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Les Contes d’Hoffmann : jeux de scènes pour figurants

Rencontre avec Marie-Françoise Sombart, cheffe du service de la Figuration

Les Contes d’Hoffmann : jeux de scènes pour figurants

À l’occasion de la reprise des Contes d’Hoffmann à l’Opéra Bastille (jusqu’au 14 février), Octave est allé à la rencontre de Marie-Françoise Sombart, cheffe du service de la Figuration*. Elle y dévoile les différents aspects de son métier et son travail avec les figurants, qu’elle mène en collaboration avec Gilles Maurige.

En quoi consiste votre métier ?

Je recrute les figurants pour les besoins de la mise en scène - au lyrique-, et m’occupe de leur sélection jusqu’aux états de paye. Je recherche les figurants en fonction des profils demandés, j’organise les auditions et assure tout le volet ressources humaines lié au recrutement (informations administratives, contrats de travail, feuilles de présence…).

Je suis en relation constante avec tous les services concernés, principalement la régie de la scène avec qui je travaille au quotidien - en répétition et lors des spectacles -, mais aussi avec la direction de la production, la direction des costumes, les services perruque-maquillage et habillement, le service de la paye…

Parmi ces recrutements, il y en a un spécifique : celui qui concerne les enfants. Ces dernières saisons, les metteurs en scène les ont beaucoup sollicités. Il est spécifique par son mode de recherche mais aussi par le type de dossier qui doit être déposé auprès d’une commission au cadre législatif très strict.

Pour mener toutes ces missions, je suis assistée de Gilles Maurige, régisseur au Palais Garnier, qui partage son temps avec le service Figuration de Bastille.

La production de Robert Carsen des Contes d’Hoffmann est devenue une œuvre-phare du répertoire de l’Opéra national de Paris. Combien y-a-t-il de figurants ? S’agit-il de ce qu’on appelle une « grosse » production ?  

Les Contes d’Hoffmann a été créé en 2000. Vingt ans déjà !... De mémoire, à la figuration, la plus grosse production a été Guerre et Paix de Francesca Zambello, créée au printemps 2005, avec 90 figurants, danseurs, enfants… Les Contes d’Hoffmann rassemble 54 figurants. C’est tout de même une grosse production en termes d’effectifs. 

Les Contes d’Hoffmann, acte II
Les Contes d’Hoffmann, acte II © Julien Benhamou / OnP

Quelles qualités sont requises pour cette production en particulier ?

Robert Carsen souhaitait beaucoup de « dynamique » avec un important travail de mouvements de groupe. C’est pour cette raison qu’il a demandé à Philippe Giraudeau de « chorégraphier » ces mouvements. Idem pour les artistes des Chœurs. Mais dans ces mouvements de groupe, chacun doit également jouer le ou les rôle(s) qu’il(s) endosse(nt). Dans cette production, pour la figuration seule, il n’y pas moins d’une trentaine de rôles à tenir du début jusqu’à la fin, avec des changements de costumes parfois rapides.

Comment se sont déroulées les auditions pour Les Contes d’Hoffmann ?

Robert Carsen - comme cela arrive parfois - a souhaité refaire une audition en 2010, en raison de la captation télévisée. La distribution existante, les précisions du metteur en scène m’ont permis de comprendre quels profils étaient souhaités : des physiques et des âges diversifiés et des aptitudes à travailler en groupe.

Depuis cette deuxième audition, la distribution a évolué et des changements ont été faits dans l’esprit voulu par la mise en scène. Souvent d’ailleurs, le metteur en scène ne venant pas remonter sa production, c’est en étroite collaboration avec les assistants à la mise en scène que se fait ce travail.

Les Contes d’Hoffmann, épilogue
Les Contes d’Hoffmann, épilogue © Julien Benhamou / OnP

D’où viennent les figurants ? Y a-t-il un « vivier » ? Est-ce que tout le monde peut se présenter ?

Les figurants qui travaillent à l’Opéra national de Paris sont prioritairement des professionnels du monde du spectacle. Ils viennent du théâtre, de la danse ou du cirque. Ils ont suivi une formation qualifiante et diplômante dans leur spécialité (écoles de théâtre, conservatoires, école de cirque…) et sont aussi intermittents du spectacle.

Nous avons un fichier qui s’alimente avec chaque nouvel artiste intégré. En cela, on peut parler de vivier. Nous les sollicitons quand le profil recherché correspond aux besoins de la mise en scène. Mais nous travaillons toujours à intégrer de nouveaux artistes désireux de venir jouer sur une grande scène lyrique. Nous puisons alors dans les CV reçus et diffusons aussi des avis d’auditions dans des structures de formation spécialisées ou relais, comme Pôle Emploi Spectacle, quand nous avons des demandes de profils très spécifiques.

Les auditions sont fermées. Pour des raisons d’organisation d’une part : il y a eu par le passé un essai d’audition ouverte pour laquelle une queue interminable d’artistes s’est formée au 120 rue de Lyon. Tout le monde n’a pas pu être reçu parce que le metteur en scène ne réserve pas sa journée pour ça. Et d’autre part, pour des raisons artistiques. Le metteur en scène demande tels profils et mon rôle est de lui donner à choisir parmi plusieurs personnes relevant du profil demandé. Ce rôle de filtre est nécessaire à la qualité de l’audition.

Le travail du service de la Figuration a-t-il évolué au fil du temps ?

Je ne dirais pas que le travail a évolué. La mission demeure toujours la même : trouver l’artiste dans lequel le metteur en scène projette le rôle qu’il veut développer sur scène. Et permettre à cet artiste de faire ce pour quoi il a été engagé dans les meilleures conditions.

De nouveaux outils informatiques facilitent la pratique, permettant de rassembler les informations sur les artistes embauchés, ainsi la recherche par profil et mensurations. Mais on peut mesurer l’évolution de la figuration sur les créations.

Les demandes des metteurs en scène sont plus exigeantes. Dmitri Tcherniakov, par exemple, a une idée très précise des profils qu’il recherche. Et depuis qu’il met en scène à l’Opéra de Paris, il n’est pas rare d’avoir à organiser pour la même production, plusieurs auditions, jusqu’à qu’il trouve ce qu’il souhaite. Et c’est au final, très satisfaisant de trouver… enfin !

Autre exigence : celle de trouver les artistes qui apporteront un « plus » à la mise en scène, sans savoir ce qui fera ce « plus » ! Ce fut le cas avec Lady Macbeth de Mzensk, mis en scène par Krzysztof Warlikowski la saison dernière. Il souhaitait un numéro de cirque mais sans savoir précisément lequel et avec qui. Il a donc fallu auditionner beaucoup d’artistes circassiens, tout en imaginant la spécialité et les effets qui pouvaient convenir le mieux à la scène du mariage. Et ce sont une artiste pratiquant le hula hoop et un équilibriste sur canne qui ont finalement apporté l’effet tant recherché.

Enfin, d’autres profils de figurants sont apparus. Roméo Castellucci a souhaité travailler sur Moïse et Aaron en 2015 avec des artistes polyhandicapés. Et là, c’est tout un système d’organisation parallèle qu’il faut mettre en place pour les accompagner. Dmitri Tcherniakov a renouvelé la demande la saison dernière pour Les Troyens mais l’autonomie des personnes recrutées, amputées des jambes mais appareillées, a permis d’alléger le dispositif d’encadrement. Dans les deux cas, c’est la recherche qui a été très compliquée et de longue haleine !

Robert Carsen est-il à nouveau intervenu sur cette reprise ?

Non, Robert Carsen n’est pas revenu cette fois-ci. Les metteurs en scène sont rarement présents sur les reprises. Ils laissent à l’assistant à la mise en scène « Maison » la responsabilité et le soin de remonter la production. L’assistant est la mémoire du metteur en scène !

Robert Carsen fait partie de ces metteurs en scène dont on rejoue régulièrement les productions créées sous « les années Gall » (1995-2004). Les Contes d’Hoffmann est sa production-phare que tout le monde adore reprendre !

*  Le service de la Figuration est rattaché à la Direction de la Scène     

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