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Rencontres

Les danseurs à l’assaut des Indes

Entretien avec les danseurs ayant participé à l’aventure des Indes galantes — Par Simon Hatab et Coline Delreux

Avec les Indes galantes mis en scène par Clément Cogitore et chorégraphié par Bintou Dembélé, la danse urbaine fait son apparition sur la scène de l’Opéra Bastille. Mélange de krump, de voguing, de popping ou d’électro, la chorégraphie des Indes galantes fait appel à vingt-neuf danseurs maîtrisant à la perfection ces différents langages. À cette occasion, Octave est parti à la rencontre de ces danseurs aux parcours hétéroclites.


Timothée Andriamanantena aka Tim et Mariana Benenge Lourenco Cardoso
Timothée Andriamanantena aka Tim et Mariana Benenge Lourenco Cardoso © Eléna Bauer / OnP

Timothée Andriamanantena aka Tim

Multiple champion du monde de Bboying avec les Vagabonds Crew, il intègre les Flying Steps (Berlin) pour une tournée internationale avec un spectacle mêlant le Hip Hop et la musique de Bach. Il est également musicien/producteur. (Entretien à venir)

Mariana Benenge Lourenco Cardoso

Elle découvre la danse à Kinshasa (Congo) avant de se former à la Flow Dance Academy Paris. Danseuse polyvalente, elle se spécialise dans le Waacking et le Hip Hop. Elle participe à des performances (Who Next, Festival Art Press Yourself, Musée du Quai Branly, Fondation Cartier…). Elle est également chanteuse, interprète et créatrice de mode. (Entretien à venir)

Wilfried Ble aka Wolf et Aston Bonaparte
Wilfried Ble aka Wolf et Aston Bonaparte © Eléna Bauer / OnP

Wilfried Ble aka Wolf

Tout le monde m’appelle Wolf, je touche un peu à tout mais je suis spécialisé dans le Krump. J’ai commencé la danse à 14 ans dans les galeries du centre commercial de la Défense. Tous les danseurs parisiens connaissent, ça s’appelle la Coupole. C’est un lieu où les danseurs se réunissent, quel que soit leur style. J’ai commencé par le Krump. En apprenant les schémas de mon corps, j’ai pu m’investir dans d’autres danses. J’ai intégré un groupe où je fais de la House Dance, du Hip-Hop et un peu de Pop. Mais je me définis surtout par le Krump et la danse afro. J’avais participé à la 3e Scène, c’était une belle expérience, le court-métrage a été très apprécié du public. Suite à ça, on a travaillé sur l’opéra dans son intégralité. Je me suis toujours battu pour faire reconnaître le Krump dans tous les milieux, c’est une danse très jeune qui n’a que vingt-cinq ans. Aujourd’hui, je suis un des plus anciens Krumper français. Il n’y a pas de profil type pour cette danse. Si tout le monde peut danser, tout le monde peut Krumper. Pour moi l’idée de Krumper à Bastille, c’est avant tout l’occasion d’enrichir le monde de la danse, tout en enrichissant le monde de l’opéra. Cette expérience m’a permis de construire en parallèle un véritable projet. Aujourd’hui, je sais que je vais ouvrir ma propre structure pour permettre à tous les jeunes danseurs de découvrir le Krump.

Aston Bonaparte

Je viens de Guyane, je suis venu à Paris pour intégrer l’école de Hip-Hop Kim Kan, puis j’ai poursuivi mes études dans une école de jazz-contemporain. J’ai commencé la danse par le Krump en Guyane et progressivement, je me suis identifié dans le Popping. Cette danse se caractérise par un principe de contraction et de décontraction des muscles en rythme. Je suis arrivé à l’audition des Indes galantes, sans vraiment savoir dans quoi j’embarquais. Pendant un an, nous nous sommes préparés à tout ce qu’on allait vivre. Aujourd’hui, je ne sais pas encore quelles seront les retombées de cette aventure. Je sais que les consciences commencent à s’ouvrir, on a avant tout cherché à bouleverser les habitudes. Travailler avec un metteur en scène et une chorégraphe, c’est tout à fait différent de ce que nous avons l’habitude de faire. Avec quelqu’un comme Clément, il n’y a pas de mouvements hasardeux, on cherche le beau plus que l’organique, il voit les choses comme des tableaux. Comme le Popping se base sur un principe de contractions sur des images, on tente de créer un « diaporama d’images » on est à mi-chemin entre la fluidité et les choses arrêtées. Cette spécificité de la danse m’a permis de comprendre son travail.  

Guillaume Chan Ton et Isabelle Clarençon aka Mab’ish
Guillaume Chan Ton et Isabelle Clarençon aka Mab’ish © Eléna Bauer / OnP

Guillaume Chan Ton

Danseur interprète pluridisciplinaire issu de la culture Hip Hop, il collabore avec Marie-Claude Pietragalla (Marco Polo, Conditions humaines), Anthony Egéa (Triptyque), Fouad Boussouf (Transe), Bouba Landrille (Casse-Noisette), Valérie Rivière (Game Over), Mourad Merzouki (Boxe boxe)... (Entretien à venir)

Isabelle Clarençon aka Mab’ish

Je suis danseuse de Hip-Hop contemporain. J’ai suivi une formation classique à Grenoble. Passionnée de Hip-Hop, je me suis tournée vers cette danse qui me correspond tant sur le plan musical qu’en terme de mouvements. En arrivant à Paris, je souhaitais développer la House Dance et le Hip-Hop Freestyle. À Paris, j’ai fait beaucoup de projets solos, plus tard j’ai intégré différentes compagnies. Passionnée de musique, je suis devenue, en parallèle de ma carrière de danseuse, DJ et je joue régulièrement dans des clubs parisiens. Mon futur projet : mêler danse et DJ. Pour moi l’opéra était un rêve d’enfant, travailler avec de la musique en live, c’est très différent de ce que nous avons l’habitude de faire. Dans le cadre de la production des Indes galantes, on a beaucoup travaillé sur la musicalité des paroles. La musique baroque possède un phrasé spécifique, c’était intéressant de faire un travail chorégraphique qui vise à donner un sens aux paroles par le corps. Bintou a une vision très engagée sur le propos des « Indes ». Clément quant à lui, a une vision très cinématographique. Ce qu’il nous montrait en amont est finalement assez proche du résultat final de l’opéra. C’est un artiste qui est dans la subtilité et dans la retenue, parfois, on voulait donner plus, mais avec Clément on est dans un autre univers. 

Lorenzo Da Silva Dasse aka Yoda et Ablaye Diop
Lorenzo Da Silva Dasse aka Yoda et Ablaye Diop © Eléna Bauer / OnP

Lorenzo Da Silva Dasse aka Yoda

Je danse de manière professionnelle depuis que j’ai 15 ans. La danse chez moi est une histoire de famille. J’ai une formation Hip-Hop, Modern Jazz, et je fais aussi beaucoup d’électro. Je n’ai pas vraiment de style à proprement parler. Aujourd’hui dans mon style, il y a un petit peu de tout. Je me suis tourné vers le classique sans trop de craintes en intégrant l’École-atelier Rudra-Béjart en Suisse. À mon retour de Suisse, je me suis lancé à nouveau dans l’électro. J’aime l’idée de pouvoir faire plusieurs danses, Béjart disait : « La danse est une ». Il y a un seul corps qui danse, à partir de cela, toutes les danses sont possibles. Danser à l’Opéra c’était un rêve. En convoquant des Krumper, des Vogueurs des Wakers à franchir les portes de l’Opéra, l’appel de Bintou pour le casting des Indes galantes était une bouteille à la mer dans le monde des danseurs parisiens. Je me suis dit : « Mais c’est quoi ça ? C’est l’Opéra qui nous veut ? Ok ! Il y une ouverture, il y a quelque chose qui peut changer ! »

C’est assez intéressant, je viens du milieu électro et classique et c’est l’électro qui me fait entrer à l’Opéra. Travailler avec une chorégraphe comme Bintou, c’est très plaisant, c’est une pionnière dans le milieu du Hip-Hop. Quand une figure comme elle vous ouvre les portes de l’Opéra, c’est intéressant de voir ce qu’elle a à dire. Clément, c’est un plasticien, avec son court métrage pour la 3e Scène, il a filmé une session de Krump. Une session de Krump, c’est toujours comme ça, il n’y a rien de nouveau. Il a ouvert une porte. Il a eu l’idée de montrer le Krump sur de la musique baroque, de rajouter des percussions, je le trouve très malin et très moderne. Ici à Bastille, on est dans un bâtiment moderne, et je trouve intéressant de conserver cette jeunesse par l’ouverture.

Ablaye Diop

Je suis issu de la culture Électro mais, pour moi, ce n’est pas une étiquette exclusive. Ma danse se nourrit de nombreuses autres influences : notamment de musiques de films - je suis fan de Hans Zimmer - de percussions et plus généralement des gens que je côtoie au quotidien.

Parmi toutes les danses urbaines, l’Électro est la plus jeune et l’une des seules à être nées en France, dans les clubs parisiens. C’était en 2006. Le mouvement est immédiatement devenu viral, propagé par Youtube qui est né la même année. Ça a fait l’effet d’une bombe : les médias s’en sont emparé en la rebaptisant à tort Tectonic, confondant la danse avec ce qui était en réalité le nom d’une marque organisant des soirées au Metropolis de Rungis et commercialisant des goodies.

Lorsque les médias braquent leurs projecteurs sur une contre-culture, c’est toujours à double tranchant, parce qu’en même temps qu’ils la surmédiatisent, ils la transforment en un phénomène de mode éphémère et superficiel, en un produit de consommation jetable. C’est ce qui s’est passé : ils ont piétiné l’Électro et, quand les gens s’en sont lassés, l’ont jetée.

On a été quelques-uns à continuer à danser dans l’ombre et à faire évoluer le mouvement, notamment à travers les cyphers qui nous donnaient l’occasion de nous exprimer. Aujourd’hui on revient sur le devant de la scène avec une vraie danse, complète et complexe.

Et les gens disent :

- C’est quoi cette danse de folie ?

- C’est celle que tu as balancée à la poubelle.

Magali Duclos et Ingrid Estarque
Magali Duclos et Ingrid Estarque © Eléna Bauer / OnP

Magali Duclos

Titulaire d'un diplôme d'état en danse contemporaine, danseuse, chorégraphe, elle collabore avec Nathalie Pernette, Denis Plassard, Mourad Merzouki… Elle est également formée à l’art du clown et au yoga par son père. (Entretien à venir)

Ingrid Estarque

En plus d'être interprète formée aux danses Hip-Hop et contemporaine, je développe aujourd'hui mes propres chorégraphies. Ce désir de création est né au fil de mes collaborations avec d'autres chorégraphes. Parfois, je me disais : "Tiens, je le ferais plutôt comme ça..." Plus le temps passait et plus j'avais envie de défendre ma propre vision des choses.

En tant que chorégraphe, je travaille beaucoup sur les matières et les espaces, c'est-à-dire que je me demande par exemple si le mouvement que je recherche doit être plutôt saccadé, arrondi, ample... Je m'intéresse à des sujets viscéraux : c'est la raison pour laquelle je suis moins sur les comptes mais plutôt sur une écoute commune, sur l'organicité, sur les sensations et les émotions. J'essaie de n'être ni trop narrative ni trop abstraite. J'aime laisser au spectateur un large espace dans lequel il peut se projeter et réfléchir par lui-même.

Mes sujets de prédilection ? Je dirais : la frontière entre le réel et l’irréel, entre le conscient et l'inconscient, entre la vie et le rêve... Tout ce qui influence directement nos rapports aux autres et à nous-mêmes. Je collabore également avec le collectif Magie Nouvelle. Pour moi, un artiste est magique dans la mesure où il fait le lien entre l’invisible et le visible.

Marion Gallet et Nadia Gabrieli Kalati aka Nadéeya
Marion Gallet et Nadia Gabrieli Kalati aka Nadéeya © Eléna Bauer / OnP

Marion Gallet

Il y a un an, je me suis blessée aux genoux. À l’époque, je faisais beaucoup de “commercial” - de la télévision, des clips, des tournées, des pubs… Le genre de plans où l’on te choisit parce que tu as les cheveux longs, que tu as la bonne taille ou le bon sourire, que tu rentres dans une case... Pas facile pour raconter une histoire… (Rires.)

C’est à ce moment que j’ai vu passer l’annonce pour l’audition des Indes galantes. En guise de présentation, Bintou a commencé le casting en demandant à tout le monde de freestyler. Je suis allée la voir et lui ai dit que je ne pourrais pas danser au sol parce que je venais de me faire opérer et que c’était encore fragile. Elle m’a répondu que ce n’était pas pour ça qu’elle m’avait choisie. Dans sa réponse, j’ai entendu : “Je te fais confiance.” C’est la première fois que je travaille sur un projet avec autant de sens, de force.

Oui, aujourd’hui, en répétition, j’ai marché à quatre pattes sur le dos. (Rires.) L’idée m’est venue quand on nous a demandé d’associer des images au mot insurrection. Ingrid a dit qu’il y avait quelque chose qui devait sortir d’elle. Féroz a évoqué la répression, les manifestants que l’on fait s’agenouiller, les mains derrière le dos. Moi, j’ai pensé : “Les morts n’ont pas de voix.” Alors j’ai eu envie de me réveiller, de sortir de cet état de mort quotidienne. Si je devais donner un nom à ce mouvement ? Je ne sais pas... L’Exorciste ?

Nadia Gabrieli Kalati aka Nadéeya

Je suis italo-camerounaise et j’habite à Paris depuis dix ans. Je suis danseuse interprète, chorégraphe, professeur de danse. J’ai commencé par les danses traditionnelles du Cameroun et j’ai découvert la culture hip-hop en arrivant en France à la MJC de Sartrouville. J’ai ainsi mis le pied dans chaque style avant de me spécialiser dans le House Dance et dans la danse afro. Quand on commence avec une esthétique, on souhaite toujours découvrir d’autres styles pour approfondir sa gestuelle.

J’ai participé au court métrage pour la 3e Scène il y a 3 ans avec Clément et Bintou un petit peu par hasard. Bintou m’a rappelée pour la production dans la grande salle de Bastille. Elle avait envie que je fasse partie de l’équipe. Le travail avec des personnes comme Bintou et Clément m’a fait comprendre la différence entre être danseuse freestyle et danseuse interprète. Mes créations précédentes étaient faites autour de moi, c’était ma gestuelle qui primait. Dans Les Indes galantes, notre corps est complètement au service du metteur en scène. La vision de Clément, qui vient du cinéma, m’a appris qu’il y avait une autre dimension dans le fait d’être danseur. Avant, je ne connaissais pas la musique baroque, mais elle ne m’était pas étrangère. Quand la musique prend sens en toi, tu laisses le mouvement se faire, c’est la musique qui te guide.

Cintia Golitin et Adrien Goulinet
Cintia Golitin et Adrien Goulinet © Eléna Bauer / OnP

Cintia Golitin

Je suis née au Brésil puis j’ai déménagé en Guyane quand j’avais 8 ans. C’est là-bas que j’ai vraiment touché à la danse. Petite, je baignais dans des rythmes très diversifiés et j'aimais déjà faire mes propres chorégraphies. Dès que des gens dansaient, je voulais en être. En primaire, j’ai créé mon premier spectacle sur la musique de Titanic. (Rires.)

En Guyane, j’ai rencontré au même moment Bintou Dembélé qui donnait une série de workshops à Saint-Laurent et Norma Claire qui intervenait à Cayenne. Puis, à l’occasion d’un appel à projet - Danser la ville - je me suis intéressée au Popping, dont la grande technicité m’a attirée. J’ai commencé par le Break parce que j’avais un vrai amour du sol qui me venait de la capoeira.

Je suis allé à New York - une sorte de voyage initiatique. J’y ai rencontré des pionniers du Hip hop comme Jazzy Jay, Ken Swift ...Le rêve américain : on posait un lino dans un parc et l’on commençait à danser. C’était très inspirant.

J’ai été totalement conquise par le Popping en voyant sur Youtube une vidéo de Damon et Salah danser contre Claire et Magalie - qui figure également au cast des “Indes”. La gestuelle de Magalie m’a touchée. J’ai découvert un vocabulaire que je ne connaissais pas. J’ai compris que je pouvais m’approprier la technique, créer mes propres rythmes.

À l’époque, j’étais étudiante à Paris et j’ai été happée par la danse. J'ai fait de mon corps un melting-pot de toutes les influences, les cultures et rythmes que j’avais traversés du Brésil à la Guyane. J’ai participé à mes premiers projets professionnels, dont Z.H (Zoo Humain) avec Bintou Dembélé, dont je suis l’assistante à la chorégraphie sur Les Indes galantes. C’était en 2011.

Oui, ce matin, on a répété une scène de la Nouvelle Entrée sur Blow de Beyoncé. Depuis que je sais que je participe au projet, je passe ma vie à écouter Rameau - dans le RER, en marchant dans la rue ou en rangeant mon appartement. Je connais cette musique par cœur. Mais pour construire la chorégraphie, on ne doit pas être trop assujettie à la musique. Il faut conserver une distance qui nous permet de faire des propositions fortes. Pour construire la scène où Zima fait face à Damon et Alvar, j’ai eu besoin de passer par autre chose, par un autre univers, par une musique qui permettrait d’ouvrir de nouvelles possibilités, d’importer un autre imaginaire et de voir si cet imaginaire pouvait dialoguer avec Rameau, de trouver la légèreté et le contraste que demande cette scène. J’ai cherché une musique qui aurait le même tempo et j’ai trouvé Beyoncé.

Adrien Goulinet

Je suis danseur depuis une vingtaine d'années. J'ai découvert la danse Hip-Hop au lycée et depuis, je n'ai jamais arrêté. Après être passé par l'Université - un cursus STAPS - je me suis professionnalisé en faisant de belles rencontres, notamment Landrille “Bouba” Tchouda, Olivier Lefrançois, Josette Baiz (avec qui je me suis formé en classique et en contemporain), Nasser Martin Gousset, Robyn Orlin, Marie Claude Pietragalla, Kader Attou... Depuis l’été dernier, je suis titulaire du DE “contemporain”.

J'ai commencé par le B-Boying (ou Break) qui correspond aux mouvements au sol. Mais comme je suis curieux, je me suis toujours intéressé aux autres styles, que ce soit la danse Hip-Hop ou les autres danses en général. Je développe un style la House Dance en danse de club et de Hip-Hop Freestyle.

Ce que j'attends de ce projet ? Qu’il fasse bouger les lignes. Ce n’est pas la première fois que le baroque rencontre le Hip-Hop. Peut-être est-ce juste le prestige du lieu qui change la donne. Pour moi, il est logique que le Hip-Hop prenne la scène de l’Opéra Bastille. C’est dans la suite des choses.

Calvin Hunt aka Cal et Edwin Saco aka Jamsy
Calvin Hunt aka Cal et Edwin Saco aka Jamsy © Eléna Bauer / OnP

Calvin Hunt aka Cal

Je m’appelle Cal, je viens de Brooklyn, je suis venu spécialement à Paris pour la production des Indes galantes. Avant Les Indes galantes, j’ai dansé dans une troupe The Dream Ring, ensemble nous nous sommes produits sur les scènes du monde entier. Cette expérience à Paris m’a permis de danser pour la première fois dans un opéra.

J’ai été contacté par Bintou pour intégrer la production. Quand j’ai reçu son mail, j’ai été immédiatement touché par l’histoire de l’œuvre et par sa vision chorégraphique. Quand on vient de Brooklyn et que l’on a l’habitude de la danse urbaine, ce n’est pas chose courante de danser avec un « véritable » orchestre. J’avais envie d’expérimenter cet aspect. Dans le spectacle, je danse en duo avec Sabine Devieilhe, c’est très intéressant pour moi de mener un travail avec une artiste lyrique. Cette expérience m’a permis de découvrir à quel point la danse pouvait être un langage universel. Le travail avec Bintou et Clément a été très enrichissant. Bintou a une vision authentique et forte de la danse. Clément, m’a permis de développer une vision plus cinématographique en voyant la production sous un angle différent. 

Edwin Saco aka Jamsy

Je m’appelle Jamsy, j’ai 28 ans et je suis danseur de Krump. Je pratique cette danse depuis dix ans, c’est ma danse de prédilection. Je voyage à l’étranger pour des stages et participe à différentes productions. Outre le court métrage de la 3e Scène avec Clément et Bintou, j’ai eu la chance de danser dans le film Les Chatouilles réalisé par Andréa Bescond et Eric Métayer qui a été récompensé deux fois aux Césars en 2018.

Quand Bintou m’a proposé de danser dans Les Indes galantes pour une production de 3h40, j’ai tout de suite accepté. J’avais confiance en mon metteur en scène et ma chorégraphe. Clément et Bintou portent une vision très moderne de l’opéra, cette vision a été pour moi le moyen de m’ouvrir encore plus artistiquement. S’il semble exister une frontière entre l’opéra et le monde underground, ce sont pourtant deux univers très proches sur le plan artistique. L’opéra a été une découverte en soi. Aujourd’hui, ça me permet d’élargir mon répertoire. Le travail avec un metteur en scène sur un spectacle vivant est une nouvelle expérience. C’est inspirant d’entrer dans un monde que l’on ne connaît pas. Grâce au metteur en scène et au chorégraphe, on arrive à intégrer progressivement ce monde en lui donnant sens. 

Moïse Kitoko Saday aka Kitoko et Guillaume Legras aka Gyomecore
Moïse Kitoko Saday aka Kitoko et Guillaume Legras aka Gyomecore © Eléna Bauer / OnP

Moïse Kitoko Saday aka Kitoko

Je m’appelle Moïse Kitoko, je suis danseur de Hip-Hop. Je pratique principalement le Hip-Hop Freestyle mais je me construis de toutes les danses qui m’entourent. J’ai commencé sérieusement la danse au lycée, depuis je ne me suis jamais arrêté. En 2017, mon professeur m’a dit qu’il y aurait des auditions pour un projet à l’Opéra. Je me suis préparé pendant plusieurs mois, car je n’avais pas l’habitude de faire des castings, j’avais envie de m’investir sur ce projet. En arrivant à la dernière phase des auditions, j’ai vu les quarante danseurs présents et je me suis dit « Ça va être chaud aujourd’hui ! »

Je débute ma carrière, donc l’aventure des Indes galantes est arrivée au bon moment. C’est en sortant de l’audition, que j’ai compris que la danse allait véritablement devenir mon métier. Le plus marquant dans mon travail avec Bintou et Clément, c’est de voir tout ce qu’ils mettent en place pour réaliser une idée. Depuis peu, j’arrive à comprendre les intentions de Clément, pendant les répétitions, je comprenais tout ce qu’il me disait mais je n’arrivais pas à comprendre ce qu’il souhaitait voir. Il y a un mois, tout a pris sens, je me suis dit qu’il ne fallait plus comprendre, mais surtout ressentir. Un jour, nous avons fait notre première répétition avec les artistes des Chœurs. On a dansé, ils se sont mis à chanter. J’ai ouvert les yeux et je me suis dit : « Waouh, mais qu’est-ce qui se passe ? » J’ai ressenti un frisson dans tout mon corps, c’était magique. 

Guillaume Legras aka Gyomecore

Je m’appelle Guillaume Legras, mon surnom c’est Gyomecore. Je suis un Bboy. Je fais du Breakdance, c’est une danse acrobatique qui se pratique au sol. J’ai commencé dans les années 90 en découvrant cette danse à la télévision. À l’époque, il n’y avait pas de cours, j’ai appris de manière autodidacte en m’entraînant dans un centre commercial. J’ai fait mon premier tour sur la tête en 94. Après des débuts en trio ou en duo, j’ai enchaîné 10 ans de carrière en m’investissant sur des créations. Aujourd’hui, je trouve ça assez symbolique d’être sur la scène de l’Opéra. Ça fait partie de mon combat : être présent là où l’on ne nous attend pas. J’ai intégré la production des Indes galantes, car Bintou souhaitait dans son équipe un Bboy qui sache tourner sur la tête. Comme c’est ma spécialité, je me suis dit pourquoi pas rejoindre l’aventure. Pour moi la musique baroque n’est pas forcément une nouveauté, quand je travaille sur une création, je suis sur une accumulation de savoir-faire et de compétences au service d’une esthétique. Il y a beaucoup de moments marquants dans cette production. Sur l’air des Sauvages par exemple, on monte en intensité et on termine le poing levé. Quand les artistes des Chœurs arrivent pour se joindre à nous, c’est fort, c’est intense, c’est l’alchimie qui se crée. Quand on salue le public à la fin du spectacle, je me dis que tous ensemble, on a fait une proposition, elle peut plaire, elle peut déplaire, mais c’est juste et elle illustre notre conception du monde d’aujourd’hui. 

Vincent Loboko aka Vinii Revlon et Léo Lorenzo aka The Arrow
Vincent Loboko aka Vinii Revlon et Léo Lorenzo aka The Arrow © Eléna Bauer / OnP

Vincent Loboko aka Vinii Revlon

J’ai 27 ans, je suis d’origine congolaise. Je suis bercé par la musique et la danse depuis ma naissance. D’ailleurs, je pense que je dansais avant de savoir marcher. J’ai commencé par la danse africaine et le Hip-Hop, le Voguing est arrivé bien après. J’ai découvert cette danse en 2011 à la télévision, au début je n’aimais pas. Je trouvais ça trop coloré. Mais, plus je regardais, plus je me disais que cette danse était différente. C’est avant tout une véritable culture. Finalement, je suis devenu la première légende de Voguing en Europe. L’aventure à l’Opéra a été l’occasion de découvrir différents univers. J’ai découvert le Krump sur Les Indes galantes. C’était très riche de travailler avec des danseurs qui s’accomplissent dans un autre style. Même si nos gestes sont différents, ensemble nous partageons une langue commune. J’avais déjà vogué sur de la musique baroque, c’est pour cela que j’ai passé les auditions. Pendant les auditions, Bintou m’a demandé de voguer au milieu des autres danseurs, je me suis dit : « C’est du voguing que tu veux à l’Opéra ? Ok. Je vais t’en donner ». (Rires.) Sur le plan professionnel, cette expérience m’a permis d’approfondir ma pratique de la danse en puisant dans les différentes énergies. J’ai pu enrichir les autres de ma culture, et inversement. Travailler avec un metteur en scène et une chorégraphe, c’est très intéressant. Ce sont deux mondes qui se complètent, deux mondes qui nous invitent dans un lieu qui n’a pas l’habitude de nous recevoir. C’était un grand challenge.

Léo Lorenzo aka The Arrow

Formé dans les écoles Juste Debout School, Jigsaw Fam avec Anthony « Jigsaw » Ahanda et Ghôst Flow, il affirme son style Krump dans les compagnies Michel « Meech » Onomo et Dife Kako de Chantal Loial. (Entretien à venir)  

Martine Mbock aka Tine et Alexandre Moreau aka Cyborg
Martine Mbock aka Tine et Alexandre Moreau aka Cyborg © Eléna Bauer / OnP

Martine Mbock aka Tine

Je m’appelle Martine mais tout le monde m’appelle Tine. Mon style, c’est le Funk Style, qui regroupe le Popping et le Waacking, deux danses nées dans les années 60-70. Le Popping est originaire de la côte ouest des Etats-Unis. Il a été popularisé par des groupes tels que les Electric Boogaloos. Le Waacking est né de la culture disco, des boîtes gays et lesbiennes, de l’émission Soul Train.

J’ai passé l’audition pour Les Indes galantes sur le nom de Bintou Dembélé. J’avais envie d’avoir une expérience en compagnie, de travailler avec des danseurs auxquels je serais liée, avec lesquels je partagerais un même combat, une même envie d’exister.

Je n’avais jamais écouté de musique baroque, sauf par inadvertance. Quand j’ai commencé à danser sur Rameau, c’était comme danser sur du silence. Depuis, je construis mon écoute de cette musique en tissant des liens avec ce que je connais, notamment avec la musique hip hop que j’ai beaucoup analysée. Je m’approprie peu à peu les instruments.

Lors de la première répétition, j’ai senti une ambiance différente de celles que j’avais connues en battle ou en cypher. Bintou nous a fait mettre en cercle et chacun s’est présenté à tour de rôle, en dansant, comme une longue phrase qui ne s’arrêterait plus. Je pense que cette phrase continuera jusqu’au spectacle et au-delà.

Alexandre Moreau aka Cyborg

Il pratique d’abord le Hip Hop. Il découvre dans le film Steppin’ le Krump, qu’il pratique ensuite avec Wolf, Tight Eyez (créateur du Krump)… Il participe à des Battles et remporte des compétitions internationales, notamment le KOB Germany qui le qualifie pour une finale au Japon. Il participe au film Climax de Gaspard Noé et au court-métrage Buck d’Anne Cissé. (Entretien à venir)

Salomon Mpondo-Dicka aka Bidjé De Rosa et Sacha Negrevergne
Salomon Mpondo-Dicka aka Bidjé De Rosa et Sacha Negrevergne © Eléna Bauer / OnP

Salomon Mpondo-Dicka aka Bidjé De Rosa

Mon nom de scène c’est Bidjé De Rosa. J’ai commencé le Hip-Hop par le côté Old-School, puis, j’ai fait du Hip-Hop New Style, du Krump et de la danse classique. J’ai intégré une formation Hip-Hop à l’École Kim Kan, c’est une école où l’on retrouve tous les styles de Hip-Hop. Tout peut m’inspirer donc je touche à tout. Je ne me qualifie pas de danseur ceci ou cela, je suis juste un danseur. Quand j’ai lu l’annonce du casting, je me suis dit : « Ok, c’est pour moi ! » Lors de l’audition, ils ne cherchaient pas un style en particulier, mais une personnalité, je suis venu et je me suis dit, je veux être dans ce projet. Ce que je retiendrai de cette production, c’est avant tout les rencontres : que ce soit avec les danseurs, ou avec les différents corps de métiers présents à l’Opéra. En rencontrant des danseurs d’horizons différents, on a accès à de nouvelles manières de penser, de réfléchir, de bouger. La rencontre avec les équipes de l’Opéra nous a nourris, ça m’a donné de nouvelles aspirations. Chaque projet change notre manière de danser, c’est indéniable. La vision de Clément Cogitore sur Les Indes galantes est très photographique. Dans tout spectacle vivant, il y a une histoire de photographie. Si tu ne comprends pas ça, tu manques la mise en œuvre du récit. Si je devais retenir un moment fort dans la production c’est peut-être le moment où l‘on découvre pour la première fois le plateau avec les décors, les costumes, les chanteurs…. Ça, c’est une sensation que je souhaite à tout le monde de vivre !

Sacha Negrevergne

Spécialisée en Popping, elle travaille avec les compagnies Farid’o, Massala et Par Terre. Egalement reconnue pour ses performances dans les Battles internationaux, elle crée en 2012 le collectif Bandidas avec Cintia Golitin, Rebecca Rhény et Farrah Elmaskini. (Entretien à venir)

Michel Onomo aka Meech et Giselle Palmer aka Giselle Palmer Revlon
Michel Onomo aka Meech et Giselle Palmer aka Giselle Palmer Revlon © Eléna Bauer / OnP

Michel Onomo aka Meech

Je fais partie des danseurs qui ont eu la chance de traverser toutes les époques. J'ai été influencé par le Smurf, l'émission H.I.P H.O.P animée par Sidney, la Hype fin 80-début 90, le Bboying, la House, le Krump... J'ai même fait du Hoofin (claquettes). J'ai écrit et réalisé le documentaire Des Racines et des Fruits, qui retrace l'une des histoires de la danse Hip-Hop en France en donnant la parole à ceux qui en ont été des pionniers. Ma famille étant originaire du Cameroun, les danses africaines - du Bénin, de la Côte d'Ivoire... - m'ont aussi beaucoup aidé à libérer mon vocabulaire chorégraphique. Je suis spécialiste de ce que j'appelle les "Danses de la Renaissance", ces danses Hip-Hop apparues dans le sillage du renouveau musical des années 2000. Mon style, le "Ghôst Flow", c'est un peu tout ça, c'est le mélange de toutes ces influences qui affirment d'où je viens et qui je suis. Mon terrain d'exploration et d'expérimentation s'est formé dans les Battles et sur le plateau. Les premiers parce qu'ils m'aident à épurer mon style en le confrontant à différents espaces, le second parce qu'il me permet - en tant qu'interprète-créateur - de développer ce que j'appelle un "espace d'intériorité" où dialoguent et se concilient mes influences. Actuellement, avec ma compagnie Michel ONOMO (www.ciemichelonomo.com), je prépare un diptyque formé d'un court-métrage et d'une création scénique - HÔP - sur la résonance des violences policières : comment ces événements politiques génèrent de nouvelles formes que j'essaie d'importer sur le plateau.

Giselle Palmer aka Giselle Palmer Revlon

J’ai 25 ans, j’habite en banlieue parisienne, je fais du Voguing depuis 2013, avant je faisais du Hip-Hop et de la New Style. Je danse depuis que je suis toute petite, j’ai commencé la danse en imitant les danseurs dans des clips et en dansant devant « Un, dos, tres ». Rapidement, j’ai pris des cours de danse dans mon quartier, puis je me suis ouverte au Street Jazz, un dérivé du Hip-Hop. Je me suis retrouvée sur ce projet par curiosité. J’avais quelques préjugés sur l’Opéra. Je suis très coquette, je pensais être « too much » pour eux, mais à ma grande surprise, Bintou était à la recherche de véritables personnages. Elle cherchait à convoquer plusieurs mondes, plusieurs danses, plusieurs univers, plusieurs horizons. Quand j’ai compris le message des Indes galantes, je me suis dit qu’en dansant je pouvais créer un véritable impact. Dans la danse, il n’y a pas de secret : il faut de la persévérance, du bon vivre, et de l’ouverture d’esprit. Sur Les Indes galantes, on est sur une expérience très humaine, on rencontre des personnalités très différentes et ensemble, on apprend beaucoup. On apprend de la culture des autres. Travailler avec quelqu’un comme Bintou, c’est un travail d’énergie, c’est un travail que je n’avais jamais fait auparavant. Un passage me touche énormément, dans le troisième acte, on est dans des cabines pendant le solo de Jodie, et à chaque fois, c’est beaucoup d’émotions, j’ai envie de pleurer. 

Juliana Roumbedakis aka Juliana Kis et Jihène Slimani aka Jn Grey
Juliana Roumbedakis aka Juliana Kis et Jihène Slimani aka Jn Grey © Eléna Bauer / OnP

Juliana Roumbedakis aka Juliana Kis

Je m‘appelle Juliane, je viens du Brésil, je fais de la danse depuis que je suis petite. Je suis danseuse, metteuse en scène et chorégraphe. J’ai commencé la danse avec le Hip-Hop, mais j’ai aussi fait de la danse contemporaine. Mon esthétique réside dans ce mélange entre danse contemporaine et Hip-Hop. Cette production a été l’occasion de m’ouvrir à différentes cultures, tout en montrant le Hip-Hop sur une scène qui n’a pas l’habitude d’en recevoir. C’est très plaisant de s’investir sur une production comme Les Indes galantes, car la mise en scène de Clément et la chorégraphie de Bintou permettent de déconstruire les stéréotypes que l’on peut avoir sur notre danse. Apporter le Hip-Hop sur la scène de l’Opéra Bastille permet d’être dans l’ouverture et non pas dans la restriction. Cette danse est pour tout le monde, il est donc important de la montrer à un maximum d’individus. Ce projet correspond en tout point à mes convictions, il montre que la danse est un tout. On peut avoir des corps différents, des musiques différentes, des langages différents, des idées différentes, des cultures différentes, mais le point commun dans tout cela, c’est la danse. Le mouvement est un langage universel.

Jihène Slimani aka Jn Grey

Je me considère comme une danseuse sans étiquette particulière. Je danse depuis l’âge de 5 ans et ça fait 14/15 ans que je fais du Hip-Hop et de la House Dance. Dans mon parcours artistique, j’ai eu la chance de rencontrer des artistes prestigieux avec lesquels j’ai pu échanger et apprendre. J’ai commencé la danse par le classique et le modern jazz, puis j’ai découvert le Hip-Hop avec le Break. J’aime beaucoup d’autres disciplines comme le Hacking, le Voguing, les danses orientales et latines. Comme la House Dance est une danse dite « de club », on a vraiment dans notre culture l’habitude de danser avec des personnes de cultures et d’influences différentes. J’ai rejoint la production des Indes galantes pour le travail de Bintou. C’est une pionnière dans le milieu hip-hop, j’ai beaucoup de respect pour son travail. Je suis très engagée dans la cause féministe, et pour moi, danser avec une chorégraphe comme elle me parle. Je connaissais le travail de Clément grâce à la 3e Scène, j’aimais son esthétique. La musique baroque ne m’est pas étrangère et je trouve que la force de ce projet est sa pluridisciplinarité. Quand il y a des croisements entre chorégraphie, musique, mise en scène et danse, ça ne peut qu’être intéressant ! Je suis aujourd’hui danseuse, mais j’ai travaillé pendant dix ans dans la communication. Ce travail antérieur m’a aidée à comprendre l’aspect visuel d’un metteur en scène comme Clément. J’aime la vision de Bintou qui, elle, cherche un rattachement au corps avec l’idée de puiser dans son énergie, dans son caractère et dans son vécu. La combinaison des deux visions, m’a permis d’évoluer en faisant une synthèse de leurs directives. Sur cette production, le fait de puiser dans des énergies différentes tout en allant au fond des choses m’a fait énormément progresser. 

Féroz Sahoulamide
Féroz Sahoulamide © Eléna Bauer / OnP

Féroz Sahoulamide

Mon parcours artistique ? On va parler “travail” ? J’ai commencé la danse à Brétigny-sur-Orge. Parmi les grands qui dansaient au-dessus de moi, il y avait Bintou Dembélé. Je les ai vus danser et, du jour au lendemain, j’ai lâché le karaté. Par la suite, j’ai déménagé à Sarcelles où j’ai intégré le cours d’Aziz Aguemon, qui était mon surveillant au lycée. Une metteuse en scène avec laquelle il travaillait cherchait des danseurs pour un spectacle. Elle m’a choisi et c’est ainsi que mon premier spectacle a été une vraie création. J’ai eu envie de poursuivre dans cette voie qui mélangeait danse, mise en scène, dramaturgie, tout en me laissant la possibilité de faire des "show" à côté.

En France, la création en danse Hip-Hop a une histoire unique au monde, parce qu’elle s’est développée sur le terreau de la danse contemporaine qui était très présente. La création française s’est vite distinguée en racontant des histoires, en prenant en charge des dramaturgies complexes. (Je me souviens du premier spectacle dans lequel j’ai dansé, qui parlait des violences quotidiennes). C’est ainsi que qu’elle a acquis une renommée internationale et s’est très bien exportée.

Ayant eu la chance de fréquenter « cette » danse Hip-Hop, je n’ai pour ma part jamais rêvé de danser derrière des artistes américains ni d’aller aux États-Unis (même si j’y ai par la suite travaillé). Je sais que c’est un luxe. On dit parfois qu’il faut rêver grand. Moi, j’ai l’impression d’avoir rêvé juste. Danser dans un théâtre plutôt que dans la rue n’a jamais rien eu d’anormal pour moi. Pas plus que danser à l’Opéra Bastille. Je me sens à ma place, ici comme ailleurs. Tout comme quand je danse sur de la musique baroque - ce que le Hip-Hop fait depuis une vingtaine d’années. On n’est pas un plan de communication marketing. Pour moi, le symbole ne se situe pas là.

Il y a un an, j’ai décidé d’arrêter de danser. Lorsque l’annonce pour Les Indes galantes est parue, j’ai vu passer le nom de Bintou et, du jour au lendemain, j’ai décidé de m’engager à fond dans ce projet. Après, je ne sais pas ce qui se passera. Ce n’est pas grave. La boucle est bouclée. Il est là, le symbole.

Votre lecture: Les danseurs à l’assaut des Indes

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