Coulisses

Les accessoires dans L’Heure espagnole et Gianni Schicchi

Un spectacle, un souvenir — Par Gilles Figue et Samantha Claverie

Les horloges constituent un fil rouge scénographique entre L’Heure espagnole de Ravel et Gianni Schicchi de Puccini. Leur rôle dans ces deux productions de Laurent Pelly dépasse la simple fonction utilitaire, puisqu’elles sont rarement consultées pour lire l’heure… Concepcion, la femme infidèle de l’horloger Torquemada, utilise les horloges comme placards à amants. Dans Gianni Schicchi, elles symbolisent le temps qui passe et le moment opportun - celui de falsifier le testament de Buoso Donati pour réunir deux jeunes amoureux. Gilles Figue, responsable de spectacles au service des Accessoires de l’Opéra, nous confie ses souvenirs de la création et passe aujourd’hui le relais à Samantha Claverie. 

L’Heure espagnole est la première production dont j’ai été responsable à l’Opéra. Le prémontage et le montage de ce spectacle ont été réalisés aux ateliers Berthier avant que le montage définitif ne se fasse au Japon, à l’occasion d’une tournée de l’Opéra. Le nombre d’accessoires est colossal : nos registres comptent plus de 350 références auxquelles s’ajoutent les doubles des accessoires. Cela va de la petite montre en passant par des paires de chaussures, un réfrigérateur, voire jusqu’à l’avant d’une Fiat. Les accessoires ont été en grande partie achetés dans les boutiques des Abbesses, en brocante ou encore sur Le Bon Coin. D’autres ont été modifiés ou fabriqués aux ateliers du Palais Garnier en fonction des consignes des décoratrices. Par exemple, deux comtoises ont été fabriquées avec des doubles fonds, permettant aux chanteurs de se cacher à l’intérieur, de disparaître ou réapparaître au gré de l’intrigue. D’autres accessoires participent à l’intrigue, comme le coucou d’une horloge ou les roues d’un vélo, qui bougent grâce à des mécanismes actionnés par des accessoiristes situés derrière le mur. J’ai beaucoup apprécié que les chanteurs prennent autant possession du décor en jouant avec les accessoires. Il faut dire que c’est un chambardement fou, on se croirait aux puces ! Plus intimiste, le décor de L’Heure espagnole me fait davantage penser à un décor de théâtre qu’à celui d’un opéra. Les artistes sont en bord de scène, à cinq-six mètres de la fosse d’orchestre. C’est impressionnant de voir l’ensemble de ces accessoires : accrochés au mur recouvert de papier peint ou posés au sol, les accessoires habillent littéralement le décor de L’Heure espagnole. À l’inverse dans Gianni Schicchi, le décor est plus aéré, il y a bien plus d’espace entre le public et le fond de scène.

Pour L’Heure espagnole, respecter la durée de trois mois de fabrication a été notre premier défi, nous avons fini la veille de l’envoi des caisses en containers. Le changement de décor entre L’Heure espagnole et Gianni Schicchi a été une autre gageure pour nous puisque tout devait être démonté et remonté à la main. Pour gagner du temps, les horloges et les meubles miniatures de Gianni Schicchi étaient déjà installés derrière le décor de L’Heure espagnole. Le mur s’élevait dans les cintres à la fin du spectacle. Il fallait veiller à ce que tout soit suffisamment plat pour que les accessoires fixés sur le mur, dont les quarantaines d’horloges, ne s’accrochent à rien. Ensuite, on assemblait les accessoires en blocs, qui étaient eux-mêmes assemblés entre eux. Tout ce qui était au sol, comme l’escalier, le réfrigérateur, le devant de la Fiat, etc… devaient être posés sur des roulants. Une fois le décor de L’Heure espagnole enlevé, on apportait sur scène une vingtaine de penderies, armoires, lit, chaises etc… pour installer le décor de Gianni Schicchi. Ce fut un challenge à relever, une expérience très enrichissante et pour finir une belle aventure. Aujourd’hui, Samantha Claverie est chargée de la reprise de ces deux productions à Bastille. Comme elles ont beaucoup voyagé, à Tokyo, à Londres, à Milan…, il a été nécessaire de réparer ou remplacer certains accessoires. « Nous avons aussi apporté notre propre touche en créant un squelette mécanique qui s’anime pendant la représentation. »


Propos recueillis par Anna Schauder

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