Wednesday 21 April 2010
Hommage à Werner Schroeter

Le 12 avril dernier disparaissait le réalisateur et metteur en scène allemand Werner Schroeter. A travers la projection de son film Poussières d’amour au Studio Bastille, jeudi 29 avril à partir de 13h, l'Opéra rend hommage au cinéaste amoureux de la voix humaine.

 

D’abord journaliste, Werner Schroeter se tourne rapidement vers le cinéma. Aux côtés de Wenders, Herzog, Sanders et Fassbinder, il devient l’un des représentants du Nouveau Cinéma allemand qui devait, à la fin des années 60, s’emparer des questions sociales et politiques et poser un regard nouveau sur notre monde. On lui doit notamment Willow Springs (1973), L'Ange noir (1974), Flocons d'or (1976), Le Règne de Naples (1978), Palermo (1979), qui reçut un Ours d’or à Berlin, La Répétition générale (1980), Le Concile d'amour, Le Jour des idiots (1982), Le Roi des roses (1986), Malina (1990), Deux (2002) et Nuit de chien (2009). En 2008, la Mostra de Venise lui décerne un Lion d’or spécial pour récompenser « son œuvre dénuée de compromis et rigoureusement innovante depuis 40 ans ».


Toute la vie de Werner Schroeter est marquée par l’opéra. Il racontait souvent cette anecdote : enfant, malade de la poliomyélite, il quitte son lit, porté par une voix sublime qui provient de la radio. C’était Maria Callas. Cet amour pour la Diva ne le quittera jamais. Metteur en scène au théâtre, son inspiration le pousse rapidement vers l’opéra, auquel il consacre d’abord des films (Eika Katappa, La Mort de Maria Malibran, Salomé) avant de signer ses propres mises en scène : Lohengrin, Salomé, Lucia di Lammermoor, Médée, Luisa Miller, Werther, Lady Macbeth de Mzensk, Fidelio et Madame Butterfly, pour ne citer que les plus célèbres. A l’Opéra de Paris, sa Tosca fut donnée pour la première fois en 1994 sur la scène de Bastille et reprise régulièrement depuis, toujours avec le même succès : comme si son esthétique unique, qui se plaît à mêler éléments réalistes et épure poétique, résistait au temps.


En 1996, Poussières d’amour résonne au sein de son œuvre cinématographique comme une déclaration d’amour à l’art lyrique et à la voix humaine. Le cinéaste filme des chanteurs en répétitions à l’Abbaye de Royaumont. Parmi eux, l’œil de la caméra s’attarde sur trois cantatrices : Martha Mödl, Rita Gorr, Anita Cerquetti. Des répétitions ? Pas tout à fait. Chaque chanteur est accompagné par un proche : ami, femme, mari, amant, maîtresse, enfant. Le film est tissé d’airs d’opéra, de discussions avec le metteur en scène que suscitent les répétitions, de face-à-face avec la caméra et de conversations qui nous entraînent sur des sujets aussi essentiels que l’amour, la mort, le jeu du désir et des sentiments : comme si ces questions devaient trouver leur résolution dans le chant, selon les mots de Werner Schroeter. Dès lors, ces voix qui s’élèvent entre les murs de l’Abbaye, en portant les musiques de Mozart ou de Puccini, semblent en dire autant sur les interprètes eux-mêmes que sur ces œuvres immortelles. C’est que, pour le cinéaste, toutes les variations et vibrations qui traversent la voix sont la trace de cette quête de l’autre qui occupe nos vies, et que Schroeter aura guettée passionnément sur scène, chez les cantatrices : « parce qu’elles sont à la recherche de l’amour »…

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