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Coulisses

Le Christ de Sancta Susanna

Dans les ateliers de l’Opéra — Par José Sciuto

Représenté cette saison aux côtés de Cavalleria rusticana, Sancta Susanna, opéra incandescent de Paul Hindemith, narre l’histoire d’une jeune religieuse déchirée entre morale et désir sensuel. Un trouble incarné par la figure du Christ, auquel le metteur en scène Mario Martone a voulu donner une apparence spectaculaire. José Sciuto, Chef de service adjoint à la Direction technique, Responsable artistique aux Ateliers, revient pour nous sur la conception de cet élément de décor.

José Sciuto, Chef de service adjoint à la Direction technique, Responsable artistique aux Ateliers :

« Sans vouloir dévoiler toutes les surprises que Mario Martone a réservées au public dans sa mise en scène de Sancta Susanna, à un moment du spectacle intervient une statue de Christ monumentale, dont on ne voit que le corps jusqu’au bassin. Elle évoque le poids de la morale religieuse tout en l’entrelaçant avec les thèmes de la sensualité et de la sexualité, ce qui constitue l’un des fils rouges de la lecture de Mario Martone, tant pour Sancta Susanna que pour « Cavalleria ».

Le scénographe Sergio Tramonti travaille à la conception de ce décor et de ce Christ depuis août 2015. Il en a réalisé plusieurs maquettes, dont une sculptée, qu’il a ensuite finalisée avec les sculpteurs des ateliers de l’Opéra avant qu’elle ne serve de base à la réalisation finale.

Maquette de Sergio Tramonti
Maquette de Sergio Tramonti 3 images

L’idée était de donner une impression de bois sculpté et peint. D’après sa maquette, nous nous sommes inspirés d’un Christ espagnol « souffrant », des gouttes de sang coulant sur ses genoux, comme on peut en trouver chez le peintre Francisco de Zurbarán (1598-1664) par exemple. Le metteur en scène tenait d’ailleurs à ce que le clou soit bien visible, pour insister encore sur cette impression de souffrance. Il souhaitait aussi que la sculpture ait l’aspect d’un vieux crucifix du XIVe ou XVe siècle en mauvais état qui aurait été malmené, cassé, bricolé.

Comme le font parfois les peintres, pour retranscrire au mieux l’apparence du corps humain – quel que soit son état –, nous avons utilisé un « écorché », c’est-à-dire un modèle qui permet d’étudier l’aspect et les attaches des muscles.  
Le Christ de Sancta Susanna - Dans les ateliers de l’Opéra
Le Christ de Sancta Susanna - Dans les ateliers de l’Opéra 7 images

Cinq sculpteurs ont ainsi réalisé, par strates, ce Christ impressionnant de onze mètres de haut. Celui-ci est entièrement constitué de polystyrène, renforcé par de la résine en surface et un tissu de verre afin qu’il ait de la tenue.

Pour le périzonium – le linge du Christ –, Sergio Tramonti souhaitait que l’on utilise une simple bâche en plastique, comme celles que l’on met pour protéger le sol durant des travaux. Cette matière au côté « cheap », un peu sordide, s’accorde avec l’idée d’une croix délabrée, presqu’en décomposition. Il fallait aussi que le pagne garde un peu de sa transparence pour retranscrire le trouble de Susanna.

Il est fréquent qu’à l’Opéra, on utilise des statues du Christ. Toutefois, l’originalité de la démarche de Mario Martone est que son crucifix n’est pas simplement décoratif : il nous a demandé de l’aménager de telle sorte qu’à un moment précis du spectacle, Susanna puisse interagir avec. Quelle est la nature de cette interaction ? Que fait Susanna avec cette statue ? Je préfère ne pas trop en dire afin de ne pas éventer l’effet de surprise… »



Propos recueillis par Juliette Puaux

Votre lecture: Le Christ de Sancta Susanna

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