À lire avant le spectacle
Le compositeur
Richard Wagner, né le 22 mai 1813 à Leipzig, mort le 13 février 1883 à Venise. Avec Verdi, Wagner est incontestablement l’autre grande figure lyrique du XIXe siècle. Après des débuts difficiles (il ne parvient pas à faire représenter ses premiers opéras, Die Feen, Das Liebesverbot, Rienzi et même Le Vaisseau fantôme), Wagner connaît un certain succès à Dresde, où il a été nommé maître de chapelle de la Cour, grâce, en particulier, à la création de Tannhäuser (1845). Mais sa participation, quatre ans plus tard, à la Révolution de mai empêche la création de Lohengrin dans cette même ville et le contraint à s’exiler en Suisse. Là, il publie un certain nombre de textes politiques et critiques (dont L’Art et la révolution) et s’attelle surtout à la composition de son Anneau du Nibelung, esquissé un an plus tôt. Cette composition s’étalera sur plus de vingt ans, interrompue pendant une longue période par l’écriture de Tristan et Isolde, inspiré par son amour pour Mathilde Wesendonk, et par Les Maîtres chanteurs de Nuremberg, son seul opéra de maturité au dénouement heureux. En 1871, grâce au soutien du roi Louis II de Bavière, Wagner décide de faire édifier à Bayreuth un théâtre de sa conception, destiné à la représentation de ses œuvres. C’est là qu’est créé, en 1876, le cycle intégral de L’Anneau du Nibelung et, en 1882, Parsifal, son dernier opéra, qui constitue son testament artistique.
L'oeuvre
Prologue des trois journées qui forment le cycle de L’Anneau du Nibelung, le livret de L’Or du Rhin fut pourtant écrit en dernier. Wagner, en effet, avait d’abord écrit le récit de la mort de Siegfried (qui allait devenir Le Crépuscule des dieux), puis il voulut raconter la jeunesse de son héros (Siegfried) et, un an plus tard, l’origine de celui-ci et le destin de ses parents, les jumeaux Siegmund et Sieglinde (La Walkyrie), et enfin l’origine de la malédiction, le vol de l’or, qui est à la base de toute l’histoire (L’Or du Rhin). Le livret raconte donc le monde d’avant les hommes, celui où dieux, géants et Nibelungen (les travailleurs de force des entrailles de la terre) se disputent le pouvoir dans un perpétuel jeu de dupes. Ce monde représente aussi celui de la Nature à l’instant précis de la perversion, lorsque l’or qui dort au fond du fleuve, gardé par les Filles du Rhin, est subtilisé par le nain Alberich, afin de le fondre en un anneau qui donne la puissance. C’est la fin de l’équilibre originel, de l’harmonie bienfaitrice, pour aller vers la loi du plus fort, le chaos qui mènera à la catastrophe finale. Et c’est aussi le renoncement à l’amour au profit du pouvoir par l’argent. Le livret est nourri de toutes les idéologies de l’époque de Wagner (de l’anarchie au marxisme, en passant par Feuerbach et Schopenhauer) et reflète parfaitement les contradictions et les angoisses de la société capitaliste naissante. C’est la raison pour laquelle il a donné lieu à de nombreuses interprétations, en particulier politiques.
Sur le plan théâtral, l’œuvre est donnée d’un seul bloc, sous la forme de quatre scènes qui s’enchaînent sans entracte et qui donnent lieu à des échanges rapides et brillants, véritable comédie sur la prise du pouvoir. Sur le plan musical, comme elle est la première du cycle composée par Wagner (contrairement au livret), elle fait naître près du tiers des leitmotive qui nourriront la partition jusqu’à son terme. Ses premiers accords, en mi bémol, qui s’étendent sur cent trente sept mesures et qui symbolisent le monde naissant et devenant fleuve, sont particulièrement célèbres. Il n’y a pas d’air ou d’ensemble qui se détache de la partition, mais toute la première scène, avec les Filles du Rhin, possède une fraîcheur et une sensualité qu’on ne trouvera plus guère dans le reste de la Tétralogie.
La création
L’Or du Rhin a été créé le 22 septembre 1869 au Königliches Hof und Nationaltheater de Munich. La première exécution intégrale de L’Anneau du Nibelung a eu lieu à Bayreuth en août 1876.
L'oeuvre à l'Opéra de Paris
L’Or du Rhin a été représenté pour la première fois à l’Opéra de Paris le 17 novembre 1909 dans une version française d’Alfred Ernst, sous la direction musicale d’André Messager. En juin 1911, le cycle complet était représenté pour la première fois au Palais Garnier, toujours en français. Il fallut attendre 1955 pour que L’Anneau du Nibelung soit de nouveau présenté dans son intégralité à l’Opéra de Paris, cette fois en allemand, sous la direction de Hans Knappertsbusch. En 1976, une nouvelle production de L’Or du Rhin signée par Peter Stein pour la mise en scène, Karl-Ernst Herrmann pour les décors et Moidele Bickel pour les costumes réunissait Theo Adam (Wotan), Robert Tear (Loge), Franz Mazura (Alberich), Christa Ludwig (Fricka), Birgit Finnilä (Erda), sous la baguette de Sir Georg Solti. Le cycle complet n’a plus été donné à l’Opéra de Paris depuis 1957.









