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Rencontres

La Flûte enchantée : une collaboration musicale

Rencontre avec Henrik Nánási et Clemens Jüngling — Propos recueillis par Emilie Chatoux

La Flûte enchantée, mis en scène par Robert Carsen, est de retour sur la scène de l’Opéra Bastille sous la direction musicale de Henrik Nánási. À l’issue de la répétition générale, le chef d’orchestre hongrois et son assistant musical Clemens Jüngling se confient sur leur collaboration et leur travail autour de ce Singspiel, dernier opéra de Mozart.


Est-ce la première fois que vous travaillez ensemble sur une production ?

Henrik Nánási : C’est en effet notre première collaboration musicale, qui plus est à l’Opéra de Paris. Après plusieurs rencontres préalables à Berlin, nous avons construit un lien particulier. Nous partageons des idées musicales communes, des visions similaires et avons été formés auprès du même professeur lors de nos études à l’Académie de Musique de Vienne. Cela peut sembler un détail mais en réalité c’est un gage de confiance qui facilite la rencontre.

Clemens Jüngling : Il n’a pas fallu beaucoup de temps pour créer une véritable cohésion artistique. Il est très confortable de se comprendre spontanément, de partager les mêmes idées lorsque l’on travaille ensemble au service d’une œuvre. 

Henrik Nánási
Henrik Nánási © J. Henry Fair

Henrik Nánási, est-ce que votre travail musical s'avère être différent de celui que vous aviez mené la dernière fois à Berlin ?

HN : La partition de La Flûte enchantée recèle encore tant de secrets pour moi ! Et pourtant, je l’ai dirigée plus de cent vingt fois à Paris, à Berlin, à Barcelone, à Rome, etc. C’est également la toute première pièce que j’ai dirigée au début de ma carrière. Malgré l’affinité particulière que j’ai avec cette œuvre, chaque nouvelle production se présente comme une nouvelle aventure. La construction d’un spectacle comme celui-ci est un travail d’équipe. En plus de ma propre interprétation, de la vision du metteur en scène et des choix de décor, les artistes apportent un élément personnel inédit, ce qui rend chaque nouvelle version unique.

Comment vous répartissez-vous le travail ? Clemens Jüngling, quel est votre rôle principal en tant que chef assistant ?

CJ : Mon travail de chef assistant ne se résume pas uniquement à soutenir le travail du chef durant les répétitions en notant les indications. Je suis chargé de construire une relation solide avec les artistes, que je connais bien. J’assure la préparation du travail et je transmets les souhaits et les consignes d’interprétation. Je fais également répéter les chanteurs en dehors des séances de travail sur le plateau. C’est une mission complexe, qui nécessite d’une part une maîtrise parfaite de l’ouvrage et d’autre part un accompagnement des artistes dans l’interprétation souhaitée par le maestro.

Comment arrivez-vous à unifier votre vision artistique lorsque vous êtes tous deux réunis sur le plateau ou dans la fosse ?

CJ : Je ne peux pas dire que nous construisions ensemble une vision artistique. Ma mission d’assistant nécessite avant tout une grande capacité d’adaptation aux volontés du chef. Je ne dois pas imposer mes choix et préférences musicales, mais comprendre la sensibilité du maestro et ses désirs afin de l’aider au mieux à les réaliser.

HN : Il est vrai que c’est le chef qui définit l’interprétation de l’œuvre. Nous avons cependant la chance de partager une même volonté musicale, qui crée une unité sur laquelle nous nous coordonnons. Mais je dirais surtout que c’était un moment très sympathique et que nous avons eu beaucoup de plaisir à travailler ensemble.

Quelle vision souhaitez-vous transmettre dans votre interprétation de La Flûte enchantée ?

HN : La Flûte enchantée est une œuvre d’art très complète, tant musicalement que symboliquement. Mon défi principal consiste à refléter au mieux le message porté par l’œuvre.
Les personnages, clairement identifiés avec leur sensibilité singulière, leurs joies et leurs doutes, incarnent différents aspects de la vie humaine que nous pourrions être amenés à vivre un jour. Nous avons tous en nous un peu de Papageno ou de la Reine de la Nuit, et cela rend l’intrigue passionnante, parlante pour le spectateur.

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