Friday 20 April 2012
Trois questions à Aurélie Dupont et Hervé Moreau
Roméo et Juliette à l'Opéra Bastille

Sur la partition de Berlioz, Sasha Waltz propose une version puissante et imagée du mythe des amants sacrifiés de Vérone. Reprise attendue du 7 au 20 mai 2012 de ce Roméo et Juliette intemporel, avec les interprètes de la création, Aurélie Dupont et Hervé Moreau qui, après une longue absence, retrouve la scène de l’Opéra. Entretien avec les deux Étoiles.


En Scène ! : Roméo et Juliette est repris pour la première fois depuis sa création en 2007, quels souvenirs gardez-vous de votre rencontre avec Sasha Waltz?

Aurélie Dupont : Nous avons eu la chance d’aller à Berlin, dans les studios de répétitions de la chorégraphe, pour travailler. Etre immergés dans son univers, avec les danseurs de sa compagnie, était le meilleur moyen d’observer et de s’imprégner de son style. La création a commencé sur  place avant de se poursuivre à l’Opéra. Sasha avait une énergie incroyable, elle dansait avec nous, essayait, retirait si cela ne fonctionnait pas, recommençait…

Hervé Moreau : Je n’avais jamais connu auparavant ce processus de création qui consiste à proposer, à concevoir du début à la fin. Je me souviens de la première séance de travail : j’étais seul avec Sasha, on a échangé quelques mots puis elle m’a dit : « Je voudrais voir comment tu bouges. Improvise. » Sans musique, sans rien… Elle m’observait danser.

A. D. : Le travail de Sasha repose beaucoup sur l’improvisation. Elle nous a laissés chercher seuls la scène de la mort, par exemple, pour laquelle nous lui avons fait des propositions qu’elle n’a pas retouchées. La scène du repas est aussi née d’une improvisation, plus théâtrale, avec l’ensemble de ses danseurs.


H. M. : Elle avait une idée très claire de la mise en scène et du décor. Pour la chorégraphie, elle laissait faire sans nous donner d’indications précises. Elle nous suggérait quelques mouvements puis elle attendait de voir comment on allait s’en sortir, ce que l’on allait lui proposer spontanément.


En S. : Quelles seraient les caractéristiques de son style chorégraphique?

H. M. : Une grande fluidité, une liberté dans le mouvement. Les ateliers de « danse contact » nous ont familiarisés avec cette technique dans  laquelle les corps interagissent entre eux. On se laisse aller, guidés par l’énergie des autres, les déséquilibres qui surgissent.

A. D. : Sa danse a quelque chose de très naturel, sans contraintes, sans lignes particulières. La « danse contact » repose sur une écoute attentive  de l’autre, sans jamais entrer dans un rapport de force.

H. M. : Contrairement au ballet classique où tout est réglé en studio, il y a une forme d’inconnue permanente. Certains soirs, je laissais faire Aurélie, afin de voir jusqu’où elle allait dans son mouvement, sans mettre de limites.

En S. : Vous qui avez dansé d’autres versions de Roméo et Juliette pouvez-vous nous parler de l’interprétation proposée par Sasha Waltz?

A. D. : Sasha ayant choisi la partition de Berlioz, cela permet de faire complètement autre chose. Mon personnage reste Juliette mais avec peut-être un côté plus innocent, plus enfantin, plus spontané, comme si elle ne se rendait pas compte de ce qui l’attend.


H. M. :
La partition de Berlioz ne suit pas littéralement l’histoire dramatique, beaucoup de passages sont coupés, certains personnages n’apparaissent même pas. Sasha a conçu un ballet intemporel portant sur la relation entre les gens. Elle propose des images, des évocations symboliques qui parlent à chacun différemment.


Propos recueillis par Inès Piovesan

Retrouvez l'intégralité de cet entretien dans

En Scène ! Le journal de l'Opéra de Paris
 
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