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Coulisses

Le maquillage de l’Idole dorée dans La Bayadère

Un spectacle, un souvenir — Par Jean-Jacques Sempéré

Jean-Jacques Sempéré est Responsable de spectacles à la Direction des costumes, perruque maquillage Bastille

Le maquillage doré est une technique assez complexe: il faut éviter d’avoir un rendu ‘jaune’ et obtenir cet aspect ‘métallique’ de statue. Pour y parvenir, le maquillage de base est retravaillé, enrichi d’une poudre dorée dans laquelle sont incorporées des paillettes. Une fois le corps entièrement recouvert, on repoudre à nouveau avec des paillettes pour avoir un rendu encore plus étincelant. J’utilise un large pinceau qui me permet de travailler la peinture pendant toute la durée du maquillage. Les particules métalliques étant plus lourdes, elles ont tendance à couler au fond de la préparation. Seule la partie liquide, qui permet de mixer l’ensemble, reste à la surface. D’où la nécessité de mélanger en permanence pour garder une préparation tout à fait homogène et de consistance égale. Quand j’ai commencé à travailler sur ce maquillage, dans les années 1998, j’utilisais une éponge. Mais celle-ci absorbe tout le liquide et l’on se retrouve avec une sorte de pâte, très difficile à étaler…

La Bayadère est une production où le maquillage est très important. Il y a les Ombres, dont on maquille le buste, les bras et le dos ; les Indiens, entièrement maquillés en marron… Finalement, en danse, il nous arrive fréquemment de peindre des corps entiers. Par contre, lorsque le maquillage est plus compliqué, qu’il y a des dessins à réaliser, nous utilisons un justaucorps.

© Little Shao

La particularité du maquillage de l’Idole dorée tient à l’importance de la surface qu’il faut recouvrir. Le corps et le visage sont entièrement peints : quand on maquille le danseur, il est quasiment nu et imberbe, on recouvre le visage, les oreilles, les pieds, le cou… Y compris les chaussons ! Sur les cheveux, on pose un bas doré sur lequel est fixé le casque. Il faut compter environ une heure, voire plus, de préparation. Cela peut paraître long mais le temps passe finalement très vite, le danseur est concentré, il faut qu’il se prépare, qu’il se chauffe, qu’il s’habille…

J’utilise à peu près une bouteille de 175 cl pour chaque spectacle, parfois plus, et un grand contenant dans lequel j’ai préparé mon mélange de poudre et de paillettes à l’avance. Au théâtre, les produits sont tellement couvrants qu’on ne tient pas compte de la carnation, à l’inverse de la mode ou de la beauté, où l’on va utiliser un maquillage proche du teint naturel de la personne. Au théâtre, le maquillage est choisi en fonction de la lumière de scène et de l’effet qu’on cherche à produire : pour ce rôle, l’idée consiste à transformer le danseur en statue dorée. Lorsqu’il est enfin prêt, maquillé, coiffé, habillé pour entrer en scène, on assiste à une véritable transformation. C’est agréable pour nous, mais pour le danseur aussi qui, dans cette tenue, se sent sublimé : chaque muscle de son corps est parfaitement dessiné. Enfin, c’est un personnage que le public apprécie et applaudit particulièrement. Evidemment, sa danse est spectaculaire mais le costume et le maquillage participent véritablement à son succès.


Propos recueillis par Inès Piovesan

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