Coulisses

Les cygnes du « Lac »

Un spectacle, un souvenir — Par Clotilde Vayer

À l’affiche pour les fêtes de fin d’année, sur la scène de l’Opéra Bastille, Le Lac des cygnes de Rudolf Noureev est un ballet féerique. L’histoire célèbre du Prince Siegfried amoureux d’Odette, une jeune femme que Rothbart a transformé en cygne, ne cesse de plaire, aux petits comme aux grands. Plus célèbre encore, le Corps de Ballet incarnant les trente-deux cygnes qui accompagnent Odette subjugue le spectateur. D’une précision fascinante, les danseuses dessinent des lignes géométriques impeccables et adoptent de longues poses majestueuses où, unies dans une cohésion parfaite, elles deviennent presqu’immatérielles. Réglée au cordeau, la chorégraphie relève du défi. Clotilde Vayer, Maître de ballet associée à la Direction de la Danse, nous dévoile le travail de répétition.


« Le Lac » tient une place très importante dans ma carrière. J’ai d’abord dansé la version de Bourmeister dès mon arrivée dans le Corps de ballet de l’Opéra de Paris. Lorsque Noureev a proposé sa version, la majorité du Corps de Ballet était prête à se mettre en grève contre sa décision ! Il a alors eu l’intelligence de dire qu’il programmait les deux versions dans la même saison. Très vite, son « Lac » s’est imposé et est devenu la version emblématique de l’Opéra de Paris. C’est dans cette version que j’ai dansé pour la première fois le rôle d’Odette/Odile. Plus tard, j’ai remonté le ballet en tant qu’assistante-Maître de ballet et c’est à l’issue de cette production qu’Hugues Gall m’a nommée Maître de ballet.

La particularité du Corps de Ballet dans Le Lac des cygnes vient de son homogénéité. Une homogénéité qui ne doit surtout pas être mécanique. Il y a une poésie à trouver dans la ressemblance et l’harmonie. Dans la manière de faire travailler les bras par exemple ou d’attraper la lumière. C’est très difficile d’arriver à être vraiment ensemble, identique à la personne placée devant soi. C’est pourquoi ce ballet est très difficile pour les danseuses. Non seulement elles ont des poses douloureuses mais elles doivent aussi constamment faire attention aux autres pour arriver à être ensemble, à respirer ensemble. Elles tiennent un rôle essentiel, leur présence est cruciale pour la beauté et la magie du spectacle. J’essaye d’accompagner chaque geste d’une intention comme lorsque je travaille avec les solistes. Lorsqu’elles entourent Odette, leur ronde est accompagnée par un sentiment de tendresse et leurs poses doivent toujours être réalisées avec humilité. Selon moi, chaque cygne représente un double d’Odette.
Répétition du Lac des cygnes
Répétition du Lac des cygnes © Svetlana Loboff / OnP

Dans un premier temps, je travaille sur les pas, les lignes géométriques et les symétries qui constituent le squelette de la chorégraphie. Il est indispensable de connaître les pas pour ensuite pouvoir y ajouter la « chair ». L’apprentissage doit se faire très rapidement car nous avons peu de temps de répétition : les places et positions sont convenues au préalable. En arrivant en studio, chaque danseuse connaît déjà sa place et ses différents enchaînements.

Pendant les répétitions, je reprends toutes les versions réalisées du vivant de Rudolf. Sa première version, montée à Vienne, est éclairante et partage des similitudes avec celle créée pour l’Opéra de Paris. Je puise dans les archives, les films surtout, et tente de m’inspirer de sources directes pour reconstruire la chorégraphie et être au plus proche du style Noureev.

Le travail de transmission est double : rester fidèle à la version d’origine tout en l’adaptant aux physiques et personnalités des danseurs. Chaque Maître de ballet propose son Lac des cygnes. Remonter un ballet relève autant de la loyauté à la version d’origine que du choix personnel.    

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