L'esprit et la flamme
La saison 2012-2013 sera riche en célébrations essentielles pour l’Opéra de Paris,
célébrations qui nous ramènent à notre identité même. En 1713, Louis XIV voulut
consolider l’Académie royale de musique et institua notamment une école de danse, école qui depuis lors perpétue la tradition du style chorégraphique français. Le Ballet
de l’Opéra se joindra donc à l’École de Danse pour fêter ce bel anniversaire lors de
quelques soirées exceptionnelles. En 2013, nous célébrerons aussi le bicentenaire
des deux grands réformateurs de l’opéra au XIXe siècle, Wagner et Verdi. Tous deux
eurent un rapport privilégié, et souvent conflictuel, avec l’Opéra de Paris. Mais tous
deux venaient y chercher un orchestre d’une qualité suprême et des conditions de
travail alors sans pareilles. La situation n’a pas tant changé que ça. L’Orchestre et
le Choeur de l’Opéra de Paris continuent d’être parmi les meilleurs et peu d’autres
théâtres peuvent s’enorgueillir d’avoir de tels ateliers de décors et de costumes. À Wagner, nous rendrons donc hommage avec L’Anneau du Nibelung, l’une des
oeuvres essentielles de l’art occidental et un projet de longue haleine élaboré avec
Philippe Jordan, notre directeur musical, depuis ma nomination. Les grands
chanteurs wagnériens seront présents et notre public retrouvera Torsten Kerl,
Sophie Koch, Hans Peter König ainsi que quelques nouveaux venus comme Lars
Woldt, Martina Serafin ou Petra Lang. De Giuseppe Verdi, nous présenterons
cette saison deux oeuvres fondamentales, Falstaff et le Requiem.
L’Opéra de Paris accueillera, après quelques grandes métropoles, La Fille du régiment
de Donizetti dans la mise en scène de Laurent Pelly, avec Natalie Dessay, Juan Diego
Florez et Felicity Lott. Nous créerons une nouvelle Carmen, mise en scène par Yves
Beaunesne, et que dirigera Philippe Jordan. Anna Caterina Antonacci et Karine
Deshayes interpréteront le mythique rôle-titre, avec autour d’elles Nikolai Schukoff
et Ludovic Tézier. La Gioconda, le chef-d’oeuvre flamboyant de Ponchielli, fera enfin
son entrée au répertoire dans une production de Pier Luigi Pizzi et sous la direction
de Daniel Oren. Violeta Urmana, Marcelo Alvarez, Sergey Murzaev et Luciana
D’Intino serviront cette partition spectaculaire. Enfin, réjouissons-nous d’une autre
entrée au répertoire, celle de l’enchanteur Hänsel et Gretel de Humperdinck, disciple
de Wagner, mis en scène par Mariame Clément et dirigé par Claus Peter Flor.
Par ailleurs, nous retrouverons quelques productions célèbres de l’Opéra de Paris
comme Les Noces de Figaro de Giorgio Strehler, Les Contes d’Hoffmann et le Capriccio
de Robert Carsen ainsi que quelques ouvrages plus rares et passionnants comme le Rake’s Progress de Stravinsky, La Khovantchina de Moussorgski ou le diptyque formé
par Le Nain et L’Enfant et les sortilèges de Zemlinsky et Ravel. Nous reprendrons aussi La Cenerentola de Rossini dans la production de Jean-Pierre Ponnelle, à laquelle notre
public vient de faire fête.
En cette saison de tricentenaire, le Ballet de l’Opéra montrera son éternelle jeunesse
et sa créativité, si bien défendues par Brigitte Lefèvre, directrice de la Danse. Les plus
grands chorégraphes seront là : George Balanchine, Merce Cunningham, Roland
Petit, William Forsythe, John Neumeier, Maurice Béjart, Jirí Kylián, Trisha Brown
ou encore Jerome Robbins. Et n’est-ce pas prouver la diversité extraordinaire de cette
Compagnie en disant que La Sylphide de Pierre Lacotte, Don Quichotte de Rudolf
Noureev et Signes de Carolyn Carlson et Olivier Debré sont tous trois constitutifs de
son identité ? La brillante Étoile Marie-Agnès Gillot créera sa première chorégraphie
pour la Compagnie et un nouveau Boléro, après celui de Maurice Béjart, sera imaginé
par Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet et Marina Abramovic.
À l’Amphithéâtre, l’année sera tout aussi dense. La série Convergences continuera
sa mission, emprunter les chemins rares de la musique en compagnie des meilleurs
interprètes : Eric-Emmanuel Schmitt tentera d’éclaircir le mystère Bizet, nous
rendrons hommage au trop rare compositeur Frederick Delius et nous reviendrons
au pays enchanté du Lied avec Franz Josef Selig, Ricarda Merbeth, Janina Baechle et
Elisabeth Leonskaja ou encore Marie-Nicole Lemieux. Philippe Jordan sera au piano
pour La Belle Maguelonne de Brahms avec Roman Trekel et Marthe Keller.
L’Atelier Lyrique créera une nouvelle production du Mondo della luna de Haydn
et le Jeune public vous invitera à suivre les aventures d’un certain Siegfried pour
une première découverte de L’Anneau du Nibelung.
Voilà de quoi entretenir la flamme et l’esprit de cette maison incomparable et voilà
de quoi susciter la curiosité et la passion de notre public toujours plus nombreux.
Nicolas Joel
Directeur de l'Opéra national de Paris









