Tuesday 4 December 2012
La Resurrezione - Épisode 1
Notes sur la partition par Paul Agnew

Les 16 et 20 décembre, reprise par l'Atelier Lyrique de La Resurrezione aux Théâtres de Suresnes (version concert) et de Poissy, sous la direction de Paul Agnew. La saison passée, Lilo Baur et Oria Puppo avaient imaginé cette version scénique de l'oratorio de Haendel. Nous vous invitons à (re)découvrir le spectacle à travers les regards croisés du directeur musical, de la metteur en scène et de la scénographe.

 

« Haendel a un peu plus de vingt ans lorsqu’il compose La Resurrezione, dans la grande tradition de l’oratorio établie à Rome par Caldara et Scarlatti. Sa carrière est alors tout juste naissante. Après avoir passé deux ans à l’Opéra de Hambourg, il va rencontrer George de Hanovre, futur George Ier d’Angleterre. Il s’installera là-bas et deviendra un compositeur britannique (ou du moins considéré comme tel par les Anglais). Pour l’heure, c’est à Rome qu’il réside, dans le très riche palais de son protecteur le marquis Ruspoli, où sera donnée La Resurrezione. Depuis plusieurs années, le pape Innocent XII a fait fermer les opéras. Peut-être pour assouvir sa soif de théâtre, Haendel se tourne vers la musique religieuse. »


« L’oeuvre est créée le dimanche de Pâques 1708. Dans The Ruspoli Documents on Haendel, la musicologue Ursula Kirkendale exhume du fonds Ruspoli la facture du charpentier en charge de l’événement, qui permet de se rendre compte des moyens exceptionnels déployés pour l’occasion : la construction dans la grande salle du palais d’un théâtre comprenant, à côté de la scène, quatre rangs de sièges disposés en gradins pour l’orchestre (les musiciens du département de musique ancienne du CNSMDP occupent le même emplacement à l’Amphithéâtre Bastille) et vingt-huit pupitres dorés dont les pieds se terminaient en cornes d’abondance ; un rideau de scène en taffetas surplombé d’un cadre traversant toute la salle, orné de chérubins, de palmiers et d’arabesques, avec en son centre une plaque comportant le titre de l’oratorio en lettres translucides éclairées par derrière au moyen de soixante-dix lampes à huile ; un arc ornemental habillé de damas, de velours rouge et jaune, de rosettes et de taffetas ; une toile de fond représentant l’une des scènes de l’oeuvre – l’Ange annonçant aux deux Marie la résurrection du Christ. »

 

« Ces dépenses absolument extraordinaires, cette débauche de moyens scéniques attirent notre attention sur le caractère théâtral d’une oeuvre qui fut, dès sa création, pensée par son compositeur pour être un fastueux spectacle, au moins mis en espace sinon mis en scène. Comme dans un opéra, les récitatifs sont très développés, fait rare pour un oratorio –a fortiori anglais – où ils se bornaient généralement à introduire les airs. Dans La Resurrezione, ces passages sont hautement dramatiques, à l’image de la joute entre l’Ange et Lucifer. »

 

« Du reste, le style romain de Haendel est assez différent de celui qui deviendra le sien à Londres. Ici, on ne trouve ni fugue, ni construction musicale monumentale. Les grands choeurs qui domineront la tradition de l’oratorio britannique sont complètement absents. Les seuls choeurs de l’oeuvre, très simples, sont interprétés par les solistes. Le compositeur se montre beaucoup plus influencé par les grands maîtres italiens du passé. C’est une musique très ornementée, à tel point qu’on a parfois l’impression que les airs de saint Jean sont improvisés - même si tout est écrit. »

 

« Nous sommes pourtant dans un baroque mature : la virtuosité musicale et vocale existe, mais elle est toujours au service du drame. Je songe souvent au moment où le compositeur s’assied à sa table de travail, avec devant lui deux feuilles : l’une encore vierge, qu’il va noircir de notes et  de portées, l’autre qui comprend le texte, d’où vient toute son inspiration. Toute la musique de Haendel sert à comprendre, à exprimer, à faire  vivre les mots qui lui préexistent. »

 

 Propos recueillis par Simon Hatab

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