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Coulisses

Le lit suspendu de Rusalka

Un spectacle, un souvenir — Par Cyril Pesenti

Avez-vous déjà rêvé de vous plonger au cœur du mythe de la femme sirène ? N’hésitez plus, Rusalka revient sur la scène de l’Opéra Bastille. Entre réalité et surnaturel, les décors de Michael Levine incarnent magnifiquement la musique envoûtante d’Antonín Dvořák. Alain Duret, adjoint au chef de service machinerie de Bastille, nous livre les secrets d’un élément de décor particulièrement magique : le lit suspendu.    

« À l’aube du dernier acte, alors que Rusalka est condamnée à errer en fantôme après avoir été trahie par le Prince, la sorcière Ježibaba apparaît dans un mystérieux lit suspendu. Elle révèle à Rusalka un moyen de mettre un terme à ses souffrances : si elle veut se sauver, elle doit tuer le Prince.

Afin de ne dévoiler la présence du décor suspendu qu’au tout dernier moment, nous avons dû imaginer un dispositif astucieux. Le tout (lit, chaises, tables de chevet, couette, roses et lampes) est boulonné à une structure en acier capable de supporter une charge de poids très importante. Afin de conserver une certaine légèreté, l’habillage externe de ce squelette métallique est réalisé en bois et matériaux composites. En effet, il ne faut pas oublier que ce décor est amené à être mouvant : il s’approche progressivement depuis le lointain jusqu’à la scène sur un système roulant. Dans l’idée de suggérer la lévitation des éléments fixés, un velours noir recouvre l’ensemble frontal de la structure. C’est ainsi que le décor se fond totalement dans l’ambiance obscure et sombre du plateau.    
À l’envers du décor, escalier permettant à la chanteuse de se placer.
À l’envers du décor, escalier permettant à la chanteuse de se placer. © Elena Bauer / OnP

La partie arrière de ce grand mur est organisée de telle sorte qu’un escalier en colimaçon porté par un ensemble d’acier puisse venir s’y fixer. Au moment voulu, Ježibaba, assistée d’un technicien, monte les marches et se place dans l’encadrement. Ce qui est amusant, c’est que nous avons l’impression qu’elle est réellement allongée dans le lit, alors qu’elle reste debout et cale sa tête contre l’oreiller afin de simuler une position couchée. Lorsque l’air est terminé, nous faisons descendre Ježibaba et fermons la porte de l’encadrement.     

© Elena Bauer / OnP

Nous pouvons alors enlever les blocages du décor et actionner manuellement, grâce à deux machinistes, la roue faisant tourner le lit et les autres éléments. C’est ainsi que lors de sa seconde apparition, révélé par une lumière s’échappant de la trappe d’où Ježibaba apparaît de nouveau, le lit est désormais tourné horizontalement ! »

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