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Regards

Dix Mois d'École et d'Opéra fête son anniversaire

25 ans d'art et de pédagogie — Par Inès Artigala

L’art épanouit l’individu et forme le citoyen de demain : c’est le pari de Dix Mois d’École et d’Opéra. Ce programme pédagogique issu d’un partenariat entre l’Opéra national de Paris et le Ministère de l’Éducation nationale accompagne depuis 25 ans enfants et adolescents dans leur exploration du monde musical et chorégraphique. Les trente-trois classes sélectionnées chaque année témoignent, au travers de créations écrites, visuelles, chantées ou dansées, de l’enthousiasme des jeunes participants et du succès croissant de ce dispositif atypique.


Art et technique

Au fil des projets et des rencontres, des élèves de la maternelle au BTS s’initient aux métiers de la scène et expérimentent le travail nécessaire à l’élaboration d’un spectacle vivant. Forts d’une approche nouvelle, débarrassés de préjugés fréquents, ils s’investissent avec ardeur dans la pratique d’activités culturelles auxquelles ils ne se croyaient pas destinés. 


« J’aime beaucoup ces cours de pratique artistique. Au-delà des apprentissages du « métier » d’acteur, de chanteur ou de danseur, cela nous fait grandir dans la mesure où ce sont des projets qui demandent de la concentration, de l’écoute et, surtout, de l’exigence envers soi-même. »

Mamou TRAORÉ – 4e – Collège Magellan – Chanteloup-les-Vignes – Répétition de L’Homme qui ne savait pas mourir (spectacle des 25 ans de DMEO)


« Les machinistes d’opéra ont un rôle essentiel pendant les spectacles, malgré le fait qu’ils restent dans l’ombre. Ce métier pas vraiment populaire est en fait indispensable. »

Patryk BIELEN ANJOS – 1re Mécanique automobile – Lycée Fernand Léger – Ivry-sur-Seine – Rencontre avec Alain Duret, adjoint au Chef de service Machinerie


« J’adore ma place : je suis à côté de Morgane et rien que quand elle chante, ça me motive beaucoup. Elle a une forte et belle voix : du coup quand je l’entends, cela me « booste » pour faire de même. »

Marie ROMAN – 4e – Collège Le Moulin à vent – Thorigny-sur-Marne – Répétition de L’Homme qui ne savait pas mourir (spectacle des 25 ans de DMEO)

Émotions plurielles

Enrichies par les ateliers artistiques, les représentations ou les visites, les sensations abondent et cherchent les chemins de l’expression : de retour dans les établissements scolaires, les élèves explorent ces émotions inconnues avec leurs professeurs et les traduisent de diverses manières. Leurs témoignages reflètent l’intensité des sentiments éprouvés.


« Avant j’étais très timide, maintenant je ne suis plus très timide. »

Christine YU – CM2 – École Cavé – Paris 18e – Répétition de L’Homme qui ne savait pas mourir (spectacle des 25 ans de DMEO)


« C’est un lieu pour chanter. On peut faire une voix aiguë ou grave. On l’entend jusqu’à l’autre bout de la ville. Si cela nous plaît, on peut écouter de l’opéra toute notre vie. »

Sarushan THANGARAJAH – 6e – Collège Paul Vaillant Couturier – Champigny-sur-Marne


« On ne peut pas décrire l’Opéra avec des mots, il faut le vivre. »

Aïssata BATHILY – 4e SEGPA Collège Paul Éluard – Bonneuil-sur-Marne – Visite de l’Opéra Bastille

Terrain de jeux

Après avoir parcouru les espaces physiques et symboliques de l’Opéra, les classes se prêtent à des exercices littéraires qui font volontiers appel à la poésie et aux langues étrangères. Les jeunes gens se réconcilient ainsi avec les mots et s’en font des alliés face à une réalité complexe dont il s’agit de dépasser les apparences.


« Mon Violon
Ses cordes frottées
Me font vibrer le nez
Je le range tous les soirs
Avec le cœur rempli d’espoir. »

Serena BISSA NONO – CM2 – École Poissonniers – Paris 18e – Poésie sur instrument


« Mefistófeles es el Diablo
Cuyo corazón es de piedra.
Mata y le da igual.
Lamentablemente, Margarita, cansada,
Es tu próxima víctima.
Te espera. »

« Méphistophélès est le diable
Et son cœur est de pierre.
Il tue et cela lui importe peu.
Malheureusement, Marguerite, fatiguée,
Est ta prochaine victime.
Il t’attend. »

Morigane GAZONNOIS et Orlane CARMASOL – 4e – Collège Thomas Masaryk – Chatenay-Malabry – La Damnation de Faust (opéra)


« On est allés à Paris
Pour visiter cet Opéra Bastille très connu
Et le bus nous avons pris,
Ravis de voir ce monument tant attendu
Armés de stylos et de cahiers, nous avons écrit. »

Léane LEGROS – 5e – Collège Claude Monet – Magny-en-Vexin – Visite de l’Opéra Bastille

© Agathe Poupeney / OnP

Fictions, détournements

À partir des spectacles découverts, les élèves deviennent à leur tour les acteurs d’histoires extraordinaires. Confrontés à des situations fictives, aussi fabuleuses qu’universelles, ils adoptent des points de vue variés, affinent leur expérience sensible et se positionnent par rapport au monde.


« Si j’étais Barbe-Bleue, je ne tuerais pas de femmes, je raserais ma barbe pour ne pas être laid, je ne ferais pas le beau et le riche, je vivrais à la campagne, je me marierais avec une femme digne de moi, je l’emmènerais en voyage, elle ne l’oublierait jamais, et elle m’aimerait toujours. »

Abdallah EL BEYALLY – CM1 – École Planchat – Paris 20eLe Château de Barbe-Bleue (opéra)


« J’aimerais faire des défilés en essayant des costumes de spectacle. J’aimerais aussi nager avec les poissons dans le lac en-dessous de l’Opéra Garnier. »

Djallia BENONY – CE2 – École Roger Sémat – Saint-Denis


« Je me présente
Je suis gros, grand, lourd mais je brille.
Je compte au plus 350 ampoules et je pèse 7 tonnes.
J’ai une décoration au-dessus de ma tête peinte
Par Marc Chagall.
On me prend en photo et me regarde alors je fais
Des poses et je renvoie les regards.
Un jour à vouloir trop regarder, j’ai tué et blessé.
Bref vous l’avez compris, je suis le lustre de l’Opéra Garnier. »

Loïde TUCANA – 5e – Collège Alain Fournier – Paris 11e – Visite du Palais Garnier

Les Petits Violons 2016
Les Petits Violons 2016 © Agathe Poupeney / OnP

Correspondances

Les échanges épistolaires avec des correspondants réels ou imaginaires favorisent la libération d’une parole plus intime, affranchie des contraintes académiques. L’appropriation des univers abordés s’en trouve renforcée, et confère leur charme poétique à des textes imprégnés d’impressions encore vivaces.


Lettre à Napoléon

« Cher Napoléon, J’ai vu l’Opéra que tu as fait construire. Dommage que tu n’aies pu le voir car il est beau. On dirait un palais. Tu étais exigeant car tu as fait construire une rampe d’accès juste pour toi. Je suis allé visiter un autre opéra qui s’appelle Bastille. La scène est beaucoup plus grande que celle de ton opéra. Il y a des ateliers quasiment aussi grands. J’ai eu la chance de rencontrer une sculptrice et un cordonnier. Le cordonnier a des outils que tu ne dois pas connaître : une presse hydraulique, une cabine de peintre… J’ai bien aimé le cordonnier et la sculptrice car elle nous a parlé pendant deux heures même si c’était long. Juste une question : quel métier aurais-tu voulu faire à la place de militaire ? Cordialement. »


Nathan LEVY – 5e – Collège La Rochefoucauld – La Ferté-sous-Jouarre – Visite du Palais Garnier


Lettre à Charles Garnier

« Savez-vous que plusieurs années après, il y a eu un autre opéra qui a été construit sur la place de la Bastille ? Il est très moderne. Désolée de vous dire cela mais je préfère Bastille. Garnier est très très beau. Mais, pour moi, l’ambiance de votre bâtiment est un peu stricte et je n’aime pas avoir cette sensation. Mais je l’avoue, quand je suis entrée dans la salle de spectacle, j’ai été émerveillée par tous les détails, les dorures, le plafond et les sièges. Mais j’ai trouvé que la scène était un peu petite. Connaissez-vous l’histoire du fantôme de l’Opéra ? C’est une histoire d’amour passionnante qui se passe dans votre opéra. J’espère que je vais voir un opéra à Garnier. Si j’avais été là le 5 janvier 1875, je vous aurais donné ma place, vous qui n’avez pas eu la chance d’être invité. Amicalement. »    

Gwendoline MOMOGUENA – 5e – Collège La Rochefoucauld – La Ferté-sous-Jouarre – Visite du Palais Garnier


Deux manifestations viennent célébrer l’anniversaire de ce défi éducatif : le Concert des Petits Violons le 04 juin 2016, et L’Homme qui ne savait pas mourir les 17 et 18 juin 2016. L’occasion pour le public de faire connaissance avec ces artistes en devenir.


« Je souhaiterais que, quand les rideaux se ferment, il n’y ait plus rien, plus de bruit, plus de lumière et que tout à coup, tout le monde se mette à applaudir quand les rideaux s’ouvrent. »

Gwendoline MOMOGUENA – 5e – Collège La Rochefoucauld – La Ferté-sous-Jouarre – Le Barbier de Séville (opéra)

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