Simon Chaput / OnP
Les résultats

Moins de 18 ans

Résultats de la catégorie "moins de 18 ans"

PREMIER PRIX

Émotion en Sfumato
Irène Michaud

Je gravis l'escalier de marbre avec une précaution infinie. J'ai le précieux sentiment de pénétrer avec un certain privilège dans l'olympe doré des danseuses, sphère inaccessible et si prestigieuse à mes yeux. Autour de moi c'est un murmure de voix graves et de tulle froissé, des talons qui claquent sur le sol. Je m'éloigne, et mes pas foulent en silence la moquette rouge.

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Quelques instants plus tard, je m'enveloppe dans mon fauteuil de velours. Des soupirs trépignant d'impatience me parviennent. Je me tais, mais en moi naît un véritable bouillonnement. Mes mains tremblent sans que je ne sache vraiment pourquoi. Soudain les lumières s'éteignent, emportant avec elles les derniers chuchotements et les quelques notes perdues d'un violon qu'on accorde. Sur un geste preste du maestro en queue-de-pie, l'orchestre se lance, rompant le silence pesant de rythmes effrénés. Prompt impromptu qui caresse les murs, s'envole vers les lumières. Le rideau se lève d'un coup, et moi, je ferme les yeux. La musique ne fait plus qu'un avec mon âme, je ne suis plus. Tout autour de moi le néant, rien ne m'atteint. Quand j'ouvre à nouveau les yeux, Kitri est devant moi, illuminant la scène de sa robe couleur de feu. Je m'accroche à cette image et les larmes coulent sur mes joues. La silhouette incandescente me met de l'amertume au coeur, je le sens qui saigne. Que ne donnerais-je pour être à sa place, traversant le plateau d'un parfait grand jeté, esquisse volage qui fait rêver. Elle est là et elle danse, sourire charmeur, yeux malicieux. Je la contemple, elle seule existe. Moment suspendu, fuite du temps. Complexité d'une symbiose délicate, si elle s'estompe, je suis perdue. Mais Don Quichotte s'achève bientôt, et me voilà à nouveau sur mon siège de l'Opéra. J'ai quitté l'Espagne et le soleil brûlant des places animées. Il me faut regagner le monde qui m'entoure. Je me lève, je suis une autre. Le sang bat à mes tempes, ma vue est floue. Je sens à mes côtés la foule qui se presse, bulles raffinées de rires satinés. J'évolue, transparente. Tout mon être est encore sur scène, ébloui par l'éclat violent des projecteurs et du chaud qui frissonne sur ma peau. Je franchis la porte vitrée, pensées nuages dans une nuit étoilée. Le vent frais du dehors élève encore au-dessus de moi les valses lentes qui me transportent.

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DEUXIÈME PRIX

Une larme pour Sonya Yoncheva
Gabrielle Tort

C'était le dimanche 29 septembre 2013, je suis allée voir Lucia di Lammermoor de Donizetti à l'Opéra Bastille. Quand j'ai entendu la harpe faire son solo, j'étais heureuse comme une reine. C'était tellement beau que je me croyais au bord d'un lac. Chaque note était une plume de paon. Cette plume se posait sur le sol dès qu'il n'y avait plus de son. Pendant que les violons faisaient leurs morceaux, je voyais des diamants qui se posaient délicatement par terre.

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Quand j'ai entendu la voix de Sonya Yoncheva, j'ai eu les larmes aux yeux. Lorsqu'elle faisait des rondes et des blanches, des pétales de rose se posaient dans ma bouche. Il y avait un doux parfum qui se frottait dans mes narines. Quand Sonya Yoncheva respirait pour faire une nouvelle phrase, je sentais comme du miel couler dans ma gorge. Elle s'arrêtait de chanter : des notes se glissaient dans mes oreilles, comme si elles voulaient me dire un secret. Mes larmes étaient des perles. Ces larmes de perles coulaient pour Sonya Yoncheva. A un moment, elle a tenu une longue note, je sentis des gouttes de pluie qui tombaient doucement sur mes bras. Je transpirais beaucoup, une flamme venait de l'intérieur.
Lucia apparaît dans sa robe blanche. Au départ, je croyais qu'elle voulait se tuer. Mais non, elle a tué. Lucia devient folle. Alors, j'ai entendu un dialogue entre sa voix et l'orchestre : elle posait des questions, il n'y avait personne mais l'orchestre apportait les réponses. Un rayon de soleil qui se trouvait derrière moi, j'avais chaud au niveau du dos.

A la fin, tout le monde s'est levé pour applaudir. Chaque frappe était un pas de loup qui avançait. Je voyais plein d'étoiles filantes qui couraient dans tous les sens. Les applaudissements s'accéléraient, je ressentais mon coeur. J'étais heureuse d'être là : je crois que c'est rare que les gens se lèvent pour applaudir quelqu'un aussi fort, aussi longtemps.

Je vais vous dire quelque chose de très important. En septembre, j'ai eu des moments vraiment difficiles. Quand je suis allée voir Lucia Di Lammermoor, il y eut un moment magique. J'ai senti un petit vent qui tournait autour de ma tête. Ce vent a pris ma tristesse et s'est mis dans les instruments à corde. Ils ont jeté ma tristesse dans les sous-sols de l'Opéra, mon ami, depuis l'âge de cinq ans, depuis toujours.

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troisième prix

Va ! Laisse couler mes larmes...
Pélagie Ratchinski

Les murs géométriques de l’Opéra Bastille ne sont plus tout à fait nouveaux pour moi : au cours de mon enfance presque parisienne j’ai souvent assisté à des ballets, des opéras, des ballets surtout. En ce soir de janvier, maman et moi rejoignons papa dans le hall. C’est la fin d’une semaine assez éprouvante au lycée : la sortie à l’Opéra offre une distraction plutôt bienvenue.

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Nous ne sommes que trois : les « petits », après maintes recommandations ont été abandonnés à leur triste sort dans un pavillon de la banlieue parisienne. Je goûte fort le privilège de sortir avec les grands.

Sur le dallage blanc, les escarpins des élégantes claquent mais déjà le gong appelle les spectateurs. Chacun s’installe confortablement. La lumière s’éteint ; le public se tait ; l’orchestre joue ; le rideau se lève. Ce soir, on donne Werther.

Le décor est simple, clair, comme les costumes ; pour une fois, l’intrigue me paraît limpide : pas de grande fresque historique chargée de sombres complots, rien de bien compliqué, juste un amour impossible. Mais quel amour ! Que de grandeur dans cette apparente simplicité ! Les actes se succèdent, une tragédie se construit, la voix des chanteurs monte, monte, gagne en puissance et me conquiert. Le texte me touche, la musique m’envoûte. Déjà l’entracte ? Quel dommage ! Le temps d’échanger furtivement quelques impressions et vite, me revoilà à ma place.
Charlotte pleure, elle est malheureuse, elle fait pitié, mais en même temps, quelle perte si elle ne pleurait pas : il n’y aurait plus de belles paroles sur les larmes et le coeur, il n’y aurait plus de beaux airs, si beaux que l’orchestre suspend son élan pour laisser à la salle pleine à craquer le temps d’applaudir. Et puis Albert se fait méchant, de sa voix grave il prononce l’arrêt de mort de Werther, mon coeur s’emballe, je m’en rongerais presque les ongles. On a beau connaitre la fin, ça ne fait rien, c’en est même pire. Charlotte court pour sauver son bien-aimé, je ne tiens plus en place ; Mais voilà, au milieu de la joie générale Werther expire. Ah, là, là, j’en verserais presque une larme en bonne ado romantique. Charlotte lance ses dernières notes de sa voix ardente et pleine. Le rideau descend. La foule applaudit, que dis-je, éclate en un fracas assourdissant d’applaudissements ; les « bravos ! » fusent, on ne s’arrête plus, « encore ! » voudrait-on crier.
Nous sortons. Dans le métro devinez notre sujet de conversation… Et quelque chose me souffle que ce soir dans mon lit résonnera à mes oreilles
la musique de Massenet tandis que devant mes yeux passeront les images de ce qui est sans doute, pour le moment, ma plus belle émotion à l’Opéra.

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Quatrième prix

Un Siège pour épave
Benjamin Renault

Comme une femme délaissée, elle semble rêver à l’ivresse, de ces nuits de printemps où la nature est encore belle de sa virginité. Comme une reine de marbre, ses atours inutiles d’astres desséchés, paraissent bien ternes sur son buste encore gracieux ; gracieux d’un éclat pâle …

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Le sol était traître, de sorte qu’un petit objet brillant roula jusqu’aux confins de la chambre. La femme l’avait laissé échapper, elle se tenait là, droite et altière ; les douces résonances jouaient dans les renforts et modulaient dans la pénombre …
Les vibrations me parvenaient, déformées et charmantes, comme autant de cristaux délicats qui se brisent dans un éclat sonore et musical ; d’une musique claire et précieuse qui s’élève vers le paradis …
L’instant de figeait et fuyait sans cesse, une voix douce et pénétrante comme un parfum de jeunes fleurs robustes, chantait avec puissance un air d’amour à faire pleurer les anges ; le plafond sans dorure, d’une esthétique froide, m’apparut comme une mer dont les vagues cruelles seraient des harmoniques suaves …
Mes yeux brûlaient et mon corps tout entier se mit à frissonner comme une corde que l’archet subjugue. Ô que ne puis-je décrire cette sensation par des mots qui en révèle tout le sens! Hélas, le verbe est bien vain quand l’âme voyage en des âges que l’encre ne peut altérer … La comtesse – que ne puis-je connaître son nom – chantait un aria célèbre et je naviguais en des eaux merveilleuses, l’onde se métamorphosant en un théâtre de fantasmagories ; je me laissais bercer par la mélodie des sphères …
C’est à ce moment, dans cette grande salle, que j’atteignis cet état de plénitude simple et heureuse qui ne s’estompa que bien après ; une composition d’une telle évidence qu’elle ne peut qu’enchanter la plus mélancolique des roches …
Je me tenais là, assis sur mon siège, l’esprit comme un navire dérivant, et cette femme qui chantait, et mon coeur qui battait de même en songeant, dans un rêve d’opale, à la grandeur et à la décadence, à la vie qui joue sa propre musique quand elle étend ses ailes sur la mélancolie des terres les plus arides ; brusquement l’orage, l’ovation, et enfin la pluie dans le désert …
Le siège, l’éclat furtif de cet objet, l’orchestre … Le jeu des vibrations, la voix … Mozart et Beaumarchais … Tout était là, et je ne pus que sombrer dans les flots de la contemplation …
Et si, pendant quelques millions d’années, le temps s’arrêtait en cet instant, viendrais-tu me rejoindre, pour jouer dans les renforts et plonger dans l’onde cristalline ? L’éternité même se brisera quand, à la dernière note, le tonnerre grondera dans les parterres ; et nous demeurerons là, dans l’extase d’une ultime cadence, sur cette mer déchaînée … Un siège pour épave …

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Cinquième prix

Noirceur flamboyante
Anthony Navarro

Ma plus grande émotion à l'Opéra national de Paris remonte à l'Elektra dirigée par Philippe Jordan cette saison...

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Frigorifié par plusieurs heures d'attente, j'obtenais finalement une place de dernière minute au premier rang. Poussant les portes de l'Opéra Bastille, l'excitation montait alors crescendo. Voir cette oeuvre était un rêve qui allait s'accomplir, qui plus est au bord de la fosse, si proche du volcan orchestral composé par Strauss. Ainsi j'y étais, placé juste derrière le chef ; la sonnerie retentit, climax de ma fébrilité. La lumière s'estompa, le chef prit place, le rideau se leva.

L'immense motif introductif empli la salle. Vague déferlant avec fureur, annonciatrice de la suite de l’oeuvre. Un décor minimaliste, enfermant les personnages dans une oppressante chape de plomb, dégageait un sentiment de solitude, propice à l'introspection. La partition défilait alors, inexorable, sans temps mort, comme une course vers la fatalité. Vinrent s'égrener sentiments si divers ; mélancolie couplée de fascination face à tant de noirceur, joie face à l'amour fraternel du somptueux duo d'Electre et Oreste. Mais le temps filait, le noeud se resserrait, l'inéluctable arrivait.

Je me mettais alors à rêver de l'impossible, prière insensée refusant ce qui doit arriver. L'espoir parfois apparaît, mais le brasier continue de se propager, le fatum pesant toujours plus. Vint l'ultime duo des soeurs, d'une profonde beauté lyrique, les sentiments devenaient tiraillants, partagés entre le ravissement et les larmes. Les dernières notes résonnèrent, le rideau tomba, la salle ovationna.

Je me retrouvais alors ainsi, le visage recouvert de larmes, heureux d'avoir pu vivre un tel moment. La pression retombait peu à peu, les artistes vinrent saluer. Temps pour moi de reprendre pleinement conscience. Electre fut à la fois sauvage et touchante, complétée par une Chrysothémis rayonnante comme une lueur d'espoir filant le récit, un Oreste m'ayant profondément marqué dans l'émouvant duo avec sa soeur, l'interprétation froide et lumineuse de Clytemnestre. Titubant, je me dirigeais temps bien que mal vers la sortie, les échos de ce moment passé emplissant mon esprit.

Cette soirée restera gravée dans ma mémoire, j'espère pouvoir encore et encore revivre de telles émotions dans ce lieu sacré, bercées par cet art total qu'est l'Opéra.
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Sixième prix

Sous Apparence de Marie-Agnès Gillot et Un jour ou deux de Merce Cunningham
Alexia Thierry

Je suis une provinciale, j'aime la ville de Paris pour ses palais, ses théâtres, ses lieux si magiques qui vous transportent dans un élan de culture intense. Je me rends souvent dans cette belle ville, et ce soir là, ce fut lors d’un ballet à l’Opéra national de Paris. Marie-Agnès Gillot et Merce Cunningham étaient au rendez-vous.

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Et c’est la première partie avec la première création pour ballet de l’exceptionnelle danseuse, parfaite interprète, avec une maitrise technique très recherchée, une ambition parfaitement menée et désormais une chorégraphe talentueuse qui a fait ses preuves, qui m'a bouleversée.

Ce soir là, c’était ma première fois, à l’âge de 16 ans, que j’assistais à une représentation dans ce sublime opéra, et je fus conquise.
Tous d’abord l’entrée spectaculaire, avec ces escaliers de marbres anciens ravissants. L’architecte Garnier dans la deuxième partie du XIXème siècle à édifié un Palais des plus prestigieux. Le simple fait de monter les marches vous rend élégant. Et une fois à l’intérieur, le spectacle continu. Un décors qui vous fait asseoir de suite sur votre siège d’un rouge très baroque.
Je suis restée clouée au siège, le cou tendu, le dos droit pour ne pas rater une seule seconde de la chorégraphie. Avec cette salle d’une splendeur à couper le souffle, avec ce plafond qui vous hypnotise, ces loges somptueuses, ces ravissantes dames et demoiselles d’une élégance parisienne qui ne vous échappe pas. Cette ambiance d’élite souveraine, cultivée, calme et pressée à la fois.
La fièvre d’impatience augmentait, la chaleur corporelle montait. Les musiciens en place, les lumières s’endormants pour un temps, rare et précieux. Le public tendu cesse de chuchoter, les retardataires se font remarquer, et puis ce silence, ces respirations coupées. L’orchestre se lance et puis tout s’enchaine. Les rideaux sont tirés et des danseurs expérimentés se lancent dans l’arène. Ils excellent.

Au final, « programme d’exception » n’était qu’un pléonasme ! Je fus transportée, conquise, mon coeur battait sur ce son vous prenant les tripes, bourdonnant en adéquation avec le rythme scénique ! On peut dire que les extraits des 1er, 3ème, 4ème et 5ème mouvements de Rothko Chapel m’ont musicalement emmenés dans un autre univers, fait de vibrations. Et puis le Kyrie et Agnus Dei en mi mineur: un extrait d’extase.
Les décors, parlez moi des décors ! Olivier Mosset m’a transcendé avec ses formes géométriques apaisantes et tellement linéaires !
Les costumes, parlez moi des costumes ! J’ai encore en tête depuis plus d’un an ces formes curieuses, ces couleurs radieuses, ces danseurs accoutumés à un matériel délirant et réalisants des performances complétement éblouissantes !
Alors je peux vous dire que lorsque la chorégraphie s'est terminée, j'avais les larmes aux yeux. Ma plus belle émotion, c'est quand je me suis levée pour applaudir toujours plus fort en redemandant encore et toujours, les mains rouges de bonheur.
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Septième prix

Rain ou le souffle d’Anne Teresa de Keersmaeker
Suzanne Mairesse

Connaissez-vous ce saut qui vous bouleverse, ce mouvement qui vous paralyse, ce silence qui, à jamais vous marque ?

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Deux mille sièges de velours rouge s’observent silencieusement. La salle de l’Opéra Garnier demeure à jamais interdite, suspendue, agitée d’une impatience enfantine... L’encre noire, jetée sur le gigantesque cocon luxueux, s’efface peu à peu, pareille au calme fuyant la tempête. J’inspire.

En une fraction de seconde, un souffle de vibrations émane du sol. Les premières notes de " Music for 18 musicians " balaient soudain tout parasite, attrapant un à un les atomes d’oxygène, comme si l’âme de Steve Reich venait englober la salle dans un mouvement de spirale perpétuel, bercé par une étrange et métallique régularité sonore.
Une foule de formes animées se lient et se délient, se rencontrent sans pour autant se voir, sillonnent solitairement l’espace pour mieux inscrire leur ombre dans l’unité presque picturale qui s’offre à nos regards. Les corps tombent, retombent, rebondissent et surgissent, jaillissant du sol, fuyant la gravité pour aussitôt la rechercher.
La peau souple d’un talon heurte violemment la surface austère du sol. Elle fait naître de ce rejet la contraction successive des muscles de la cheville, désormais flottante au-dessus d’une vaste flaque d’essence noire, ne laissant émerger que les doux reflets de l’éclairage rose. En cet exact instant, d’autres chevilles éparses flottent inexplicablement en une même suspension étonnement longue et pourtant si frêle. Aucune d’elle ne semble supporter le corps vaporeux qui la surmonte. Et c’est comme si le monde entier retenait son souffle lorsque ces pétales négligemment jetés sur scène, caressées par un habit de soie clair, tournoient dans l’air.
Mais progressivement la pluie s’évade, s’évapore, se tait. La nature se retire, ne laissant derrière elle que l’écho lointain du tonnerre. Les lourds rideaux de velours enveloppent d’un seul et suave mouvement les derniers souffles des danseurs, berçant leur corps fatigué d’une si leste anamorphose.
Du cinquième balcon, je domine l’espace vide. Toute ma chair perçoit l’atmosphère étrangement calme du lieu. L’énergie qui s’y produit durant quelques heures apporte chaque soir un peu plus de sérénité. Deux mille crânes, quatre mille épaules et des milliards de cheveux m’enserrent. Et pourtant je suis seule. Les images en moi rugissent de beauté.
Je demeure inerte.
Paralysée.
Seules mes larmes dansent désormais…
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huitième prix

L’Étoile de ma vie
Anthony Touchard

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Qu'importe le temps qui s'écoule, je me souviendrai toujours de cette soirée intemporelle, au même titre que l'histoire de ce ballet mythique qu'est Le Lac des Cygnes.

Gravitant autour de son astre en de surabondantes arabesques, le cygne atteint en son coeur s'incline dignement. Un tonnerre d'applaudissements retentit - Mon coeur à moi s'emballe pour le grand final. Frappé par une foudroyante amertume, le Prince imite l'animal, et des myriades de cygnes s'élancent et s'immiscent sur scène. En un ultime espoir, les amants s'enlacent et l’impérissable spectacle prend de la hauteur, tel un tableau de Degas prenant vie sous mes yeux éblouis. Elle, condamnée à rejoindre les cieux, autour de l'intarissable lac, échappe aux bras de son promis. Lui, désespéré, tente en vain de retenir cette étoile filante, qui rejoint la nuit en une complainte éternelle.
Les tambours frémissent, et je frissonne de toutes les parcelles de mon corps, parmi la foule cramponné à mon siège et au funeste destin des amants. Alors, les trompettes célestes retentissent depuis la fosse jusqu'aux nuées les plus lointaines. La brume submerge peu à peu la scène et le sombre sorcier apparaît. Pris d'un hybris passionnel, le prince lutte et résiste au démon, mais le rêve idyllique incarnée dans le cygne majestueux, s'élève dans le ciel ; Je sors de moi-même, transporté par la force émotionnelle que génère la fusion entre les corps dans l'espace et la musique bouleversante de Tchaïkovski. La scène devient alors le monde et crépuscule s'étend sur lui. Seule une lueur perce les ombres, et la main tendue du prince, comme un suprême désir d'être lié à jamais à son rêve, son idéal. L'étoile s'inscrit dans la nuit des temps, mon coeur comme le cygne, s'envole, et le rideau tombe, sous la pluie d'applaudissements.

Ce passage restera à jamais gravé dans ma mémoire, ce fus pour moi comme une révélation. Rien ne m'avait autant bouleversé en contemplant une oeuvre chorégraphique, dans l'immensité de l'opéra Bastille. Voilà comment cet instant succinct à l'échelle d'une existence, m'a profondément marqué dans ma vie. Et tous mes espoirs juvéniles de spectateur consistent depuis à retrouver cette émotion. Ma plus belle émotion.
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Neuvième prix

Comme un rêve
Jade Catanzano

L'Opéra de Paris? Je le connaissais par coeur. Je suis passionnée par la danse, tout ce qui attrait à cet art me subjugue. Bien sûr, j'y suis dévouée corps et âme: je vis danse, je pense danse, je rêve danse, je respire danse. Alors quand on me parle de la meilleure compagnie du monde, mes yeux brillent.

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Quand je ne danse pas, je recherche dans des livres et sur Internet tout ce qui concerne le Ballet de l'Opéra. Je pensais ne plus pouvoir avoir de surprise. Et, l'année passée grâce à mes économies, j'ai pu m'offrir une journée exceptionnelle: quelques heures à l'Opéra Garnier pour assister au célèbre ballet des "Sylphides" avec l'étoile Mathias Heymann.

Arrive le jour J, attendu depuis des semaines, imaginé tant de fois dans mes rêves. Je m'étais répétée encore et encore le moment. Puis m'y voilà. Pour de vrai. Mes yeux s'écarquillent, devant le grand bâtiment, ses moulures, ses dorures et les petites statues sur le toit. C'était grandiose. Je l'avais admiré si souvent dans les reportages vidéos... Mais c'était comme si je le voyais pour la première fois. En grimpant les marches, j'arrive dans l'entrée et là, ce fut magique! L'escalier mythique s'imposait à moi. Il se dressait, l'air fier et audacieux et je me sentis si petite, si fragile. L'émotion fût telle que j'en eus le souffle coupé, ma respiration devenait haletante et mes yeux s'embuèrent. C'était tellement mieux que dans mes rêves. C'était réellement magique. Avant que la représentation ne commence, je fis quelques pas dans les couloirs, je me sentais seule pourtant entourée de tous les spectateurs. J'admire les photos des plus beaux danseurs de la planète. Puis je tombe en admiration devant les tutus des plus beaux ballets du répertoire. J'aimerais tellement avoir la chance d'en porter un comme ceux-là. Ensuite, je vais me placer au milieu de la salle à l'orchestre, je voyais tout: la scène, les balcons et bien sûr le plafond! Incroyable! La lumière s'éteint, le spectacle commence. James endormi sur son fauteuil et la Sylphide virevoltant autour de lui. J'étais transportée par la musique, emportée par les décors et renversée par la légèreté de la danseuse puis ensuite impressionnée par les sauts et les pirouettes de Mathias. Emue aussi par la grâce des danseurs, l'harmonie du corps de ballet puis des costumes... Je voulais courir les rejoindre. Quelle atmosphère! Je vivais réellement l'histoire, je vibrais de l'intérieur. Tout était si justement joué et dansé... Vient, l'entracte. Je me dirige alors vers le foyer, évidemment. Et là encore je fus émerveillée. Un air de Versailles. L'odeur de la cire me chatouillait les narines. Décidément, la journée était parfaite, et à chaque fois un nouveau détail me piquait d'étonnement. La suite du ballet était aussi parfaite. La fin se dessinait, j'étais triste, je ne voulais pas partir, je voulais que le ballet se joue encore. Mais le rêve s'achevait. Alors je me suis promis d'y revenir, et que cette fois là je rencontrerai Aurélie Dupont ?
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Dixième prix

A travers tes yeux
Julie Pereira

Station Opéra. Sortie de l'effervescent métro, empli du vacarme orchestrant la valse effrénée et atone de ces automates, les yeux hagards, rivés sur un ailleurs virtuel. Tellement « connectés », tellement en lien avec ce mirage, que le gouffre qui les sépare du réel semble parfois presque tangible. Mais cette fois, tu étais là.

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Ta musique intérieure, parsemée de tes éclats de rires qui cristallisent le temps, résonnait si fort que la monotonie quotidienne semblait atténuée. Tes phrases se perdaient à mes oreilles, perles du quotidien, morceaux épars de ta petite vie. Je n’écoutais pas vraiment, je crois, bercée par tes paroles qui rythmaient nos pas.
La vue du palais Garnier a interrompu cette cascade de mots. La magie commençait d’opérer, sans doute. Tes lèvres ont murmuré « c’est beau ! » dans un souffle.Ça l’était.
Je t’ai vu grimper les marches de marbre, presque intimidée par le faste de ce lieu dont tu avais tant rêvé. Comme toujours, le velours pourpre qui étouffe le bruit du monde, les multiples reflets de la lumière miroitant sur les dorures m’ont, moi aussi, émerveillée. Je t’ai pris la main, on s’est installées au balcon, comme penchées sur le rebord d’un autre univers.
C’était les démonstrations des « petits rats ». Mon cadeau pour ton anniversaire.
Une fois la salle éteinte, le bruissement des spectateurs a fait place aux premiers pas des jeunes danseurs. Les balbutiements des étoiles.
Le souffle qui s’échappait de ta bouche encore entrouverte d’admiration, suivait leurs gracieux mouvements. Les yeux écarquillés pour ne rien perdre du spectacle, tu retenais ta respiration à chaque entrechat, chaque pirouette, chaque accord plaqué par la pianiste.

Je crois que l'excitation présente dans chaque parcelle de ton petit corps ne s'est vraiment relâchée qu'à l'entracte. Tu t'es alors penchée vers moi, et a glissé un "Merci" à mon oreille.

Ma plus belle émotion, à l’Opéra, c’est toi. Avoir senti la magie de la danse qui nous rapprochait. Avoir partagé ce moment unique.

Avoir vu le regard de ma petite soeur briller si fort.
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