Tuesday 27 March 2012
Recommencer à vivre
La Resurrezione de Haendel à l'Amphithéâtre Bastille

Trois siècles après sa création, La Resurrezione de Haendel invite les solistes de l’Atelier Lyrique à se dépouiller du superflu pour apprivoiser ce qui constitue l’essence même du théâtre. A l'Amphithéâtre Bastille du 30 avril au 6 mai.

 

Haendel a un peu plus de vingt ans lorsqu’il compose La Resurrezione. La pièce est créée à Rome, le dimanche de Pâques 1708, dans le riche palais du marquis Ruspoli. Les moyens considérables dont dispose ce dernier permettent des conditions de représentation exceptionnelles : un orchestre plus grand qu’à l’accoutumée, un proscenium et une fastueuse toile de fond représentant l’une des scènes de l’oeuvre – l’Ange annonçant aux deux Marie la résurrection du Christ.

 

On est loin de ce que laisse entendre le mot oratorio : le silence de la mise en scène, la sobriété d’un espace exclusivement dévolu à la voix. « Dès la création, Haendel conçoit sa pièce comme une oeuvre théâtrale, commente Paul Agnew. Les récitatifs sont très développés et hautement dramatiques, à l'image de la joute entre l’Ange et Lucifer. En outre, nous sommes dans un baroque que je qualifierais de mature : la virtuosité musicale et vocale existe, bien sûr, mais toujours au service du texte. Lorsqu’au début de la seconde partie, Saint Jean chante « Ecco il sol ch’esce dal mare… » (« Voici le soleil qui monte de la mer… »), la musique donne à voir ce soleil qui apparaît et s’élève au-dessus de l’onde. »

 

Une essence dramatique à laquelle a été sensible Christian Schirm, Directeur de l’Atelier Lyrique : « La forme de l’oratorio est intéressante parce qu’elle interdit aux interprètes de se réfugier derrière des situations théâtrales : ils doivent juste être là et raconter par le chant et le corps. Il faut beaucoup travailler pour atteindre cette pure présence. »

 

La metteur en scène Lilo Baur a fait ses armes aux côtés de Simon McBurney et de Peter Brook. Elle n’a rien oublié des enseignements de ses maîtres : « Avec Peter Brook, j’ai appris à raconter une histoire avec les moyens les plus purs, de la façon la plus simple qui soit. Mais je ne suis pas allée aussi loin que lui, jusqu’à l’espace vide. J’ai besoin d’utiliser des accessoires qui changent, des objets qui se transforment. » De fait, le théâtre de Lilo Baur se nourrit de ce mouvement continu : une table que l’on gravit et qui devient un pont, un papier que l’on jette à la mer et qui devient une barque…

 

« Cette question du devenir est au centre de La Resurrezione. Au-delà du sens religieux qu’on peut lui prêter, la fable peint une situation universelle : celle d’une communauté confrontée au deuil. Lorsque Marie-Madeleine veut baiser les plaies du Christ ressuscité, il lui oppose ces mots avant de disparaître : « Noli me tangere » (« Ne me touche pas »). Symboliquement, l’amour terrestre s’est mué en une autre force. On en a tous fait l’expérience lors de la perte d’un être cher : un nouveau sentiment naît en nous, comme un renouvellement. C’est ce sentiment que nous devons accepter, l’idée que cette mort n’est pas une fin ou, pour reprendre les mots de l’Ange, qu’il faut sortir de la prison obscure. »

 

Habituellement, au théâtre, les indications d’espace sont contenues dans les didascalies. Dans un oratorio, c’est la parole qui porte le monde. Aussi Oria Puppo a-t-elle conçu un univers cyclique que les chanteurs modifient et recréent tout au long du spectacle. « Lilo rêvait d’un retour aux sources, d’un monde intemporel. Nous sommes partis des quatre éléments – le sable, l’eau, le vent, le feu – qui imprègnent fortement le texte de La Resurrezione, explique la scénographe, qui s’est également laissée inspirer par l’architecture de l’Amphithéâtre Bastille. Je ne perds jamais de vue l’édifice qui accueille le spectacle. J’aime beaucoup les amphithéâtres, qui sont des espaces complexes à travailler. Les interprètes y sont très proches du public : c’est une force. A nous de la saisir et de l’aider à grandir. Nous voudrions qu’à certains moments du spectacle, les interprètes s’adressent directement à la salle, que les spectateurs se sentent partie prenante de l’action scénique : l’idée d’une communion. » Une communion religieuse ? « Plutôt théâtrale. Le théâtre est né d’un rituel sacré, mais il nous permet aujourd’hui d’établir un autre lien entre les gens. C’est en tout cas notre souhait : que le spectacle touche à l'universel en allant au-delà du religieux. »

Simon Hatab

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