Présentation
Un simple accord de mi bémol majeur, austère et immuable, jusqu’alors par nous inaudible, mais sans doute présent de toute éternité. D’abord à peine perceptible, le son se déploie, il se couvre et se recouvre de vagues et de courants; ses houles « en roulant les images des cieux, mêlaient d’une façon solennelle et mystique les tout-puissants accords de leur riche musique » (Baudelaire, La Vie antérieure) : c’est peut-être le Rhin, mais c’est d’abord le monde saisi à la fois dans son mouvement perpétuel et sa permanence. Il suffit à Wagner de cet accord tenu les cent-trente sept premières mesures de l’œuvre, pour faire se re-créer le monde devant nous, évoquer son éternité en même temps que ses métamorphoses. Et de cet accord fixe, au sens propre, fondamental, semble en même temps procéder toute musique. « On n’a jamais composé ainsi », écrivait Wagner, à la fois heureux et effrayé, à son ami Franz Liszt.









