

Vincent Chaillet : Avec Maguy Marin également, on est 8 danseurs sur scène, il n’y a pas un soliste plus qu’un autre. Ce sont de vraies pièces de groupe et on est très heureux de défendre ça en tant que groupe.

© Laurent Philippe / OnP

Ce live-chat est maintenant terminé, merci à tous d'avoir participé !
Les gagnants du concours seront avertis très prochainement par mail.  

Votre lecture: Live-chat