Monday 1 April 2013
À la frontière des genres
Robyn Orlin et Angelin Preljocaj

Un double spectacle de danse à l'Amphithéâtre réunit à l'affiche deux grands chorégraphes : Robyn Orlin et Angelin Preljocaj. L'occasion pour eux de se confronter pour eux de se confronter aux codes hiphop.

La rencontre entre l'univers sensible et militant de la Sud-Africaine Robyn Orlin et sept jeunes danseurs de hiphop ne pouvait être qu'explosive. Comme à son habitude, Robyn Orlin prend un malin plaisir à détourner les codes chorégraphiques, à refuser les impératifs de virtuosité ou de technicité souvent attachés à la danse pour explorer les frontières de la performance, tout en s'efforçant de canaliser l'énergie du hiphop et sa charge politique. La pièce prend pour motif central un animal, le chien, et s'intéresse à la manière dont il sert souvent de miroir à l'homme. L'animal est tantôt perçu comme un symbole d'humanité par ses nobles qualités, tantôt comme son exact contraire - emblème de violence, de pauvreté ou de servilité. Les relations entre animaux fonctionnent aussi comme une métaphore des rapports humains de compétition et de domination, qui font écho à la pratique des battles dans la culture hiphop. Ces dynamiques nourrissent le travail des danseurs, sur un mode souvent ironique, mais jamais dénué de gravité. Robyn Orlin manie ces effets de sens avec légèreté, et joue avec les codes et les symboles avec une apparente dérision, qui dévoile progressivement la complexité et parfois la cruauté des situations. Pour la première fois de son exceptionnel parcours, Angelin Preljocaj se confronte à la danse hiphop et va voir s'il ne se retrouve pas un peu dans ce style guerrier, offensif et déterminé. Pour cette création, il a choisi quatre danseuses, conscient de leurs talents multiples et de leur opiniâtreté à exister dans un milieu toujours très masculin. De cette rencontre inédite entre quatre « reines » hiphop, comme il aime à les nommer, et un chorégraphe au geste alliant grâce et noblesse, est né un royaume irrigué des imaginaires et codes chorégraphiques de chacun, tendu vers la réalisation d'une unité, loin de tout copié-collé, un royaume unissant les genres et les individualités.

 


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Le journal de l'Opéra national de Paris

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