Idoménée
Lycée Janson de Sailly – Lycée Michelet (Khâgne – Option Histoire des Arts)
Responsable pédagogique : Jean-Pierre Levert
CNSMDP (Culture musicale)
Responsable pédagogique : Lucie Kajas
Conférence destinée aux étudiants des établissements ci-dessus dont le thème d’étude de l’année était : Le modèle antique dans l’opéra
C’est à la fin de la Renaissance qu’est né l’opéra, et Nietzsche, très critique en la matière, y a vu une fausse renaissance de la tragédie et un faux retour à l’antique. C’est plus tard, pour lui, et avec le drame musical wagnérien qu’on assistera à l’équivalent de ce que fut la naissance de la tragédie dans le monde antique.
Curieusement, Jean-Philippe Rameau et son librettiste ont conçu le prologue de Platée comme une manière de « Naissance de la comédie ». Tout commence avec un Satyre, et placé sous le signe de Dionysos (Bacchus) et du vin qui a endormi Thespis, le retour à l’antique rappelle le drame satyrique des Grecs tout en reprenant des motifs de la comédie aristophanesque (les grenouilles) et une visée plus proche de la comédie moliéresque (corriger par le rire). On constate un grand absent, Apollon, et les Muses elles-mêmes, dont certaines sont convoquées (Thalie, Terpsichore), sont supplantées par la Folie.
Quant à Idoménée, il ne mérite sans doute pas la sévérité dont a fait preuve Nietzsche à l’égard de l’opéra du XVIIIe siècle. Le sujet, emprunté à la tradition épique des Retours, est dans la tradition homérique. Les humains subissent la volonté des dieux, heureusement divisés (Minerve contre Neptune). Un drame complexe se noue : drame de l’exil (tant pour Électre que pour Ilia), drame de la rivalité amoureuse, drame, du vœu imprudent (celui d’Idoménée), l’enjeu étant, comme dans Phèdre (ou dans l’Hippolyte et Aricie de Rameau), le sacrifice d’un fils (Idamante). Apollon cette fois est présent, sans être directement nommé.
C’est dire que, pas plus d’ailleurs que dans Platée, le dionysiaque ne l’emporte. Mozart, d’une autre manière que Rameau, et dans un opera seria qui a été marqué par l’opéra français, ménage l’équilibre entre les forces contraires et conduit à la sérénité.









