Wagner et Nietzsche, une amitié d'astres
« Nous étions amis sur la terre et nous sommes devenus étrangers l’un à l’autre (…) Il est probablement une immense courbe invisible, une immense voie stellaire où nos routes et nos buts divergents se trouvent inscrits comme d'infimes trajets (…) Et ainsi nous voulons croire à notre amitié d'astres, dussions-nous être ennemis sur la terre. »
Nietzsche, Le Gai Savoir
Richard Wagner aura sans doute été l’une des expériences les plus déterminantes pour la vie et la pensée de Friedrich Nietzsche. Il fut un ami et un maître pour le jeune philosophe. Mais la vie, et plus encore la pensée de Nietzsche emprunteront des voies nouvelles, plus solitaires et plus libres, qui devaient s’avérer incompatibles avec l’univers du mystagogue de Bayreuth. Une pudique distance entre les deux hommes fera place, après la mort du compositeur, à un vaste règlement de compte posthume de Nietzsche avec le « cas » Wagner.
Derrière la véhémence, savamment calculée, de la critique nietzschéenne envers ce sublime rejeton de la décadence et du nihilisme, se cachent une admiration et un amour qui n’ont jamais faibli. Au-delà du drame de l’amitié rompue (trahie ?), le nom de Wagner devient celui d’un véritable personnage conceptuel : il désigne cet « adversaire parfait » que doit se souhaiter tout philosophe, un problème philosophique central, et finira par être le chiffre du destin de la culture et de l’homme.
Nietzsche, pour qui la vie sans la musique eût été une erreur, fit de Wagner une question vitale. Jamais musicien n’avait été placé si haut dans la pensée d’un philosophe.
Par Dorian Astor









