À lire avant le spectacle
ARGUMENT
Caligula, empereur de Rome, tombe amoureux d’une reine inconnue d’une grande beauté, Teosena, venue lui demander de l’aide après la mort en mer de son époux, Tigrane, roi de Mauritanie. Il ordonne qu’on fasse faire le portrait de la belle, au grand courroux de l’impératrice Cesonia et à la stupeur du peintre-esclave, qui n’est autre que Tigrane déguisé, rescapé du naufrage. Chassée par son impérial époux qui célèbre ouvertement son amour avec Teosena, Cesonia fait boire un breuvage à celui-ci. Pendant ce temps, Tigrane, toujours déguisé en peintre, cherche à se faire connaître de sa femme mais est concurrencé par son « maître », Artabano, roi des Parthes, lui aussi amoureux de Teosenia et qui veut l’enlever. Dans une scène magistrale de délire, Caligula tombe dans la folie, repoussant sa femme, chassant ses hôtes, courtisant même Gelsa, la vieille nourrice peu farouche, se prenant pour Hercule qui poursuit Diane, puis pour un berger amoureux de la Lune. Devant son attitude étrange, le Sénat destitue Caligula au profit de Claudio et interrompt l’exil de Cesonia, pendant que Tigrane, réconcilié avec Teosena, cherche à faire valoir ses droits face à son rival Artabano, qui ne comprend pas qu’une reine lui préfère son esclave. Finalement, Caligula, donné pour mort après s’être blessé jusqu’au sang, retrouve ses esprits et sa femme. Tout rentre dans l’ordre : il aidera même Tigrane à reprendre son trône de Mauritanie.
LE PROJET
Folie amoureuse, folie du pouvoir, tempête des passions… On comprend pourquoi le baroque a été si fasciné par la folie, au point d’en faire une scène obligée dans ses opéras. Pagliari et son librettiste Gisberti dépeignent un Caligula «délirant» dont la folie bascule dans l’onirique et le poétique.
Autre passion très baroque : les marionnettes. Caligula a été créé au moment de l’essor de l’opéra pour les marionnettes à Venise, où l’engouement pour cet art raffiné a duré jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. L’artificialité poussée à l’extrême – des acteurs « de bois et de cire » - pour atteindre le plus haut degré de « merveilleux » dans l’esprit du spectateur, n’est-ce pas l’essence du spectacle baroque ?
C’est ainsi que deux univers forts se rencontrent pour recréer aujourd’hui cet opéra inédit retrouvé à Venise. D’un côté, l’esprit baroque, porté par les recherches esthétiques musicales et théâtrales du Poème Harmonique avec Vincent Dumestre. De l’autre, la tradition hautement théâtrale des pupi siciliens, marionnettes à tiges dont le génie est non pas mimétique comme celui des marionnettes à fils vénitiennes, mais poétique et même épique. Cette tradition, remontant au XVIIe siècle et classée au Patrimoine Mondial de l’Humanité, est conduite par le grand maître Mimmo Cuticchio, qui conjugue dans son art une technique transmise de génération en génération avec un grand esprit créatif.









