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Théma - Les Huguenots

Regards

Dix anecdotes sur « Les Huguenots »

Le jour où l’opéra de Meyerbeer fut créé — Par Simon Hatab

Parce qu’il a grandement contribué à définir les contours d’un genre – le Grand Opéra – Les Huguenots est l’une des œuvres les plus importantes dans l’histoire de l’Opéra de Paris. Mais connaissez-vous cette œuvre qui, après un succès colossal et ininterrompu a été éclipsée pendant près d’un siècle ?


MÉTISSAGE CULTUREL

Giacomo Meyerbeer est né en Allemagne en 1791, dans la région de Berlin. Après des débuts remarqués à Darmstadt puis à Vienne, il connaît le succès en Italie, composant dans le style de Rossini qu’il considère comme son maître. Il vient ensuite à Paris où, en trois opéras, il devient le compositeur le plus joué du XIXe siècle.

DIABOLIQUE

Avant Les Huguenots, Meyerbeer était connu pour avoir composé avec Robert le Diable l’une des plus grandes gloires de l’Opéra de Paris : créé à la salle Le Peletier en 1831 d’après la légende du Duc de Normandie censément rejeton du Diable, l’œuvre a contribué à faire de la capitale française l’une des places opératiques les plus importantes de l’époque. C’est Robert le Diable qui, avant Les Huguenots, définit les règles du Grand Opéra, auxquelles des compositeurs tels que Verdi ou Wagner se plieront pour conquérir Paris.

PEUR DE L’ÉCHEC

Le triomphe de Robert le Diable a des conséquences inattendues : il paralysa Meyerbeer qui craignait de ne pas reproduire ce succès et n’eut de cesse de repousser la composition des Huguenots

Portrait de Giacomo Meyerbeer, dessiné d’après nature par Nicolas E. Maurin, 1840
Portrait de Giacomo Meyerbeer, dessiné d’après nature par Nicolas E. Maurin, 1840

RETARD

Ajoutons à cette peur de l’échec, le livret d’Eugène Scribe, dont la première version ne satisfit pas Meyerbeer, et la maladie de son épouse qui l’obligea à interrompre sa composition : l’ouvrage prit un retard considérable, à tel point que le directeur de l’Opéra obligea le compositeur à payer 30 000 francs pour non-respect du contrat qui le liait à l’institution. La création des Huguenots faillit ne pas avoir lieu.

SCRIBE

Eugène Scribe connaissait pourtant son métier : à la fois dramaturge et romancier, il est le principal librettiste du Grand Opéra, dont il écrivit quelques-uns des plus grands textes : La Muette de Portici d’Auber, La Juive d’Halévy, La Favorite de Donizetti ou encore, Les Vêpres siciliennes de Verdi.

OBSTACLES

Les répétitions des Huguenots furent houleuses, la partition étant jugée inexécutable. L’œuvre fut finalement créée le 29 février 1836 dans une mise en scène fastueuse qui coûta 160 000 francs, chiffre astronomique pour l’époque.

SUCCÈS

Passée cette création contrariée, l’œuvre prit son envol : Les Huguenots devint le plus célèbre opéra de Meyerbeer, étant représenté plus de 1 100 fois à l’Opéra de Paris. Il ne sera dépassé que par Faust de Gounod.

POLÉMIQUE

L’opéra met en scène une histoire d’amour sur fond des tensions religieuses qui aboutirent au massacre de la Saint-Barthélemy. Le sujet des conflits religieux étant sensible, l’action fut souvent transposée afin que l’opéra puisse être joué à l’étranger. Il fallut attendre 1848 pour que la censure relâche son emprise et que l’ouvrage soit plus fidèlement représenté.

VOIX

Monter une production des Huguenots exige une conjonction de sept interprètes exceptionnels : lors de la création, le plateau vocal réunissait les plus grands chanteurs du moment. La difficulté à rassembler un tel plateau explique en partie que l’œuvre ait été montée aussi rarement au cours du XXe siècle.

MÉLODIE CONTINUE

Berlioz, qui chronique la création, note entre autres innovations musicales, l’apparition d’une forme intermédiaire entre l’air et le récitatif : il s’agit des prémices de la mélodie continue que développera par la suite l’opéra wagnérien.

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