Julien Benhamou / OnP

Werther
Jules Massenet
Présentation
À lire avant le spectacle
DRAME LYRIQUE EN QUATRE ACTES ET CINQ TABLEAUX (1892)
MUSIQUE DE JULES MASSENET (1842-1912)
POÈME D'EDOUARD BLAU, PAUL MILLIET ET GEORGES HARTMANN D'APRÈS JOHANN WOLFGANG VON GOETHE
En langue française

Dans le chef-d’oeuvre de Massenet, les larmes ne cessent de couler et cela dès qu’au clair de lune, l’idylle s’est à la fois révélée et brisée. « Tout monêtre pleure », dit Werther. Voilà qui nous mène bien loin des larmes habituelles de l’opéra, qu’elles soient furtives ou qu’elles éclatent en violents sanglots. Celles-là coulent lentement et inexorablement, une à une, « patientes gouttes », dit Charlotte : en quatre actes, elles auront fait leur oeuvre. Charlotte ne peut les retenir en relisant les lettres de Werther et ses larmes sont la seule part d’elle-même, le seul sacrifice qu’il ose lui demander. Elles couleront devant l’ange de la consolation qu’est Sophie. Elles couleront à la lecture d’Ossian. Elles couleront enfin devant le corps baigné de sang de Werther. Mais ces dernières, il les refuse : le voilà libéré et heureux.Werther est un long requiem, « lacrimosa dies illa », jour plein de larmes que celui-là, et sans doute l’oeuvre la plus personnelle de Massenet. Roberto Alagna et Karine Deshayes incarnent ces malheureux amants sous la direction de Michel Plasson et dans la production désormais légendaire de Benoît Jacquot.

Michel Plasson Direction musicale
Benoît Jacquot Mise en scène
Charles Edwards Décors
Christian Gasc Costumes
André Diot Lumières (d'après les lumières originales de Charles Edwards)
ArtisteNoteRôle
Roberto Alagna
Werther
Abdellah Lasri
12 fév.
Werther
Jean-François Lapointe
Albert
Karine Deshayes
Charlotte
Hélène Guilmette
Sophie
Jean-Philippe Lafont
Le Bailli
Luca Lombardo
Schmidt
Christian Tréguier
Johann
Joao Pedro Cabral
Brühlmann
Alix Le Saux
Kätchen

Représentation du 29 janvier 2014
Le rôle de Werther sera interprété par Luca Lombardo et le rôle de Schmidt sera interprété ce soir par Vincent Delhoume.


Orchestre de l’Opéra national de Paris
Maîtrise des Hauts-de-Seine ⁄ Chœur d’enfants de l’Opéra national de Paris

Production originale du Royal Opera House, Covent Garden, Londres (2004)

Le compositeur

Jules Massenet, né le 12 mai 1842 à Montaud, mort le 13 août 1912 à Paris. Formé à la musique par sa mère, qui donnait des leçons pour équilibrer le budget familial, Massenet entre très jeune au Conservatoire où, après avoir étudié le solfège, le piano et l’harmonie, il intègre, en 1861, la classe de composition d’Ambroise Thomas. En 1863, il obtient le Grand Prix de Rome et s’installe, pour deux ans, à la Villa Médicis, où il écrit nombre d’esquisses qui constitueront le germe de ses futures œuvres. La première à être représentée, à son retour, est un ouvrage en un acte commandé par les directeurs de l’Opéra-Comique : La Grand’-Tante. Suivent, entre autres : Don César de Bazan (1872), Le Roi de Lahore (1877), Hérodiade (1881), Manon (1884), Le Cid (1885), Esclarmonde (1889), Thaïs (1894), Sapho (1897), Cendrillon (1899), Don Quichotte (1910)…
Très vite, Massenet a fait figure de « compositeur officiel ». Décoré de la Légion d’Honneur, en charge de la chaire de composition au Conservatoire, élu à l’Académie des Beaux-Arts, son influence est devenue telle que, pour obtenir le Prix de Rome, certains compositeurs comme Debussy n’ont pas hésité à « massenétiser » leur cantate. Sur le plan musical, il opte plus volontiers pour la continuité de la tradition que pour la rupture.

L'oeuvre

Le livret est tiré du célèbre roman épistolaire de Goethe, que Massenet connaissait probablement depuis son séjour à Bayreuth en 1886. Contrairement aux livrets de Faust de Gounod ou de Mignon d’Ambroise Thomas, il s’écarte peu du texte original. La place du rôle de Charlotte apparaît toutefois comme une des différences essentielles : alors qu’elle restait à l’arrière-plan dans le roman (où le héros, auteur des lettres, agissait seul), elle occupe, dans l’opéra, une place égale à celle de Werther. L’idée qu’on se faisait en France d’une idylle typiquement allemande a visiblement guidé le façonnement de l’œuvre. Les épisodes s’enchaînent à la manière de tableaux de genre, les actes portant des titres, comme s’il s’agissait de chapitres dans un livre d’images. Dans cette esthétique, les épisodes les plus réussis naissent à l’occasion des luttes intérieures de chacun des personnages, lors des rapports – conflictuels ou non – résultant du drame entre Werther, Charlotte et Albert et donnant lieu à de grandes effusions mélancoliques.
L’orchestration est à l’image de la conception d’ensemble. Bien qu’il utilise un grand orchestre, Massenet élabore un tissu sonore dont la transparence évoque le plus souvent la musique de chambre. Le style des parties chantées ne vise pas au brillant, mais favorise le dialogue et le jeu scénique. Les relations entre les motifs et leurs rapports avec les personnages les rapprochent des leitmotive wagnériens. Massenet prend néanmoins ses distances avec le maître allemand, cherchant plutôt à élaborer un style « fin de siècle » français, qui se caractérise par sa finesse, son élégance et sa sensibilité.
Mattia Battistini, baryton à l’aigu souple et facile, lui demanda d’écrire pour sa voix une version nouvelle d’un Werther devenu baryton, qui fut achevée dix années plus tard, en 1902.

La création

Werther a été créé à l’Opéra Impérial de Vienne, le 16 février 1892, en allemand, sous la direction de Massenet lui-même. La création en langue française eut lieu à Genève le 27 décembre 1892.

L'oeuvre à l'Opéra de Paris

A Paris, l’essentiel de la carrière de Werther s’est fait à l’Opéra-Comique, où l’œuvre a été jouée 1389 fois jusqu’en 1978. Parmi les innombrables interprètes, citons Georges Thill, Raoul Jobin, Albert Lance, Alain Vanzo (Werther), Ninon Vallin, Denise Scharley, Rita Gorr, Nadine Denize (Charlotte), Jean Vieuille, Gabriel Bacquier, Yves Bisson (Albert). L’œuvre n’a fait son entrée au Palais Garnier qu’en 1984, sous la direction de Georges Prêtre, avec Alfredo Kraus / Neil Schicoff (Werther), Lucia Valentini-Terrani / Tatiana Troyanos (Charlotte) et Gino Quilico (Albert). En février 2009, une nouvelle production signée par Jürgen Rose pour la mise en scène, les décors et les costumes était présentée à l’Opéra Bastille, avec Rolando Villazon et Ludovic Tézier en alternance dans le rôle-titre et Susan Graham dans celui de Charlotte. Enfin, en 2010, Benoît Jacquot signait une nouvelle mise en scène avec Jonas Kaufmann et Sophie Koch. C’est cette production qui est de nouveau à ‘affiche cette saison.