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Fais ce que tu fais

Steve Reich à propos de Drumming Live

Fais ce que tu fais

Notre partenaire Trax Magazine a rencontré Steve Reich, une légende de la musique contemporaine. Le compositeur américain revient sur Drumming Live, à l’affiche de l’Opéra Bastille, et sur sa collaboration avec la chorégraphe Anne Teresa de Keersmaeker.

La première chorégraphie d’Anne Teresa de Keersmaeker, Fase (1982), était déjà basée sur votre œuvre, en l’occurrence Come Out, Clapping Music, Piano Phase et Violin Phase. Avez-vous d’abord été surpris que votre musique, particulièrement vos premières pièces, puisse être dansée ?

Mes pièces ont souvent été revisitées par des chorégraphes, mais Anne Teresa est à mes yeux la plus remarquable de tous. Ce qu’elle a fait avec ma musique, c’est un chef-d’œuvre… Et le comble, c’est que je ne l’ai rencontrée que 16 ans après la création de Fase. À l’époque, elle m’avait envoyé une lettre, demandant si elle pouvait travailler avec certains musiciens de mon ensemble – ils joueraient en live pendant qu’elle danse. J’ai dit « d’accord », et lorsqu’ils sont revenus après la performance, ils m’ont dit « Tu devrais vraiment voir ce qu’elle fait, c’est remarquable. » J’ai finalement pu voir cette pièce à New York, lorsqu’elle a été interprétée à The Kitchen. C’était magnifique, et avec Drumming, je trouve qu’elle a encore développé son style.

Avez-vous le sentiment que sa danse révèle une nouvelle facette de votre œuvre, quelque chose qui ne serait pas perceptible autrement ?

Dans les années 90, lorsque Anne Teresa a interprété Drumming, j’approchais déjà la soixantaine – mais lorsque je l’ai composé, j’étais encore un jeune homme. En voyant sa chorégraphie, j’ai compris qu’elle avait saisi le fond de ma musique. Là où elle pouvait paraître systématique et sévère, Anne Teresa en a révélé l’aspect romantique. Les pas de danse, l’emboîtement des motifs rendent apparentes les émotions qui traversent ces pièces : parfois la tension, parfois l’humour ! L’interprétation de Clapping Music dans Fase m’avait même évoqué une scène de vaudeville. C’est un don, de pouvoir combiner d’un côté une dimension formelle très sophistiquée, presque abstraite, et de l’autre ce puissant caractère psychologique et théâtral. C’est la tension entre ces deux perspectives qui confère toute sa grandeur à son travail.

Drumming est une pièce qui peut paraître très méthodique, mais pour vous qui avez été formé comme percussionniste, n’était-ce pas une manière de renouer avec une certaine spontanéité ?

Drumming est une composition très positive et exaltante à mes yeux. J’ai commencé à étudier les percussions à 14 ans, après le piano, et j’ai joué dans des groupes lorsque j’étais au lycée. À l’université aussi, je couvrais mes frais en me produisant dans des groupes : c’est mon expérience de la performance la plus prégnante. Drumming a été l’opportunité pour moi de créer quelque chose qui soit en phase avec ce que je jouais réellement, contrairement à Violin Phase ou Piano Phase.

Vous reveniez aussi d’un voyage en Afrique. Est-ce que les polyrythmies traditionnelles ont eu une influence sur votre processus de composition ?

Je me suis rendu au Ghana, car j’avais entendu au début des années 60 des enregistrements de musiques africaines et lu des retranscriptions de percussions ghanéennes. Il faut savoir qu’historiquement, il n’y a pas de système de notation en Afrique, c’était donc quelque chose d’assez rare. Le livre en question était Studies in African Music d’Arthur Morris Jones, un musicologue britannique. Pour d’autres étudiants et moi-même, c’était véritablement fascinant, de voir ces structures rythmiques sur le papier… Mais ça n’était pas une découverte, c’est même plutôt l’inverse ! Ce que j’ai compris alors, c’est que j’étais déjà en train de reproduire ces structures dans des pièces comme Piano Phase. Je le faisais de manière instinctive, séduit par leur ambiguïté. Le voyage au Ghana m’a permis de prendre conscience de la longue histoire des contrepoints rythmiques et des motifs répétitifs. C’était comme une tape sur l’épaule : « Surtout, continue de faire ce que tu fais ! Renoue avec le percussionniste que tu étais à 14 ans ! » Alors c’est ce que j’ai fait.

Retrouvez un portrait croisé de Steve Reich dans le numéro de la rentrée 2017 de Trax Magazine

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