Friday 18 January 2013
Quand Ravel rencontre Colette
L'Enfant et les sortilèges au Palais Garnier

Refusant de faire ses devoirs, un enfant s’en prend à son chat et maltraite son écureuil. Mais voici que prennent vie le fauteuil et l’horloge, que le feu se fait menaçant et que l’ombre envahit la pièce. C’est le début d’un voyage merveilleux et inquiétant. L’Enfant et les sortilèges réunit deux grands artistes en Colette et en Maurice Ravel. Récit d'une rencontre insolite.

 

Dans la France 1900, le tout-Paris musical se presse aux salons de Marguerite de Saint-Marceaux, qui inspirera à Proust sa Madame Verdurin. Le jeune Maurice Ravel y croise Colette. Le compositeur se montre timide tandis que son interlocutrice note, amusée, qu’il porte des favoris - « oui, des favoris ! ». Fin du premier acte. L’histoire aurait pu en rester là. Quatorze ans plus tard, Jacques Rouché - alors directeur de l’Opéra de Paris - offre à Colette d’écrire le livret d’un ballet féerique et se met à égrener quelques noms de compositeurs à la mode. Quand vient « Ravel », elle ne peut cacher son enthousiasme. L’homme lui a paru aussi sec et distant que sa musique sensuelle et malicieuse. Le livret est écrit d’une traite – une semaine à peine. La composition musicale est plus ardue : en 1916, la guerre prend Ravel. Silence.

 

Trois ans plus tard, Colette reçoit une lettre du compositeur toute pleine d’idées délicieusement saugrenues, dont celle-ci : faire chanter un ragtime à une théière et à une tasse… La fantaisie du compositeur a trouvé à qui parler : un enfant pervers et libertaire, des animaux et des meubles qui parlent en produisant d’étranges onomatopées… Qu’à cela ne tienne ! Ravel augmente son orchestre d’une flûte à coulisse, de crotales, d’un fouet, d’une crécelle, d’une râpe à fromage, de wood-blocks, d’un éoliphone et d’un luthéal. Polyphonie, valse, polka… Sa musique mêle avec bonheur les styles et trouve les notes justes pour exprimer les sortilèges de l’inconscient. L’Enfant et les sortilèges est finalement créé en 1925 à l’Opéra de Monte-Carlo. En 1939, l’oeuvre fait son entrée au répertoire de l’Opéra de Paris, alternant dès lors productions mises en scène et chorégraphiées. En 1998, Richard Jones, grand homme de théâtre, imagine avec Antony McDonald la mise en scène profondément musicale que nous reprenons cette saison : l’enfant n’a pas fini d’entraîner petits et grands dans sa quête fantasmagorique.

Simon Hatab

Retrouvez cet article dans En scène !
Le journal de l'Opéra national de Paris

PreviousNext