Friday 26 October 2012
« Tout simplement telle que je suis »
Portrait de Myriam Ould-Braham

Si son physique sied à merveille aux héroïnes romantiques, son tempérament lui fait incarner avec autant de justesse un autre répertoire, de Forsythe à McGregor. À la veille de la reprise de Don Quichotte, à l'affiche de l'Opéra Bastille du 16 novembre au 31 décembre 2012, Myriam Ould-Braham revient sur un parcours mené avec panache et détermination, jusqu’à sa récente nomination au titre d’Étoile.

 

« Être nommée Étoile dépend d’abord de la qualité de ma danse. Plus on danse librement et avec joie, mieux on le fait. Je n’ai donc pas l’intention de ne penser qu’à ça, de ne danser que pour ça et d’attendre une nomination chaque fois que je vais en scène dans un premier rôle. » Ainsi s’exprimait avec raison Myriam Ould-Braham alors que, Première Danseuse, elle s’était déjà affirmée au plus haut niveau dans maints premiers rôles du grand répertoire. Lorsque le 18 juin 2012, à l’issue de la représentation de La Fille mal gardée de Frederick Ashton où elle interprétait le rôle de Lise, eut lieu cette logique nomination, elle fut plus surprise que le public qui venait de l’applaudir. Une réaction à l’image de cette jeune femme hyper douée, mais modeste, dont le physique délicat de gravure romantique cache une technique d’acier et une volonté inattaquable.

La danse, elle n’y était pourtant venue que peu à peu, d’abord à Alger, petite fille, puis à Paris où, refusée à sa première tentative pour entrer à l’École de Danse de l’Opéra, elle travailla avec acharnement pendant trois ans dans de multiples cours, puis au Conservatoire National Supérieur avant d’être admise, à quatorze ans, par Claude Bessy : « J’avais toujours aimé danser, mais sans vraiment penser y consacrer ma vie. Une représentation de La Bayadère, vue lorsque j’étais au Conservatoire, créa en moi le déclic décisif. » Déjà remarquée dans Les Deux Pigeons lors des spectacles de l’École, elle eut vite, dès son entrée dans la Compagnie, des rôles la mettant en valeur au fil des grandes productions du répertoire, affirmant une personnalité qui alliait musicalité, force et finesse. Fluidité et immatérialité semblent innées chez elle et sa passion pour la rigueur, tout comme son sens du théâtre, donnent une portée scénique marquante à toutes ses interprétations. Consciente au plus haut degré des nouvelles responsabilités qu’implique son titre d’Étoile, elle y voit un nouveau stimulant beaucoup plus qu’une ultime récompense : « Je vais affirmer ce que je veux montrer, telle que je suis, sans chercher à rivaliser avec les autres ni à imiter qui que ce soit. J’ai une base solide et je pense m’en servir avec encore plus d’énergie et de confiance. » Elle ne dissimule pas le plaisir qu’elle a de danser Forsythe ou McGregor même si elle s’identifie plus naturellement aux héroïnes romantiques dont Giselle reste l’archétype. Elle abordera d’ailleurs le rôle lors de la tournée du Ballet de l’Opéra en Australie en janvier prochain.

Pour l’heure, c’est la Kitri de Don Quichotte qu’elle va incarner comme, encore Première Danseuse, elle le fit en 2007. Elle sait qu’on l’attend plutôt dans des rôles plus évanescents mais déclare avec intelligence : « Kitri est un rôle très tonique, très vivant, avec de l’humour. Très dur aussi. J’avais beaucoup admiré la vidéo du ballet avec Monique Loudières, mais je veux m’approprier le personnage en fonction de ce que je suis, même si la chorégraphie est très codifiée. » Elle sait également que Don Quichotte est un ballet où le partenaire a la plus grande importance. Ce sera Jérémie Bélingard : « Nous aurons une belle complicité car c’est un grand technicien mais aussi quelqu’un qui a du regard. » Elle aime, en outre, cette histoire aux climats variés de deux jeunes un peu délurés qui savent ce qu’ils veulent : « Elle débute comme une blague, se poursuit comme une aventure dangereuse chez les gitans, bascule ensuite dans le rêve avec la vision de Don Quichotte et se termine par une somptueuse fête de mariage. » Et elle sait que cet ultime pas de deux si technique ne prend toute sa signification qu’en apparaissant comme la conclusion brillante mais logique de tout ce que les deux principaux interprètes ont bâti ensemble au cours des actes précédents.

Analyse d’une belle lucidité de la part d’une Étoile qui évalue exactement la place privilégiée que son physique raffiné et sa maîtrise exemplaire de la plus pure École française de danse doivent lui faire occuper parmi l’élite des ballerines de notre temps.

 

 Gérard Mannoni*

Retrouvez cet article dans En scène ! Le Journal de l'Opéra national de Paris

 

Journaliste à Classica, Altamusica et au Dance Magazine japonais Shinshokan, Gérard Mannoni est l’auteur de nombreux livres sur la danse.

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