FR
3e Scène

Des étoiles sur la Toile

La 3e Scène de l'Opéra de Paris

Dossier

 Des étoiles sur la Toile

Depuis deux ans, l’Opéra de Paris ouvre aux artistes et réalisateurs sa « 3e Scène », une plateforme digitale de création libre. Elle héberge aujourd’hui plus de 40 films des plus grands noms des arts visuels et du cinéma.


À l’origine du projet, il y a cette idée que deux scènes pour un Opéra ne suffisent pas. Une troisième, en plus de celles du Palais Garnier (inauguré en 1875) et de l’Opéra Bastille (qui fêtera ses 30 ans en 2019), était nécessaire, afin de prolonger l’expérience du spectateur et élargir la découverte culturelle, au-delà de la simple représentation de ballets ou d’opéras. Lancé en septembre 2015, 3e Scène est une plateforme numérique inédite de films courts originaux (également visibles sur la chaîne YouTube de l’Opéra). Autrement dit, une playlist d’une quarantaine de films disponibles gratuitement sous un onglet du site operadeparis.fr.

Les collaborations vont de Bret Easton Ellis à Fanny Ardant, de Mathieu Amalric à Abd al Malik.

Ces cartes blanches sont confiées à des artistes, photographes, écrivains, réalisateurs ou dessinateurs, sans lien nécessaire direct avec l’Opéra. Très variées, les collaborations vont de Bret Easton Ellis à Fanny Ardant, de Mathieu Amalric à Abd al Malik. Au lancement de 3e Scène en 2015, Dimitri Chamblas, alors directeur artistique, expliquait à Télérama : « Cette scène-là permet beaucoup parce qu’elle n’a pas d’exemple ni d’histoire. (…) Il s’agit d’inventer de nouvelles grammaires liées à l’image de la musique et de la danse, avec une liberté de format qui crée des objets fous. » Depuis février 2017, c’est Philippe Martin, producteur du film documentaire L’Opéra, réalisé par Jean-Stéphane Bron et sorti cette année, qui est aux manettes, via sa société de production les Films Pelléas.

Revendiquant la démocratisation qu’offre la diffusion numérique, 3e Scène s’ouvre également à d’autres canaux : en 2016, une sélection de douze films de 3e Scène a été exposée au Fonds Hélène et Édouard Leclerc, à Landerneau, tandis que, depuis, d’autres ont été présentés dans des festivals, des musées, des événements comme la Nuit Blanche à Paris ou sur des chaînes de télévision comme Canal+.

« Vibrato » by Sébastien Laudenbach
Dès le départ, les notions de laboratoire et d’expérimentation priment. Sans enjeux commerciaux ni promotionnels, les films, dont la longueur varie de sept minutes à une cinquantaine, puisent à la liberté de leurs créateurs. Le financement assuré aux trois quarts par des fonds privés et grâce à la générosité de l’Arop (Association des amis de l’Opéra) laisse une relative aisance aux réalisateurs. Interrogé sur son expérience récente autour de son film Le Lac perdu, l’artiste Claude Lévêque (qui travaille également à un projet autour de l’anniversaire des bâtiments Garnier et Bastille, en 2018 et 2019), a pu se faufiler dans les entrailles de l’architecture tentaculaire de Garnier, tout en travaillant avec des moyens professionnels.

Au cœur des projets de 3e Scène, on trouve souvent un intérêt pour le lieu lui-même – en particulier Garnier, cette architecture spectaculaire du Second Empire qu’on imagine volontiers hantée. Beaucoup d’artistes s’inspirent du bâtiment, comme Claude Lévêque qui, avec Le Lac perdu, compose une rêverie diluée dans les coulisses du Palais Garnier et de Bastille. Ou Sébastien Laudenbach : dans son film d’animation Vibrato [ci-dessus], la mécanique des décors met en branle les souvenirs sensuels d’un Palais Garnier devenu corps vivant.

Avec Sarah Winchester, opéra fantôme, le réalisateur Bertrand Bonello a imaginé, avec la danseuse Marie-Agnès Gillot et le comédien Reda Kateb, un travail de création autour d’un opéra qui n’existe pas, mais dont l’héroïne hante les lieux. Mikael Buch, dans Médée, adopte le point de vue des spectateurs (Nathalie Baye et Vincent Dedienne), médusés par la représentation du drame infanticide. Pour Othello, 3e Scène mêle les genres et fait appel au rappeur Abd al Malik, qui raconte à la manière d’un clip, sans dialogues mais sur fond de musique hip hop et dans un Paris contemporain, le drame shakespearien.

« Patterns of life » by Julien Prévieux

Dans C’est presque au bout du monde, l’acteur et réalisateur Mathieu Amalric filme au plus près le travail de préparation de voix de la soprano Barbara Hannigan, rappelant que l’Opéra est d’abord le lieu de la confrontation aux corps. Tout comme Clémence Poésy, dont le film À bouts portés aux images poudreuses et pastel suit, avec la plus grande douceur, la concentration des jeunes élèves de l’École de Danse de l’Opéra et cette qualité inquantifiable de grâce. Pour l’artiste Julien Prévieux, avec Patterns of Life (film présenté en 2015 dans son exposition au Centre Pompidou à l’occasion du prix Marcel-Duchamp), il s’agissait, avec la collaboration des danseurs de la compagnie, de poursuivre des recherches sur la codification des mouvements corporels, dans une mise en scène moderniste.

Prochainement, le jeune artiste et réalisateur Clément Cogitore présentera un film inspiré des Indes galantes de Rameau, musique baroque sur laquelle des danseurs improviseront une battle de krump, danse hyper-énergique de l’underground née à Los Angeles dans les années 1990. Chacun trouve donc matière à alimenter son propre travail, qu’il soit fictionnel ou plastique, à partir de cette inépuisable machine à rêves.

Autres articles du dossier

Articles liés

S'abonner au magazine

Inscrivez-vous pour recevoir par email
les actualités d'Octave Magazine.

S'inscrire

Haut de Page