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Julien
Prévieux

Artiste, réalisateur

Le travail, le management, l’économie, la politique, les dispositifs de contrôle, les technologies de pointe, l’industrie culturelle sont autant de « mondes » dans lesquels s’immisce la pratique de Julien Prévieux. A l’instar des Lettres de non-motivation qu’il adresse régulièrement depuis 2004 à des employeurs en réponse à des annonces consultées dans la presse, détaillant les motivations qui le poussent à ne pas postuler, ses œuvres s’approprient souvent le vocabulaire, les mécanismes et modes opératoires des secteurs d’activité qu’elles investissent pour mieux en mettre à jour les dogmes, les dérives et, in fine, la vacuité. Adoptant sciemment la posture de l’individu confronté à des pans entiers de la société qui, à bien des égards, se retrouvent déshumanisés, Julien Prévieux développe une stratégie de la contre- productivité, ou de ce que le philosophe Elie During nommait, dans un récent texte sur sa pratique, le « contre-emploi ».

Avec les crises et les scandales financiers qui ont jalonné la dernière décennie, les arcanes de l’économie mondiale se sont imposés à Julien Prévieux comme un sujet de prédilection. Sa série de dessins À la recherche du miracle économique (2006) prenait ainsi comme point de départ trois extraits du Capital de Marx que l’artiste a soumis aux « codes de la bible », une technique de décryptage utilisée à différentes époques pour faire surgir de textes sacrés des significations cachées. De chacun des trois extraits se déploie un réseaux de mots clés – krack, faillite, blanchir, dérives, monopole, audit, etc. – prophétisant différentes catastrophes financières, passées ou à venir. Plus récemment, c’est à « l’escroquerie financière du siècle », à savoir l’affaire Bernard Madoff, que Julien Prévieux s’est intéressé. Pour Forget The Money (2011), l’artiste est parvenu à acquérir une partie de la bibliothèque du financier déchu, suite à la vente aux enchères de ses biens saisis par le FBI. Si dans d’autres circonstances elle passerait pour des plus insignifiantes, cette collection d’une centaine de livres, notamment constituée de best-sellers, de thrillers et de littérature de gare, se voit chargée d’une aura singulière. Au fil des couvertures, elle se prête surtout à une lecture qui, rétrospectivement, ne peut voir dans des titres comme No Second Chance, End in Tears ou White Shark que des signes prémonitoires à la destinée de leur ancien propriétaire.