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Coulisses

La lumière de Madama Butterfly

Un spectacle, un souvenir — Par Rui De Matos Machado

Rui De Matos Machado est adjoint au Chef du service lumière Bastille.

« Je connais peu de metteurs en scène qui accordent autant d’importance à la lumière que Robert Wilson. Il est présent à chaque reprise, demandant un nombre de services lumière conséquent pour peaufiner ses éclairages, les nourrir de son évolution personnelle, de ce qu’il a pu expérimenter dans d’autres spectacles. J’ai travaillé avec lui sur les lumières de La Flûte enchantée, de Pelléas et Mélisande, de Madame ButterflyMadame Butterfly était notre première collaboration.

Quand on songe aux lumières des spectacles de Bob, je crois qu’on pense d’abord au cyclorama, cette toile tendue au lointain qui permet de créer de vastes surfaces lumineuses très homogènes… C’est un élément central de son esthétique qui permet de définir l’atmosphère du plateau. Il ne l’utilise pas de façon réaliste, descriptive, par exemple pour représenter le ciel, comme le font tant d’autres metteurs en scène. C’est une lumière dynamique, qui évolue pour s’adapter aux soubresauts du drame : elle vire au rouge lorsque le bonze entre en scène, furieux, pour reprocher à Cio-Cio-San d’avoir renié les siens ; elle se pare d’un bleu profond, très poétique, lorsque l’enfant, fragile, se promène sur scène… Cette interaction entre éclairages et personnages est l’une des caractéristiques de « l’esthétique Wilson » : il y a continuité entre les différentes composantes du spectacle que sont le livret, la musique, la direction d’acteurs, la lumière…

Entrée du bonze (Scott Wilde), furieux, face à Cio-Cio-San (Svetla Vassileva) - 2014
Entrée du bonze (Scott Wilde), furieux, face à Cio-Cio-San (Svetla Vassileva) - 2014 © Elena Bauer/OnP

Au fil des reprises, les lumières de « Butterfly » ont évolué. La tendance la plus remarquable de cette évolution, c’est le refroidissement : Bob supporte de moins en moins la chaleur de ces lumières un peu ambre. Il tend davantage vers les bleus. C’est une évolution que j’observe par ailleurs dans tous ses autres spectacles. Est-ce que cela signifie que l’ambiance est plus grave, plus tragique ? Non. Pas vraiment. Il y a des bleus légers, frais, de même qu’une lumière d’hiver peut être très gaie. Si je devais mettre des mots sur cette évolution, je dirais plutôt qu’il se rapproche de la lumière du jour…»

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